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ARTISANS A BOUT« Ecoeuré », ce boulanger a dû fermer assommé par ses factures d’électricité

Crise énergétique : « J’ai eu droit à zéro aide »… Ce boulanger a fermé boutique assommé par ses factures d’électricité

ARTISANS A BOUTJulien Bernard-Regnard a dû fermer sa boulangerie de Bourgaltroff, en Moselle, début décembre. Il ne pouvait plus assumer la flambée des tarifs de l’énergie
Porte close pour la boulangerie de Bourgaltroff depuis début décembre.
Porte close pour la boulangerie de Bourgaltroff depuis début décembre. - Julien Bernard-Regnard / DR
Thibaut Gagnepain

Thibaut Gagnepain

L'essentiel

  • Dans un petit village de Moselle, à Bourgaltroff, la boulangerie a fermé début décembre. Placée en liquidation judiciaire.
  • Julien Bernard-Regnard a été contraint de mettre fin à son activité, assommé par les factures. Surtout celle d’électricité.
  • « Ça a été un choc quand j’ai vu le montant de la facture d’électricité : 1.300 euros au lieu de 450 d’habitude ! », raconte-t-il avant de retracer ses difficultés et d’exprimer sa « colère ».

Il n’y aura pas de « fève zizi » dans les galettes des rois de Bourgaltroff cette année. Depuis son petit village de Moselle, Julien Bernard-Regnard avait créé en 2022 un petit émoi commercial avec son pari osé. Près de douze mois plus tard, le boulanger a tiré le rideau depuis début décembre. La faute à des charges devenues trop importantes.

« Comme mes confrères, j’ai d’abord subi la hausse des prix des matières premières. Le beurre avait presque doublé de prix, sans parler de la farine », retrace-t-il. « Puis en septembre, ça a été un choc quand j’ai vu le montant de la facture d’électricité : 1.300 euros au lieu de 450 d’habitude ! »



Four, chambre froide, vitrine, pétrin… Sa production étant très énergivore, l’artisan a cherché des solutions. « Je me suis levé deux heures plus tôt pour profiter des heures creuses au maximum. Je commençais à 2 heures au lieu de 4 heures. On a aussi arrêté les cuissons l’après-midi, on débranchait tout ce qu’on pouvait… Comme si on courrait après l’énergie. » Sans grand résultat. « Les consommations baissaient un peu mais vu que le prix du kilowattheure augmentait, ça ne changeait rien. Ma facture a dû monter à 1.400 euros je crois. »

Alors que faire ? Julien Bernard-Regnard a augmenté ses prix de vente, avec une baguette « jusqu’à 1,40 euro », et réduit ses charges salariales. « J’ai dû licencier ma vendeuse. Je me retrouvais à faire le pain et les pâtisseries puis à les vendre. Je faisais près de 100 heures par semaine », détaille-t-il, toujours sans se plaindre. Simplement pour raconter cette « longue pente » jusqu’à la liquidation judiciaire, début décembre. « Je n’avais plus de trésorerie, ça devenait du n’importe quoi. Maintenant, je suis placé en liquidation judiciaire. Tous les documents sont chez ma comptable et je ne veux plus en entendre parler, même si je dois quand même rembourser mes dettes. »

« L’impression d’avoir abandonné mes clients »

Le désormais ex-boulanger a beau vouloir tourner la page, il est encore très touché. Cela ne fait même « qu’une dizaine de jours » qu’il a « remis le nez dehors ». « Pendant trois semaines, j’étais dans le noir chez moi à bouffer des cachets, j’étais en dépression. Ça ne me ressemble pas, moi qui suis d’habitude un battant », peste le trentenaire, qui avait créé son commerce en 2018 et ne cessait depuis de se diversifier. « Chaque année, j’étais en évolution. Je faisais relais colis, vendais des cigarettes, le loto, etc. J’ai vraiment tout donné pour tout ça et maintenant, j’ai l’impression d’avoir abandonné mes clients qui vont se retrouver à faire des kilomètres pour le moindre service. »

« Écœuré et en colère », Julien Bernard-Regnard en veut énormément à deux personnes, qu’il tient à citer : « Olivia Grégoire et Bruno Le Maire ». La ministre déléguée aux PME, au Commerce, à l’Artisanat et au Tourisme, ainsi que le ministre de l’Economie sont coupables, selon lui, « de n’avoir fait que de la propagande ». « Ils répètent partout qu’on a le droit à des tas de trucs mais j’ai eu droit à zéro aide. Zéro. A chaque fois, il y avait tellement de clauses que je passais à travers, comme beaucoup de mes confrères. »

« Il va y avoir le feu » à Paris

Le bouclier tarifaire ? « Mon compteur électrique était au-dessus des 36 kvA », répond l’artisan. Le guichet d’aide au paiement des factures d’électricité ? « Le gouvernement prenait en compte les factures du même mois mais en 2021. Mais qui avait des dépenses d’énergie supérieure à 3 % de son chiffre d’affaires à ce moment-là ? » Le report du paiement des impôts et cotisations sociales ? « Mais on était déjà mensualisé pour tout ça ! » Et les résiliations sans frais des contrats d’énergie alors ? « J’ai essayé, mais les autres fournisseurs étaient encore plus chers », s’indigne encore Julien Bernard-Regnard, qui estime que le problème vient de l’indexation des prix de l’électricité sur ceux du gaz. Soit la règle européenne qu’a dénoncée le président du Rassemblement national Jordan Bardella dans sa « Lettre aux boulangers de France » ce mardi.

« Je suis d’accord avec lui », insiste le Mosellan de naissance, qui promet d’être à la manifestation des professionnels du secteur le 23 janvier à Paris. « Il va y avoir le feu car j’ai des collègues qui ont vu leur facture d’électricité être multipliée par dix », assure-t-il en sortant de son nouveau travail. Sur une ligne de production d’Ineos Automotive (ex-Smart) à Sarreguemines. « Je remercie un client qui m’a trouvé une place… Je ne retournerai pas en boulangerie en France, c’est sûr. »

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