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Champ de batailleA Sainte-Soline, des « grenades explosives ont défiguré des gens »

Manifestation anti-bassines dans les Deux-Sèvres : « On a traité des plaies de guerre », raconte un « street medic »

Champ de batailleJustin (le prénom a été changé à sa demande) était « street medic » samedi, à Sainte-Soline. Il raconte des violences d’une forte intensité concentrées qui ont duré trente minutes environ
Les street-Médics prodiguent les premiers secours auprès des manifestants blessés à Sainte-Soline samedi 25 mars.
Les street-Médics prodiguent les premiers secours auprès des manifestants blessés à Sainte-Soline samedi 25 mars.  - UGO AMEZ / SIPA / 20 Minutes
Elsa Provenzano

Elsa Provenzano

L'essentiel

  • La mobilisation contre les projets de mégabassines, ces réserves d’eau puisées dans les nappes au bénéfice de certaines exploitations agricoles, a viré à l’affrontement ce samedi à Sainte-Soline, dans les Deux-Sèvres.
  • La stabilisation des blessés a été assurée par les secouristes mais ils ont connu des difficultés pour les évacuer, même jusqu’au camp de base, situé à six kilomètres du chantier de la bassine, en dehors de la zone d’interdiction préfectorale.
  • Un « street-medic » présent sur place témoigne pour 20 Minutes du très haut niveau de violence et de « plaies de guerre ». Il évoque, entre autres, des gens défigurés par les grenades explosives.

« J’ai été extrêmement surpris du niveau de violence et de la quantité de blessés, témoigne Justin (dont le prénom a été changé à sa demande). Je m’attendais à une manifestation tendue mais pas à ce niveau-là. » Justin a 25 ans et est secouriste dans une association agréée. Il a participé en tant que « street-medic » à la mobilisation contre les mégabassines, ces retenues d’eau qui doivent permettre d’irriguer certaines exploitations agricoles en été, à Sainte-Soline, ce samedi 25 mars. Environ 200 blessés (lire encadré) ont été dénombrés par les trois organisations (Les Soulèvements de la terre, Bassines non merci et la Confédération Paysanne) parmi les manifestants. Selon les autorités, il y aurait 37 blessés parmi les forces de l’ordre.

Vêtu d’un tee-shirt « street-medic » et chargé d’un sac de 20 kg de matériel de premiers secours, le jeune secouriste a été très vite sollicité pour ses compétences, dès son arrivée près de la bassine (encore vide), encerclée par les forces de l’ordre.



Les six kilomètres de marche depuis le camp de base de la mobilisation, situé en dehors du périmètre interdit par la préfecture, jusqu’aux alentours de la bassine se déroulent sans encombre. A l’approche du chantier les choses se corsent très rapidement. « Depuis trente secondes que j’étais à proximité de ce qu’on peut appeler un champ de bataille ou un front, je me suis retrouvé à intervenir sur une grosse plaie au pied, avec une suspicion de fracture, raconte-t-il. Il n’y avait plus aucune chair, la victime avait un trou dans le pied. »

Un afflux de blessés, avec des blessures graves

« J’étais à Paris pour les ''gilets jaunes'' et lors de ces mobilisations on avait moins de victimes. Et, elles arrivaient sur trois à quatre heures, avec toutes les demi-heures une victime un peu grave, se souvient-il. Là, c’était une grande intensité sur un temps court, on a pris en charge une quarantaine de victimes graves, en moins d’une heure ». Avec un blessé toutes les minutes environ, les secouristes n’ont pas le temps de souffler. Dans d’autres circonstances, un plan Novi (un plan d’urgence pour secourir un nombre important de victimes dans un même lieu) aurait été déclenché, estime-t-il.

Il soigne de grosses plaies au niveau des pieds, des jambes, principalement provoquées par des grenades de désencerclement, des plaies à la tête imputables au LBD. Il prend aussi en charge des plaies faciales très impressionnantes, conséquences de l’utilisation des grenades explosives (GM2L). « C’est celles-là qui ont défiguré des gens, précise le secouriste. J’en ai traité un qui n’avait plus de nez… Ce sont des plaies graves qui vont laisser des séquelles sur les militants. » Habitués à prodiguer des gestes de premiers secours, il n’en reste pas moins frappé par certaines blessures. « On a vraiment traité des plaies de guerre, dont beaucoup ont nécessité des pansements "israéliens", c’est-à-dire qui sont utilisés par l’armée israélienne pour des plaies par balle pour permettre une compression sur le terrain, le temps de voir un médecin. »

Des difficultés d’évacuation

Une sorte d’infirmerie avancée a été installée sur un chemin de terre, à 300 ou 400 mètres des affrontements, pour ne pas laisser les gens blessés près des explosions. « On a assuré la stabilisation des victimes avec le peu de matériel qu’on avait mais on n’avait pas assez de moyens engagés pour les évacuer, raconte Justin. Ceux qui devaient être allongés ont été transportés dans une ambulance désaffectée qui pouvait passer a priori, jusqu’au camp de base (à 6 km des affrontements). »


Notre dossier sur les mégabassines

Ceux qui pouvaient être assis, ont été installés dans des voitures mais certaines auraient été bloquées. « Il a fallu qu’on envoie des députés dans les voitures pour faire le lien entre l’infirmerie avancée et le camp de base dans lequel des médecins et des infirmiers pouvaient faire un bilan plus poussé », précise-t-il. Les victimes et témoins ont gardé leur calme, ce qui a facilité le travail des secouristes. « On est arrivé à un niveau de violence qui ne doit pas se reproduire », alerte Justin, mobilisé ce mardi avec son matériel de premiers secours sur la manifestation bordelaise contre la réforme des retraites.

Une victime dont le pronostic vital est encore engagé

La victime qui est dans le coma et souffre d’une blessure à la tête est toujours dans un état critique. Les jours de celle qui a été touchée à la trachée ne sont plus en danger mais elle est toujours dans le coma, informent ce mardi les organisateurs. Une personne grièvement blessée au pied, qui risque de perdre sa mobilité, semble décidée à porter plainte. Un manifestant a été éborgné et un autre risque aussi de perdre son œil. Les organisateurs affirment que la police a effectué des « descentes à l’hôpital » pour récupérer des affaires des victimes, attestant notamment de leur participation à la mobilisation.

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