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STUPEFIANTSA Bordeaux, la douane face à l’explosion du trafic de cocaïne

Nouvelle-Aquitaine : Face à l’explosion du trafic de cocaïne, la douane obligée d'adapter sa stratégie

STUPEFIANTSAvions saturés de « mules », ou trafic via le fret postal et express, la contrebande de cocaïne ne cesse de prendre de l’ampleur en Nouvelle-Aquitaine
Bordeaux : Comment la douane traque les fraudes à l'aéroport de Mérignac ?
Mickaël Bosredon

Mickaël Bosredon

L'essentiel

  • En 2022, quelque 709 kg de cocaïne ont été interceptés en Nouvelle-Aquitaine, soit le double de la meilleure année de référence pour les douanes régionales.
  • Les agents des douanes ont appréhendé vingt-deux mules qui avaient ingéré de la cocaïne dans leur organisme.
  • Mais le trafic passe de plus en plus par le fret express et postal, de plus en plus surveillé par les douaniers.

Des saisies de cocaïne « en très forte augmentation » en 2022 en Nouvelle-Aquitaine, souligne le directeur interrégional des douanes, Serge Puccetti. L’année dernière, quelque 709 kg de poudre blanche ont en effet été interceptés dans la région, ont annoncé les douanes régionales, ce lundi matin.

« C’est le double de la meilleure année précédente, poursuit Serge Puccetti, avec notamment une affaire de 578 kg saisis par la brigade d’Arcachon au mois de décembre sur l’autoroute en provenance d’Espagne, dans un camion de carrelage. On est sur une tendance à la hausse depuis plusieurs années, car la demande est de plus en plus importante, et la production augmente. »

« Jusqu’à 1,5 kg ingéré dans l’organisme »

Et tous les moyens sont bons pour faire passer la drogue. « Nous avons intercepté 22 mules [personnes transportant dans leur corps de la cocaïne] en 2022, c’est beaucoup plus que les années précédentes, et elles avaient parfois des quantités importantes, jusqu’à 1,5 kg de cocaïne ingérée dans l’organisme, poursuit le directeur interrégional. Ces mules arrivent de Guyane, descendent dans les aéroports parisiens, et sont ensuite dispatchées sur l’ensemble du territoire pour décharger leur marchandise. »


Le maître-chien Lilian, et son chien OK, lors d'une inspection de bagages à l'aéroport de Bordeaux-Mérignac
Le maître-chien Lilian, et son chien OK, lors d'une inspection de bagages à l'aéroport de Bordeaux-Mérignac - Mickaël Bosredon

La stratégie de « saturation » est de plus en plus fréquemment utilisée. « Les trafiquants placent beaucoup de mules dans les avions, jusqu’à 30 personnes chargées, sachant que, si l'on en attrape trois ou quatre, toutes nos unités sont occupées, et les autres peuvent passer au travers des mailles du filet. Ce sont des gens qui font parfois beaucoup de voyages, on en a appréhendé certaines qui avaient déjà effectué six ou sept voyages. On ne les interpelle pas forcément à l’aéroport de Bordeaux, on en a eu aussi à la gare Saint-Jean, et dans des gares plus petites comme Poitiers et Niort. »

Bientôt des scanners pour équiper les plateformes de tri postal

La cocaïne transite également de plus en plus par le fret. « Avec le développement de l’e-commerce, notre activité sur le fret express et postal a explosé, confirme Pascal Deladrière, directeur régional de Bordeaux. Ces millions de colis qui transitent chaque année par les aéroports, sont presque notre nouvelle frontière. Entre 2021 et 2022, la part de stupéfiants saisie dans le fret express et postal est passée de 20 à 25 %, sur le ressort de la direction de Bordeaux. Cela nous oblige à mettre en place de nouveaux systèmes, et à nous industrialiser, puisque nous sommes en train d’acheter des scanners, que l’on va installer sur les grandes plateformes de fret express et postal, pour nous assister et nous aider à la décision. L’objectif est de trouver davantage de produits de fraude. »

Pour les voyageurs, le chien renifleur, l’analyse au rayon X et l’étude comportementale, restent les moyens les plus efficaces pour repérer les trafics. « Le rayon X analyse la différence de composition des matériaux (organiques, inorganiques…), et détecte des densités qui peuvent représenter des éléments suspects, explique Michaël Faucher, chef divisionnaire de Mérignac. Cela permet un premier contrôle approfondi, sans ouvrir la valise, mais il ne nous donne pas la composition détaillée d’un produit, c’est donc l’agent qui décide si c’est suspect, par rapport à la connaissance du flux, le comportement de la personne… »

« Il n’y a pas de recette type, poursuit le chef divisionnaire : on regarde les gens, d’où ils viennent, on essaie de voir s’il y a un comportement spécifique. Et on questionne. Si les réponses sont hasardeuses, on met en place un contrôle. C’est aléatoire, car on voit passer tout type de profils. Ensuite, si nous trouvons des marchandises non identifiées, nous pouvons utiliser un spectromètre qui nous permet d’identifier chimiquement un produit contenu dans un flacon par exemple, sachant qu’on peut cacher la cocaïne dans beaucoup de choses, ou la transformer en beaucoup de choses, en pâte, en matériau rigide… »


notre dossier sur les saisies des douanes

Outre la cocaïne, les saisies de cannabis sont restées à un très haut niveau en 2022, avec 11,3 tonnes saisies. « Avec quatre millions d’euros appréhendés, nous avons aussi doublé le montant des flux financiers illicites saisis », ajoute le directeur interrégional.

« Nous faisons aussi de la protection de la biodiversité, et nous luttons par exemple contre le trafic de civelles, très présent dans la région, mais aussi contre les produits protégés par la convention de Washington, insiste Serge Puccetti. En 2022 nous avons réalisé des saisies de tortues, de crânes de dauphins, de coraux… Et on voit aussi des marchandises comme de la viande de brousse, il s’agit d’infractions sanitaires à l’encontre d’espèces protégées. »

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