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« red flag »Près de Montpellier, la corrida revient et les banderilles entre élus aussi

Près de Montpellier, la corrida est de retour et les banderilles entre élus aussi

« red flag »Six taureaux devraient être mis à mort, cet été, à Pérols, un village près de Montpellier
Une corrida, à Pampelune (Illustration).
Une corrida, à Pampelune (Illustration).  - 900/Cordon Press/SIPA / SIPA
Nicolas Bonzom

Nicolas Bonzom

L'essentiel

  • Alors que de nombreuses communes du sud de la France ont décidé de supprimer les corridas, le village de Pérols, près de Montpellier, a décidé d’en organiser une, cet été, alors qu’il n’y en avait plus, dans ses arènes, depuis plus de vingt ans.
  • « Encore une fois, parce qu’un maire est dévoré par cette passion, il franchit le pas, déplore Thierry Hély, le président de la Flac (Fédération des luttes pour l’abolition des corridas). C’est complètement à contre-courant. »
  • « La provocation, elle vient des écologistes et des animalistes, qui veulent tout interdire dans ce pays », s’emporte, de son côté, Jean-Pierre Rico (Nouveau Centre), le maire de Pérols interrogé par 20 Minutes.

Cet été, six taureaux devraient être mis à mort, dans les arènes de Pérols (Hérault). Alors que cette tradition controversée n’avait plus cours, depuis vingt ans, dans ce village de la métropole de Montpellier, son maire, Jean-Pierre Rico (Nouveau Centre), a décidé d’organiser une corrida, dans ses arènes, le 15 juillet prochain. Ce sera une novillada, qui oppose de jeunes taureaux à de jeunes toreros. Une initiative qui a quelque peu surpris le mundillo, alors que la tendance, dans le sud de la France, est plutôt à l’abandon des spectacles taurins. Face à désaffection du public et aux frais exorbitants, Palavas-les-Flots, Vergère, Le Grau-du-Roi ou encore Mauguio n’en accueillent plus.

« Le bureau du Club taurin de Pérols a changé, c’est une équipe de jeunes qui en a pris la tête, explique Jean-Pierre Rico interrogé par 20 Minutes. Ils m’ont proposé, il y a un an, d’augmenter la Feria des étangs », avec « une journée espagnole, pour rappeler les traditions de notre ville ». De « fil en aiguille », poursuit l’élu, il a été évoqué d’organiser « un lâcher de taureaux dans les rues, et pourquoi pas une tienta [sans mise à mort], puis une novillada ».

« On n’est pas des bouffeurs d’herbe »

Le retour de la corrida dans la métropole, cela pourrait presque sonner comme une provocation, quelques semaines à peine après le débat, entre les animalistes et le monde rural sur les traditions taurines. Au début de l’année, le Parti animaliste avait demandé que certains sévices, pratiqués sur les taureaux dans le milieu de la bouvine, soient interdits. Un combat qui avait suscité la colère d’élus ruraux et de professionnels. Le 11 février, entre 13.000 et 15.000 personnes ont manifesté dans les rues de Montpellier, pour défendre ces traditions. « Nous sommes dans une démarche déconnectée de la polémique actuelle, assure Jean-Pierre Rico. La provocation, elle est chez eux [les animalistes et les écologistes anti corridas]. Nous, on n’est pas des bouffeurs d’herbe. On aime manger des côtes de bœuf. On aime la charcuterie à l’apéritif. La provocation, elle vient des écologistes et des animalistes, qui veulent tout interdire dans ce pays. La France est riche de ses diversités, notamment de ses diversités culturelles et régionales. »



Et depuis l’annonce du retour des spectacles à Pérols, les anti corridas voient rouge. « Encore une fois, parce qu’un maire est dévoré par cette passion, il franchit le pas, déplore Thierry Hély, le président de la Fédération des luttes pour l’abolition des corridas (Flac). C’est un plaisir, qu’il assouvit. Les communes aux alentours ont arrêté d’en accueillir. C’est complètement à contre-courant. » « C’est d’autant plus dramatique », pointe encore ce défenseur de la cause animale, que les arènes de Pérols accueilleront cet été une novillada, « plus cruelle ». « Ce sont des toreros inexpérimentés et de jeunes taureaux, pointe Thierry Hély. C’est un vrai massacre. On a des images de ça. »

Des recours pour que cette corrida n’ait pas lieu

La Flac va organiser une projection et des distributions de tracts pour informer les habitants sur « ce projet funeste ». Elle va également écrire à la ville allemande de Flörsheim Am Main, jumelée avec Pérols, pour l’informer de la tenue d’une corrida chez leurs cousins français. « Les Allemands sont très sensibles à la cause animale », assure Thierry Hély.

« Visiblement, Jean-Pierre Rico apprécie de voir souffrir des animaux dans ses arènes, alors que de nombreux pays, et des communes en France, stoppent ces pratiques », regrette, de son côté, Eddine Ariztegui (Parti animaliste), l’élu de Montpellier au bien-être animal qui avait demandé que la bouvine soit réformée. Le conseiller municipal indique qu’il étudie d’éventuels recours juridiques, pour que cette corrida n’ait pas lieu.

« Normalement, assure encore Eddine Ariztegui, ce n’est pas possible qu’une corrida soit organisée dans une commune, si la tradition a été interrompue. » La loi interdit en effet strictement les sévices graves et les actes de cruauté envers les animaux en France, sauf pour les courses de taureaux, lorsqu’une tradition locale ininterrompue peut être invoquée.


NOTRE DOSSIER SUR LA CORRIDA

C’est vrai, convient le maire, « cela faisait un certain nombre d’années qu’il n’y avait pas eu de corridas [dans la commune]. Mais il y en a eu, pendant longtemps. Est restée pendant très longtemps, aussi, une fête, la fiesta Campera, typiquement espagnole ».

A Pérols, selon Jean-Pierre Rico, « les membres du club taurin vont voir des corridas à Arles, à Nîmes, en Espagne. J’en vois moi aussi régulièrement. Et souvent, j’y croise des Péroliens ». Et le maire d'assurer qu'à Pérols, il y a une véritable « aficion » (passion) pour la corrida.

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