Viseur de casque, connectivité, puissance de feu… Comment le Rafale 4.1 s'élève vers « la haute intensité »

TECHNOLOGIE Le Centre d’expertise aérienne militaire, installé sur la BA 118 de Mont-de-Marsan, a réceptionné jeudi le tout premier Rafale 4.1

Mickaël Bosredon
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Arrivée du premier Rafale au standard F4.1 à la BA118 de Mont de Marsan.
Arrivée du premier Rafale au standard F4.1 à la BA118 de Mont de Marsan. — ©Bernard HENNEQUIN
  • Ce nouveau standard apporte des améliorations et de nouvelles capacités, comme le viseur de casque Scorpion et une plus grande capacité d'armement air-sol modulaire.
  • Un deuxième appareil au standard F4.1 sera livré dans les prochains jours, puis les deux Rafale nouvelle génération seront testés par les pilotes de l'escadron 1/30 Côte d'Argent.
  • La mise en service opérationnelle de ce nouveau standard pour l'ensemble des Rafale de l'Armée de l'Air et de l'Espace, est envisagée d'ici à 2025.

Ne cherchez pas de différence : d’aspect, le Rafale 4.1 est exactement le même que la version actuelle, le F3-R. « La coque est identique, confirme le colonel Christophe, directeur des expérimentations du CEAM (Centre d’expertise aérienne militaire), mais c’est comme si vous aviez pris un vieux smartphone et que vous aviez téléchargé la dernière version du logiciel. »

Installé sur la BA 118 de Mont-de-Marsan (Landes), le CEAM a réceptionné le tout premier Rafale au standard 4.1 le 2 mars. Ce Rafale B d'un ancien standard, avait été au préalable envoyé au Centre d’essais en vol de la Direction générale de l’armement (DGA), à Istres, qui a opéré la transformation logicielle. Mais qu’apporte cette nouvelle version à l’appareil ?

« Une puissance de feu plus importante à distance »

« Cette version 4.1 apporte beaucoup d’améliorations, notamment sur le radar et le système d’autoprotection qui protège l’avion contre des menaces électromagnétiques qui arriveraient de l’extérieur [Système de protection et d’évitement des conduites de tir du Rafale, Spectra], explique le colonel Christophe. Nous avons aussi de nouvelles capacités, je pense notamment au viseur de casque Scorpion [développé par Thales], qui peut désigner des cibles directement avec le casque, uniquement en les regardant. Cela se fait aujourd’hui avec des interfaces de cockpit, des écrans, là, il suffira de tourner la tête pour désigner des cibles, en l’air ou au sol. Ce système fonctionne via un capteur intégré à la visière, et qui peut voir aussi loin que les capteurs d’avions voient. » La technologie n’est toutefois pas nouvelle, et aurait même déjà dû équiper le Rafale lors de sa précédente version.


Le colonel Christophe, directeur des expérimentations du CEAM (Centre d'expertise aérienne militaire).
Le colonel Christophe, directeur des expérimentations du CEAM (Centre d'expertise aérienne militaire). - Mickaël Bosredon

Autre nouveauté : l’armement. « On va pouvoir utiliser de l’armement air-sol modulaire [AASM] d’une capacité d’une tonne, alors que l’avion ne peut emporter actuellement qu’une bombe AASM de 250 kg. » Dans sa version actuelle, le Rafale peut emporter une bombe d’une tonne, mais uniquement une GBU-24 (Guided Bomb Unit). « La GBU-24 est une fabrication américaine dont les capacités sont beaucoup plus courtes, explique le colonel Christophe. L’AASL est un armement propulsé, qui permet des allonges plus profondes, ce qui offrira donc une puissance de feu plus importante à distance. »

« Avoir des avions connectés entre eux, et avec des drones, des satellites… »

Le but de ce standard F4 est aussi d’amener de nouvelles briques technologiques en matière de connectivité. « En schématisant, jusqu’ici nos avions travaillaient un peu chacun dans leur coin, poursuit le directeur des expérimentations. Là, le but est d’avoir des avions qui travaillent de manière connectée, avec d’autres avions, des drones, des satellites… Nous aurons aussi des avions capables de guider l’armement d’autres avions, de mettre en collaboration les systèmes de guerre électronique de plusieurs avions. Plus on va vers la haute intensité, et c’est ce que nous montre entre autres le théâtre ukrainien, plus il faut adapter nos outils, ce qui veut dire travailler tous ensemble pour avoir des capteurs connectés et traiter l’information en temps réel. »

Après avoir réceptionné ce premier appareil « rétrofité » au standard F4.1, le CEAM va en recevoir dans quelques jours un second, mais cette fois-ci un neuf, tout droit sorti des usines de Dassault. « Celui-ci, en plus de sa nouvelle version, aura de nouvelles capacités et de nouveaux câblages » précise le colonel Christophe. Les pilotes de l’Escadron de chasse et d’expérimentation 1/30 Côte d’Argent vont procéder jusqu’à cet été à de multiples vols avec ces deux appareils. Viendra ensuite l’étape de « l’adoption. » C’est-à-dire que tous les escadrons de chasse de Mont-de-Marsan voleront à leur tour avec ce standard F4.1 pour se l'approprier. « En revanche, ils ne pourront pas encore partir au combat avec. »

Une centaine de Rafale à mettre à jour

D’ici à la fin de l’année 2023, le CEAM achèvera ses recommandations à l’Etat-Major, qui donnera ou pas son feu vert en vue de disposer d’une première « capacité opérationnelle » au standard F4.1. « A cette étape seulement, nous pourrons lancer ce nouveau standard sur un théâtre d’opérations. La mise en service opérationnelle sur le spectre complet des Rafale est quant à elle attendue pour fin 2024, début 2025 » estime le colonel Christophe. On parle là de la mise à jour de la centaine de Rafale de l’Armée de l’air et de l’Espace, en plus de la livraison attendue de 28 nouveaux appareils qui doivent sortir d’usine. « L’objectif est de disposer d’une seule flotte avec ce standard F4.1. »



D'autres versions sont attendues. « Ce standard F4 se découpe en trois sous-catégories : 4.1, 4.2 et 4.3, explique encore le colonel Christophe. On pourra parler de « saut technologique » une fois que l’ensemble du standard F4 sera adopté. » Et l’histoire ne s’arrêtera certainement pas là, puisqu’il est déjà évoqué un standard F5, qui pourrait effectuer la transition avant l’arrivée du Scaf, Système de combat aérien du futur, censé entrer en service en 2040, mais qui pourrait connaître du retard.