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socialMalgré l’inflation, les Français continuent à donner aux associations

Solidarité : Malgré l’inflation, les Français continuent à donner aux associations

socialLes donateurs les plus aisés ont même été plus généreux que d’habitude
Une distribution alimentaire du Secours populaire à Strasbourg.
Une distribution alimentaire du Secours populaire à Strasbourg.  - FREDERICK FLORIN / afp
20 Minutes avec AFP

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Ils sont généreux. Malgré l’inflation, les Français ont continué d’envoyer de l’argent aux associations caritatives en 2022. Mais les principaux collecteurs restent inquiets, car les besoins explosent pour aider les plus démunis. S’il est trop tôt pour obtenir des chiffres consolidés pour l’ensemble de l’année 2022, la plupart des organismes contactés par l’AFP se félicitent que leurs donateurs ne les aient pas abandonnés, sauf peut-être les plus modestes d’entre eux.

« Avec l’inflation, nous avons eu une défection des petits donateurs, ceux qui donnaient 20 ou 50 euros par an », résume Samantha Millar-Hoppe, responsable de la générosité du grand public au Secours catholique. Mais à l’inverse, d’autres donateurs plus aisés « ont été plus généreux que d’habitude », poursuit-elle : « Certains nous ont dit : "Je fais un chèque plus important cette année, car je sais que pour vous c’est plus compliqué que jamais" ».

De nombreux dons liés à la guerre en Ukraine

Les statistiques de 2022 doivent de toute façon être analysées avec prudence, en raison de la guerre en Ukraine et de ses conséquences, qui a suscité un élan de générosité exceptionnel, mais pas forcément reconductible. Ainsi au premier semestre 2022, les dons ont augmenté de 10,7 % par rapport à la même période de l’année précédente, a calculé France Générosités, le syndicat professionnel qui rassemble 136 associations et fondations.

Mais sans les montants spécifiquement fléchés vers l’Ukraine, la hausse n’aurait atteint que 1,6 %, soit « l’une des plus faibles augmentations constatées par rapport aux autres années », s’inquiète Nadège Rodrigues, directrice des études et de la communication. Autrement dit, en écartant la particularité ukrainienne, « la hausse des dons ne compense pas l’inflation », ce qui peut inquiéter pour 2023, résume-t-elle. « Sans l’Ukraine, on aurait eu une baisse de 10 à 12 % », estime Samuel Coppens, porte-parole de l’Armée du Salut, qui anticipe une baisse des dons de 5 % en 2023. « Certains donateurs nous ont dit : "Cette année je ne peux pas vous aider, car je dois aider d’abord mes petits-enfants " », témoigne-t-il.

Des nouveaux bénéficiaires

Cependant « la France reste généreuse », grâce à « un fond de donateurs qui ont un vrai sens du bien commun, qui continuent à faire cet effort », témoigne Samuel Coppens. Et heureusement, car « la société va mal, très clairement », et les besoins augmentent pour aider les plus pauvres : « Dans nos distributions alimentaires, on voit de plus en plus de nouveaux bénéficiaires, notamment des étudiants, ou des retraités qui touchent une toute petite pension ». « Là où on servait 400 repas il y a deux ou trois ans, maintenant c’est 600 », ajoute ce responsable.



Pour Jacques Malet, président du réseau d’experts et d’universitaires « Recherches et solidarités », les associations caritatives peuvent s’appuyer sur la « grande fidélité » de leurs donateurs les plus généreux. Quelque 80 % des montants apportés le sont par environ 20 % des donateurs, lesquels s’intéressent souvent de près, et sur le long terme, aux projets menés avec leur argent, « un peu comme des investisseurs », selon lui.

« Anxieuses pour la suite »

Nombre de ces soutiens fidèles versent d’ailleurs leur obole par prélèvement mensuel, un mode de règlement « moins lié aux aléas de la crise », observe Sophie Rieunier, professeure en sciences de gestion à Marne-la-Vallée et spécialiste de la collecte de fonds.

En outre, beaucoup de donateurs restent « à l’aise financièrement » : « L’inflation les touche aussi, mais pour eux le don n’est pas une variable d’ajustement », ajoute Sophie Rieunier. Pour autant, les associations sont « anxieuses pour la suite » et cherchent en permanence de nouvelles méthodes pour attirer des donateurs ou augmenter leur collecte, relève cette spécialiste. Ainsi, en décembre dernier, les bénévoles du Secours populaire qui emballaient les cadeaux de Noël en échange d’un petit don se sont équipés de terminaux de carte bancaire, raconte Thierry Robert, le secrétaire national de l’association. Bien leur en a pris : les gens ayant de moins en moins d’espèces sur eux, « la générosité passe de l’argent liquide à l’argent dématérialisé ». Et au final, au lieu de quelques pièces, les utilisateurs de carte bleue « vont donner facilement jusqu’à cinq euros », se réjouit Thierry Robert.

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