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TRANSPORTSPourquoi « les trottinettes à Marseille, c’est le Far West » ?

Pourquoi « les trottinettes électriques à Marseille, c’est le Far West » ?

TRANSPORTSLa mairie de Marseille réunit ce lundi les opérateurs de trottinette alors que les conflits et plaintes autour de ce mode de transports prennent de l’ampleur dans la deuxième ville de France
Des trottinettes électriques à Marseille
Des trottinettes électriques à Marseille - AFP / AFP
Mathilde Ceilles

Mathilde Ceilles

L'essentiel

  • Ce lundi, la ville de Marseille réunit les opérateurs de trottinettes électriques, mécontente de la situation actuelle, au point de menacer de mettre fin à ce service.
  • Le stationnement de ces engins, sur les trottoirs, agace les Marseillais.
  • La mauvaise géolocalisation ajoute une difficulté dans une ville qui n’est pas tournée vers le vélo.

Le maire de Marseille, le premier, s’est montré catégorique, lors de ses vœux à la presse en janvier. Dans la deuxième ville de France, les trottinettes électriques semblent en sursis. Ce lundi, l’adjointe au maire à la mobilité Audrey Gatian réunit les trois opérateurs qui se partagent le marché. Une réunion cruciale, après les déclarations de cette même élue au micro de BFMTV, se disant prête à « tout arrêter » si les opérateurs « n’arrivent pas à réguler leurs flottes et n’arrivent pas à assurer un service convenable ». A la veille de cette réunion, 20 Minutes revient sur les raisons de cette colère et les spécificités de ce oaï marseillais à deux roues.



Des trottoirs encombrés

« Les trottinettes électriques, c’est le best-of des signalements avec les rats et les poubelles », résume Sophie Camard, maire des 1er et 7e arrondissements de Marseille. Dans ces arrondissements de l’hypercentre, comme ailleurs dans la cité phocéenne, les trottinettes électriques provoquent l’agacement des habitants pour une raison simple… et visible. « C’est un motif de petite nuisance quotidienne car les trottinettes se retrouvent sur les trottoirs et occasionnent une gêne pour les piétons, rapporte la maire de secteur. Elles sont disposées en vrac. En ce sens, l’été dernier, c’était l’enfer. A Marseille, les trottinettes électriques, c’est le Far West ! » Une situation imputable notamment aux zones de stationnement, qui se situent sur des trottoirs marseillais déjà connus pour leur étroitesse. « Il faut continuer à privilégier les emplacements sur la voirie, et non sur le trottoir, comme c’est déjà le cas pour les vélos en libre-service », réclame Sophie Camard.

Ce phénomène est d’autant plus fort qu’il n’existe pas pour l’heure à Marseille d’obligation de quotas limitant le nombre de trottinettes électriques pour tous les opérateurs, comme cela existe par ailleurs dans d’autres villes de France. Résultat : la saturation guette à chaque place de parking. « A Paris, le nombre de véhicules par zone de stationnement est limité à six », explique Margot Minet, porte-parole de Tier, l’un des opérateurs en vigueur dans la capitale. Contactés, l’opérateur Bird et Audrey Gatian n’ont pas souhaité s’exprimer avant la réunion de lundi. Les deux autres opérateurs n’ont pas donné suite à nos sollicitations à l’heure où ces lignes sont écrites.

Une géolocalisation perfectible

Dans la deuxième ville de France, le stationnement des trottinettes électriques dans les emplacements se fait via un système GPS qui permet de déterminer si l’engin est au bon endroit. « Mais le système de géolocalisation fonctionne mal à Marseille, regrette Sophie Camard. Elle n’est pas hyperprécise, ce qui fait que des trottinettes doivent se garer au mauvais endroit, à côté de l’emplacement dédié ». Les engins mal rangés font bien l’objet d’une surfacturation. Mais, comme l’expliquait 20 Minutes il y a quelques semaines, la ville de Marseille fait face à un nouveau phénomène : l’usage de cartes volées pour louer des véhicules en free-floating, ce qui rend vaine toute sanction financière en cas de stationnement sauvage.

Face à cette faiblesse technique, la société Bird a annoncé en mai dernier développer un nouveau système dans des villes comme Bordeaux ou Paris, plus précis que la géolocalisation. Baptisé VPS pour « Visual Parking System », il s’appuie sur la base de données de numérisation 3D de Google, la réalité augmentée et les données de Google Street View pour reconnaître les immeubles qui entourent une trottinette garée, via l’appareil photo de l’usager.

Une voirie inadaptée

Quiconque a déjà circulé dans le centre-ville de Marseille s’est aperçu de cette particularité toute phocéenne. Les rues étroites sont légion et les pistes cyclables bien peu nombreuses, si bien que le partage de l’espace public est source de conflit. En la matière, la circulation des trottinettes électriques n’échappe pas à cette règle, que la maire des 1er et 7e arrondissements ne connaît que trop bien. « Quand vous êtes à Barcelone, vous êtes sur un plan quadrillé, avec une voie pour les bus, une pour les voitures, une pour les vélos, note Sophie Camard. C’est forcément plus facile qu’à Marseille où, sur une même voie étroite doivent circuler les trois modes de transport. » Pour rappel, depuis des années, Marseille stagne dans le bas du baromètre de la fédération des usagers de la bicyclette.

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