Meurtre de Lola : Dahbia B. ne souffrirait « d’aucun trouble psychique ayant alterné son discernement »

enquête L’expert psychiatre décrit la suspecte comme une manipulatrice au « haut potentiel narcissique psychopathique »

N.T.
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Les obsèques de Lola à Lille (Pas-de-Calais), le 24 octobre 2022.
Les obsèques de Lola à Lille (Pas-de-Calais), le 24 octobre 2022. — Sarah ALCALAY/SIPA

Dans son rapport rendu le 28 novembre dernier, l’expert psychiatrique a estimé que Dahbia B., 24 ans, la principale suspecte dans l’enquête sur le meurtre de Lola, 12 ans, ne souffrait « d’aucun trouble psychique ou neuropsychique ayant aboli ou altéré son discernement », rapportent nos confrères du Parisien. Cette expertise permet d’écarter l’argument de l’abolition ou l’altération du discernement de Dahbia B., et devrait donc permettre la tenue d’un procès aux assises. En cas de discernement aboli, l’irresponsabilité pénale peut être déclarée, empêchant la tenue d’un procès. En cas d’altération, le suspect est considéré comme accessible à une sanction pénale mais sa peine peut être réduite. Deux sources proches du dossier ont confirmé à l’AFP le sens de cette expertise.

Dans son compte rendu remis au juge d’instruction, l’expert psychiatrique dresse le portrait d’une femme manipulatrice à « structuration perverse » avec « un haut potentiel narcissique psychopathique ». Celle qui est soupçonnée d’avoir, tué, torturé et violé Lola, le 14 octobre dernier dans le 19e arrondissement de Paris, aurait également une tendance au « mensonge pathologique » et une « absence d’empathie et de culpabilité ». D’après le quotidien, le crime reproché à Dahbia B. est « bel et bien en rapport avec un trouble grave et complexe de sa personnalité » et le risque de violence de la suspecte est « évalué comme étant très élevé ».

Détenue à Fresnes en attendant la suite de l’instruction

Cette expertise a été requise par le juge d’instruction lors de la garde à vue de la jeune femme de 24 ans. Les premiers éléments sur la personnalité de Dahbia B., mise en examen après la découverte du corps sans vie de la collégienne de 12 ans, avaient d’emblée laissé apparaître un parcours de vie chaotique marqué par la marginalisation et la violence. « La divulgation d’un nouvel élément de l’instruction, pourtant couvert par le secret, révèle un dysfonctionnement patent de notre système judiciaire (…). Au nom de quel droit une telle violation du secret peut-elle être admise dans une démocratie digne de ce nom ? », s’est demandé Me Alexandre Silva, avocat de Dahbia B.

Au cours de sa garde à vue, la suspecte avait eu des « déclarations fluctuantes (…) oscillant entre reconnaissance et contestation des faits », selon un communiqué la procureure de Paris, Laure Beccuau. Après avoir détaillé l’enchaînement des faits jusqu’à la mort de Lola et son périple avec la caisse renfermant le corps de la collégienne, Dahbia B. était revenue sur ses déclarations dans ses dernières auditions à la brigade criminelle. Elle avait expliqué « avoir raconté un rêve et non la réalité », avançant qu’elle « a pu se défendre face à une agression au couteau tout en indiquant s’être battue contre un fantôme ».

Ces déclarations avaient questionné les enquêteurs, les avocats et le parquet sur le discernement de celle qui se fait surnommer « Dina ». Actuellement, la suspecte, mise en examen pour « meurtre et viol avec acte de torture et de barbarie sur mineure de moins de 15 ans » est détenue à la maison d’arrêt des femmes de Fresnes (Val-de-Marne).