Crise de l’énergie : Un bailleur remplace les radiateurs par des data centers et chauffe gratuitement ses locataires

BON A PRENDRE A Launaguet, près de Toulouse, un bailleur a installé dans une résidence des radiateurs qui font office de data centers. Ils chauffent en calculant et leur consommation électrique est remboursée aux locataires.

Hélène Menal
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Chaque locataire de la résidence Les Sables de Launaguet, près de Toulouse, cohabite avec deux radiateurs qui sont en fait des data centers.
Chaque locataire de la résidence Les Sables de Launaguet, près de Toulouse, cohabite avec deux radiateurs qui sont en fait des data centers. — H. Ménal
  • Un bailleur social toulousain a choisi au moment de la réhabilitation d’une résidence de 59 logements de les équiper de « radiateurs numériques ».
  • Les appareils sont en fait des calculateurs dont les données sont commercialisées. Pendant l’opération, les microprocesseurs fournissent de la chaleur.
  • Les locataires les déclenchent quand ils le veulent et sont remboursés tous les mois de la consommation électrique de ces radiateurs data centers.

Edit du 29 décembre 2022 : Dans le contexte de crise énergétique, nous vous proposons la relecture de cet article.

Tandis que Jean-Paul est bien au chaud dans son canapé, son radiateur fait des calculs compliqués. Dont le sexagénaire ignore tout. Depuis plus d’un an, ce routier retraité cohabite, dans sa chambre et dans son salon, avec deux gros appareils noirs, sobres et élégants surmontés, de leurs tablettes en bois. Jean-Paul a été étonné au départ qu’il faille deux costauds pour les porter et les installer. C’est parce qu’il ne s’agit pas de vulgaires radiateurs un peu plus design que les autres. Bardés d’électronique, ce sont en fait de mini « data centers » qui traitent de la donnée dès qu’ils sont allumés, dégageant la chaleur de leurs microprocesseurs en surchauffe.



« Les calculateurs sont là mais on ne sait pas pour qui, ni où vont ces données complexes », explique Pauline Dussol du Pôle réhabilitation du Groupe Les Chalets. Au moment de repenser la résidence Les Sables de Launaguet, près de Toulouse, le bailleur social a voulu miser sur l’isolation thermique mais aussi sur l’innovation. Cela s’est traduit par la transformation des vieilles baignoires en « jardinières collectives » au pied des deux bâtiments et par le choix, plutôt inspiré à deux ans d’une crise énergétique sans précédent, de ces « radiateurs numériques ». Les appareils sont commercialisés par la société parisienne Qarnot, dont l’autre activité, la principale, est de vendre de la « puissance de calcul ». Celle qui est en partie délocalisée chez Jean-Paul et ses voisins. A « 2.542 euros » d’investissement par appartement, l’équipement de base est bien plus cher que la norme mais Les Chalets ont bénéficié d’une subvention « NoWatt » de la région pour cette expérimentation.

293 euros d’économies annuelles en moyenne

La vraie économie est pour les locataires. « Ils allument et éteignent les radiateurs quand ils le veulent et en s’inscrivant, par simple courrier ou par mail, auprès de l’opérateur, la consommation des appareils est remboursée mensuellement », détaille Solène Chupé, la responsable de la résidence. « Ça le fait puisque mes mensualités d’électricité pour les mois d’hiver sont passées de 51 à 29 euros », se réjouit Jean-Paul, qui n’a pas poussé jusqu’à piloter ses radiateurs high-tech avec son smartphone et a fini par apprivoiser leur temps de latence. « Pas la peine de pousser à fond, il met un peu de temps pour se déclencher et s’éteindre », conseille le retraité qui a condamné, ou même fait enlever, les autres radiateurs classiques de son T3. Comme lui, 75 % des 59 locataires se chauffent aux microprocesseurs. « Sur la première année d’utilisation, l’économie moyenne est de 293 euros par locataire », affirme Pauline Dussol. Certains sont même tellement fans de l’aubaine qu’ils en profitent. « Il fait 28 °C chez eux et ils se baladent en tee-shirt », garantit Jean-Paul qui du coup, parfois, n’allume même plus chez lui.

Le bailleur veut maintenant continuer, par voie d’affichettes, ou grâce à sa conciergerie, sa « pédagogie sur les usages de ces radiateurs ». A la fois pour éviter la surchauffe et pour convaincre les 25 % d’habitants encore légitimement réfractaires à ce bonus. Pas évident de se dire qu’on va héberger un data center dans son salon. Par ailleurs, l’inflation générale des factures d’électricité dans les logements collectifs rend l’opération moins lisible pour les locataires qui tout en consommant moins paient souvent plus cher cette année.