Réforme des retraites : Gifles, menaces, racisme… Enquête judiciaire après l’interpellation de jeunes par la BRAV-M

dérapage Le préfet de police Laurent Nuñez a dénoncé des « propos inacceptables » que l’on peut entendre dans l’enregistrement audio de la garde à vue que s’est procuré « 20 Minutes »

20 Minutes avec AFP
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Des policiers de la Brav-M (brigade de répression de l’action violente motorisée) à Paris le 20 mars 2023 lors de manifestations contre la réforme des retraites.
Des policiers de la Brav-M (brigade de répression de l’action violente motorisée) à Paris le 20 mars 2023 lors de manifestations contre la réforme des retraites. — Vladimir Milivojevic

« La prochaine fois qu’on vient, tu monteras pas dans le car pour aller au commissariat, tu vas monter dans un autre truc qu’on appelle ambulance pour aller à l’hôpital. » Une enquête judiciaire a été ouverte ce samedi après les menaces proférées par des policiers contre des manifestants à Paris, a indiqué le parquet. L'enquête a été confiée à l'Inspection générale de la police nationale (IGPN) pour « violences volontaires par personnes dépositaires de l'autorité publique et menaces de crime ». 

Le préfet de police Laurent Nuñez avait annoncé vendredi avoir saisi l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) après ces menaces proférées par des policiers de la BRAV-M (brigade de répression de l’action violente motorisée). Une intimidation accompagnée de gifles révélée dans un enregistrement audio que s’est procuré 20 Minutes, confirmant des informations du Monde et du site Loopsider.

Lundi 20 mars, « à peu près 2.000 » personnes en « petits groupes éclatés » selon le préfet de police, avaient manifesté dans le centre de la capitale contre l’adoption de la réforme des retraites via le 49.3, dressant des barricades et brûlant des poubelles. C’est dans ce cadre que des policiers de la Brav-M, une unité décriée pour ses méthodes d’intervention musclées, interpellent sept jeunes, soupçonnés d’avoir pris part aux dégradations, ce que plusieurs nient.

23 minutes enregistrées

L’un des interpellés enregistre alors discrètement les échanges avec les policiers. On y entend les fonctionnaires enchaîner les propos humiliants, menaçants et intimidants, notamment envers l’un des sept jeunes, le seul du groupe qui est noir. Deux bruits de gifles sont également audibles, avant que l’un des policiers lance : « Tu commences à bégayer ! T’en reveux peut-être une, que je te remette la mâchoire droite ? »

« J’espère que demain t’es déferré, tu vas prendre quoi six mois ? Six mois c’est bien et une OQTF (obligation de quitter le territoire) », dit un autre policier au jeune homme, de nationalité tchadienne. « C’est le premier qui bande qui en**le l’autre », « Tu as de la chance, on va se venger sur d’autres personnes », entend-on plus tard.

« Propos inacceptables »

Le préfet de police « a décidé de saisir l’IGPN » après l'« enregistrement sonore d’une intervention de police lors d’une manifestation à Paris le 20 mars », a tweeté la préfecture de Police. Il ne s’agit alors que d’une enquête administrative.




« Évidemment que ces propos sont inacceptables (…), qui déontologiquement posent des problèmes très graves », a déclaré Laurent Nuñez dans l’émission C à vous sur France 5, ajoutant être « comme tout le monde, très choqué ».

« La politique de terreur appliquée aux jeunes. Avec un supplément de racisme sur le seul homme noir du groupe. Ces policiers doivent être sanctionnés lourdement », a tweeté le député LFI du Nord David Guiraud. « Il faut dissoudre cette unité de la terreur », a réagi de son côté le député insoumis de Seine-Saint-Denis Bastien Lachaud.



Dans un courrier adressé mercredi au ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, trois députés de La France insoumise - Thomas Portes, Antoine Léaument et Ugo Bernalicis - ont demandé le « démantèlement à titre provisoire de la Brav-M ».