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ANIMAUXLe Parti animaliste contre les sévices sur les taureaux dans la bouvine

Montpellier : Le Parti animaliste veut interdire les sévices infligés aux taureaux dans la bouvine

ANIMAUXEddine Ariztegui ne veut pas supprimer la course camarguaise et ses traditions, mais réformer certaines pratiques qu’il juge d’un autre âge
Une course camarguaise, aux arènes de Lansargues, dans l'Hérault.
Une course camarguaise, aux arènes de Lansargues, dans l'Hérault. - Patrick FRILET/SIPA / SIPA
Nicolas Bonzom

Nicolas Bonzom

L'essentiel

  • L’élu de Montpellier Eddine Ariztegui (Parti animaliste) est à l’initiative d’une tribune, parue sur le site du Monde, visant à réformer la bouvine.
  • Il ne veut plus, notamment, que les taureaux soient marqués au fer rouge dans les manades, et il veut qu’ils soient endormis avant d’être stérilisés.
  • La démarche ulcère les professionnels du secteur. « C’est une atteinte à notre travail ! Petit à petit, on va disparaître ! Et puis, en quoi ça les regarde ? Le bien-être animal, c’est nous. L’écologie, c’est nous », confie un manadier héraultais.

Après la tentative infructueuse d’interdire la corrida, en automne, une autre tradition tauromachique est dans le viseur des défenseurs des animaux : la bouvine. Et, notamment, la course camarguaise. Dans ces jeux, très populaires dans l’Hérault, le Gard, les Bouches-du-Rhône et le Vaucluse, des casse-cou sautent dans l’arène pour tenter de récupérer des attributs sur le taureau. Il n’y a pas, contrairement à la corrida, de mise à mort. Une fois que les raseteurs l’ont défié, l’animal rentre au pré. Mais s’il n’y a pas d’effusion de sang, pour le Parti animaliste, la bouvine doit toutefois être réformée.

Ce mardi, lors d’une conférence de presse, Eddine Ariztegui (Parti animaliste), l’élu de Montpellier (Hérault) à l’origine d’une tribune parue sur le site du Monde, signée par une cinquantaine de personnalités et d’associations, a expliqué pourquoi il souhaitait que cette tradition soit revue et corrigée. « Nous ne demandons pas l’abolition de la bouvine, précise Eddine Ariztegui. Nous demandons qu’elle soit réformée, que l’on interdise les sévices » pratiqués sur les taureaux. Et d’abord, la ferrade, qui consiste à marquer, dans les manades, les animaux au fer rouge, chauffé dans des braises ou du feu.



« Des actes de torture »

L’élu dénonce aussi l’escoussure, lors de laquelle l’éleveur entaille l’oreille d’un veau, selon un schéma propre à chaque manade. « A vif », déplore Eddine Ariztegui. « Ce sont des sévices, de grandes souffrances, des actes de torture », note l’élu. « C’est, par ailleurs, complètement inutile. Certains manadiers ont arrêté ces pratiques d’un autre âge. » Pour identifier les animaux, le représentant du Parti animaliste propose que les taureaux soient dotés de petites médailles, à l’oreille.

Mais ce sont surtout les méthodes de stérilisation qui font trembler les défenseurs des animaux. « Là, on atteint le summum de l’horreur », confie Eddine Ariztegui. Selon l’élu, certains manadiers brisent « les canaux spermatiques ». « Parfois, ça ne fonctionne pas. Et dans ces cas-là, certains procèdent à une ablation des testicules. A vif », rappelle le conseiller municipal. « Attention, tous les manadiers n’utilisent pas ces méthodes. Mais certains, oui. Pour nous, il est inacceptable de tolérer ces actes de torture. » Une troisième méthode, pour les veaux, dénonce Eddine Ariztegui, consiste à placer un élastique autour des testicules, pour qu’elles ne soient plus irriguées, et finissent « par tomber ». « Nous demandons l’interdiction de la ferrade et de l’escoussure, et l’obligation d’endormir les taureaux lors des stérilisations. »

« Nous demandons une évolution des pratiques »

Par ailleurs, les signataires exigent que des protections soient mises en place, sur les taureaux, pour éviter qu’ils ne soient blessés par les crochets utilisés par les raseteurs pour récupérer les attributs. « Nous demandons une évolution des pratiques, pour le bien-être animal. Nous voulons une bouvine empathique, qui prend soin des taureaux », note Coralie Mantion (EELV), vice-présidente de la métropole qui soutient la démarche.


Une course camarguaise, à Nîmes.
Une course camarguaise, à Nîmes. - Patrick Frilet / SIPA

Ces revendications, évidemment, ne sont pas du goût des professionnels de la bouvine. Ce mardi, des élus et des représentants de la course camarguaise ont fait savoir leur mécontentement, devant le Club de la Presse, où se déroulait la conférence de presse du Parti animaliste. Les esprits se sont quelque peu échauffés, quand on leur a refusé l’entrée, réservée aux journalistes. « Après le débat sur la corrida, on a senti que toutes nos traditions allaient être attaquées », confie Jean-Pierre Rico (Nouveau centre), le maire de Pérols, qui a érigé récemment une immense statue de taureau à l’entrée de sa commune. « C’est totalement inacceptable. Si on laisse passer ça, petit à petit, on va y passer le bras entier. Il faut montrer qu’on est attaché à nos traditions. S’il doit y avoir une quelconque réforme, c’est de nous qu’elle doit venir. »

« Il n’y a rien à réformer »

« Tout ce qui est fait est fait dans le cadre de la loi, pointe Nicolas Triol, le président de la Fédération française de la course camarguaise. C’est une institution fédérale, rattachée au ministère des Sports depuis 1975, qui bénéficie d’un agrément ministériel renouvelé pour huit ans l’année dernière. » Pour le patron de la course camarguaise, il n’est pas question que « des personnes qui ne connaissent rien à ce que nous faisons » s’immiscent dans le travail des éleveurs et des manadiers. « Une majorité des manadiers sont totalement attachés à ce que les choses soient faites dans les règles de l’art et pour que les animaux ne souffrent pas », note Nicolas Triol.


NOTRE DOSSIER SUR LA TAUROMACHIE

Pour Claude Chaballier, manadier à Marsillargues (Hérault), « il n’y a rien à réformer », dans la bouvine. Cette démarche, « c’est une atteinte à notre travail ! Petit à petit, on va disparaître ! Et, puis, en quoi ça les regarde ? Le bien-être animal, c’est nous. L’écologie, c’est nous. » Les signataires de la tribune visant à réformer la bouvine demande expressément à l’Unesco de ne pas accepter que le savoir-faire des professionnels du secteur soit reconnu, comme ils le souhaiteraient, au patrimoine immatériel.

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