Notre-Dame de Paris : Enigme résolue pour l’un des sarcophages en plomb découverts

Archéologie Les archéologues et anthropologues ont pu déterminer l’identité d’un des défunts des deux cercueils en plomb découverts lors des fouilles de Notre-Dame. L’enquête se poursuit pour identifier le second

Béatrice Colin
Lors de l'ouverture des deux sarcophages en plomb de Notre-Dame de Paris à l'Institut médico-légal de Toulouse.
Lors de l'ouverture des deux sarcophages en plomb de Notre-Dame de Paris à l'Institut médico-légal de Toulouse. — © Denis Gliksman, Inrap
  • Lors des fouilles préalables aux travaux de reconstruction de la flèche de Notre-Dame, deux sarcophages en plomb ont été découverts sous la nef de Notre-Dame de Paris.
  • L’un des défunts n’est autre qu’un religieux ayant occupé le poste de chanoine de la cathédrale durant plus de 50 ans, jusqu’en 1710.
  • L’identité du second reste inconnue, mais les analyses menées à l’institut médico-légal de Toulouse par des spécialistes montrent qu’il avait la trentaine et a souffert de tuberculose.

Enfoui à plus d’un mètre sous terre, dans la partie ouest de la croisée du transept de Notre-Dame de Paris, un sarcophage en plomb en forme de silhouette humaine était découvert en mars dernier dans un assez bon état de conservation. A côté de cette sépulture particulière, des tessons datant du XIVe siècle, laissaient à penser que le défunt était un illustre personnage, contemporain de Philippe de Valois ou de du Guesclin. Autant d’indices qui ont suscité un vif engouement de la part des archéologues de l’Inrap, chargés des fouilles préventives nécessaires avant la réalisation d’un échafaudage de 700 tonnes qui servira à la reconstruction de la flèche de la cathédrale.

Les images de la caméra endoscopique, glissée à l’intérieur du sarcophage anthropomorphe, ont aussi permis de découvrir qu’il contenait en plus du squelette, des cheveux, quelques restes de végétaux ainsi que du textile. Pas de quoi lever le mystère sur l’identité de celui qui l’occupait, mais autant de matière pour en apprendre un peu plus sur ce qui fut sa vie, ses derniers instants.

Pour lever un pan du voile, le sarcophage a été confié aux membres de l’institut médico-légal du CHU de Toulouse et du laboratoire d’Anthropologie moléculaire et imagerie de synthèse de l’université Paul-Sabatier, spécialisés dans ces auscultations de cercueils qui permettent de remonter le temps et livrer quelques secrets sur ceux qui l’occupent. Ils ont aussi hérité d’un autre sarcophage en plomb de Notre-Dame de Paris, découvert quelques semaines après le premier.

Un chanoine de Notre-Dame durant plus de 50 ans

Pour ce dernier, découvert dans l’axe de la nef et du portail central, l’énigme a été rapidement résolue. « On a tout de suite su qui c’était grâce à trois éléments archéologiques. Une fois la dalle funéraire enlevée, nous sommes tombés sur un premier indice, une grande plaque de plomb qui couvre à peu près les deux tiers de longueur du cercueil sur laquelle était gravée toute l’épitaphe en latin qui indique qu’il s’agit du chanoine Antoine de la Porte. En l’enlevant, on a trouvé sur le cercueil en plomb une plaque en bronze sur laquelle est écrit ci-gît le corps de M. Antoine de la Porte, chanoine de l’église Notre-Dame décédé le 24 décembre 1710 en sa 83e année », révèle Christophe Besnier, qui dirige les fouilles du transept pour l’Inrap.

Le sarcophage en plomb du chanoine de Notre-Dame de Paris, Antoine de la Porte.
Le sarcophage en plomb du chanoine de Notre-Dame de Paris, Antoine de la Porte. - B. Colin

La présence de trois médailles à son effigie et le fait que son cercueil n’ait jamais été ouvert ont parachevé la certification de son identité. Cet ecclésiastique est loin d’être un inconnu pour les historiens, il existe même un portrait de cette personnalité riche et influente peinte après son décès. Sa dernière demeure est d’ailleurs le lieu où il a officié pendant plus de 50 ans, ce qui lui a valu le surnom de « chanoine Jubilé ». Il y a logiquement trouvé sa place parmi les quelque 300 sépultures connues et référencées dans les archives de Notre-Dame.

En auscultant ses restes de près, Eric Crubézy, professeur d’anthropobiologie à l’université de Toulouse, a pu déterminer que l’homme du clergé n’était pas un sportif accompli. Mais pour un homme de 83 ans lorsqu’il est passé de vie à trépas, il ne s’en sortait pas trop mal pour l’époque. « Il a un état dentaire qui est étonnant. S’il a perdu ses dents de dessous, en revanche l’état de ses maxillaires est remarquable pour un sujet de cet âge. Il a les dents polies, c’est en faveur de quelqu’un qui se brossait les dents ou en tout cas qui les entretenaient », détaille ce spécialiste qui pense que le religieux avait certainement la goutte.

Un cavalier atteint de tuberculose

S’il est arrivé à un âge avancé sans trop souffrir, c’est loin d’être le cas de l’inconnu qui reposait dans le premier cercueil découvert en mars dernier et dont l’identité reste pour l’heure un mystère. « Ce cercueil pose beaucoup, beaucoup de questions. Il est situé dans des couches archéologiques comprises entre le XIVe et la fin du XVIIe siècle. La fouille que nous avons réalisée ces dernières semaines va nous permettre d’affiner la datation. Ce cercueil a été déplacé et n’est pas dans sa position initiale, il a été posé de biais, sur des remblais, dans un caveau funéraire. On sait qu’il a été déplacé avant la fin du XVIIe siècle », précise Christophe Besnier.

La forme de son crâne pourrait aussi contribuer à affiner la datation. « Il a une déformation crânienne légère. C’est un signe car elle touche la noblesse que dans moins de 5 % des cas au Moyen Age, lié à un port de bonnet dans l’enfance, et qu’on voit se développer énormément après le Concile de Trente, mi-XVIe siècle », argumente Eric Crubézy.

Mais les résultats de la datation au carbone 14, qui devraient être connus prochainement, permettront de mieux encadrer la période où il vécut sa courte vie. En très mauvaise santé. Car cet homme, qui devait avoir la trentaine, a dû être sujet à de nombreuses souffrances au regard des différentes analyses menées sur son squelette. Grâce à de nouvelles technologies, comme la fluorescence sous ultraviolet, les scientifiques ont pu constater qu’il souffrait d’une méningite chronique. « A la base du crâne, ses os montrent en effet une réaction typique à l’inflammation des tissus. Il avait une méningite chronique, sachant que les causes les plus fréquentes c’est la tuberculose. Il présente des lésions vertébrales qui sont évocatrices de cette pathologie. Il a perdu presque la totalité de ses dents alors qu’il avait la trentaine, un à deux ans avant son décès », poursuit l’anthropobiologiste.

Autant d’informations qui pourront permettre de remonter la piste grâce aux écrits laissés, au même titre qu’il s’agissait selon ses restes d’un cavalier émérite, qui a chevauché très tôt dans sa jeunesse. Le travail d’enquête se poursuit donc pour les archéologues qui vont désormais éplucher les registres d’inhumation de Notre-Dame, les confronter aux nouveaux indices dont ils sont détenteurs. Tout en ne perdant de vue que l’inconnu n’était pas n’importe qui. Car pour avoir un cercueil en plomb très onéreux et se payer le luxe de résider sous la nef de la cathédrale, il fallait avoir un minimum de notoriété, voire de notabilité.