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ENSEIGNEMENT SUPERIEURLes étudiants d’origine maghrébine discriminés pour l’accès en master ?

Discrimination : Pourquoi les étudiants d’origine maghrébine ont-ils moins de chances d’entrer dans certains masters ?

ENSEIGNEMENT SUPERIEURL’Observatoire national des discriminations et de l’égalité dans le supérieur (Ondes) a révélé les résultats de son testing ce jeudi
Selon la médiatrice de l’Enseignement supérieur, les réclamations portant l’entrée en master ont augmenté ces dernières années (près de 300 saisines en 2021, soit 4 fois plus qu’il y a cinq ans)
Selon la médiatrice de l’Enseignement supérieur, les réclamations portant l’entrée en master ont augmenté ces dernières années (près de 300 saisines en 2021, soit 4 fois plus qu’il y a cinq ans) - Canva / Canva
Delphine Bancaud

Delphine Bancaud

L'essentiel

  • Un testing a été réalisé en février 2022 auprès de responsables de master par l’Observatoire national des discriminations et de l’égalité dans le supérieur (Ondes).
  • Celui-ci montre que les candidats avec un nom à consonance maghrébine ont moins de chances de recevoir une réponse à leur courrier de demande d’informations que les étudiants ayant un nom à consonance française.
  • Une étude qui impose une prise de conscience collective des universités.

Alors que le master est considéré comme le Saint-Graal pour les étudiants, tous ne semblent pas avoir les mêmes chances d’y avoir accès. Selon une étude de l’Observatoire national des discriminations et de l’égalité dans le supérieur (Ondes) conduite par trois enseignants-chercheurs et publiée ce jeudi, les étudiants avec des noms à consonance maghrébine qui postulent en master obtiennent moins de réponses à leurs demandes d’information sur la marche à suivre pour candidater que leurs camarades dont le nom suggère une origine française.

Cette étude repose sur une campagne de testing, réalisée en février 2022, auprès de 2.122 masters dans 84 établissements du supérieur, dont 55 universités. Quatre messages ont été envoyés à chaque responsable de master : deux provenant d’un candidat et d’une candidate avec un prénom et nom d’origine maghrébine, et deux autres d’un étudiant et d’une étudiante portant un prénom et un nom à consonance française.

Les filières en tension sont les plus touchées

Résultats : alors que la candidate et le candidat d’origine française obtiennent dans 68 % des cas une réponse, l’étudiant d’origine maghrébine ne l’obtient que dans 61,1 % des cas, et sa camarade originaire d’Afrique du Nord que 60 %. Aucune discrimination de genre ne semble donc exister concernant les demandes des étudiants. En revanche, la différence de traitement des courriers selon l’origine de l’étudiant apparaît de manière significative. Un constat identique à celui de l’étude réalisée en 2021. « Cela montre que ces discriminations n’ont pas un caractère conjoncturel », commente Yannick L’Horty, directeur de l’Ondes.

Toutes les filières ne sont pas touchées avec la même intensité. L’étude montre que les masters en science, technologie, santé, droit, gestion et économie sont le plus sujets à ces traitements différenciés des candidats, alors qu’ils n’existent pas ou peu dans les formations en lettres, langues, arts et sciences humaines et sociales. « Les formations les plus sélectives et les plus attractives sont le plus sujettes à ces discriminations », indique Yannick L’Horty.

Des conséquences néfastes pour les étudiants concernés

Le fait de ne pas recevoir de réponses à leur demande d’information préalable à toute candidature a des incidences négatives pour ces étudiants. « Cela peut être interprété comme un signe prédictif de leur non-sélection finale et les inciter à ne pas postuler. Ce qui aboutit à une forme d’autocensure », commente Clément Martin, chargé de la mission Etudes au sein du Défenseur des droits.

« Ces discriminations contribuent à orienter les étudiants qui en sont victimes vers des masters moins performants et offrant de moindres débouchés », abonde Yannick L’Horty. Le sujet est d’autant plus sensible que dans son rapport annuel paru en 2022, la médiatrice de l’Enseignement supérieur constatait une augmentation des réclamations portant sur l’entrée en master : elle a fait l’objet de près de 300 saisines en 2021, soit 4 fois plus qu’il y a cinq ans. Elle note aussi « la permanence d’une angoisse et parfois d’une réelle colère chez les étudiants de filières en tension ».

Une prise de conscience nécessaire

Si elle ne fera pas plaisir aux responsables des formations, cette étude leur sera utile, selon Clément Martin : « Il est important de réitérer ce genre d’étude pour prendre conscience des biais existant dans la sélection des étudiants en master et permettre des actions correctrices ». Dans ce domaine, Samuel Ghiles-Meilhac, chargé de mission laïcité, lutte contre le racisme et l’antisémitisme au ministère de l’Enseignement supérieur, rappelle « que tous les établissements sont dotés de référents "racisme antisémitisme ", chargés de prévenir et de traiter ces cas de discriminations ». Et que des cellules de signalement et d’écoute sont également en place dans les établissements du supérieur.



Reste à savoir si la plateforme « Mon master », mise en place en février dernier, contribuera à une plus grande équité entre les candidats. Ils bénéficient par son biais des mêmes informations sur les formations. Ce qui est déjà une avancée, même si cela ne prédit en rien leurs chances de voir leur candidature passer en haut de la pile.

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