Marseille : La concertation sur l’ouverture d’une salle de shoot débutera début 2023

Addiction A l’occasion des Rencontres internationales de la réduction des risques, Michèle Rubirola a réaffirmé son objectif

Caroline Delabroy
Une «salle de shoot» à Paris (illustration)
Une «salle de shoot» à Paris (illustration) — Henri Garat
  • La ville de Marseille a organisé les premières rencontres internationales de la réduction des risques.
  • Michèle Rubirola, première adjointe au maire en charge de la santé, a demandé des conseils à ses homologues de Paris et de Strasbourg, qui ont parlé pédagogie et concertation.
  • Le lieu choisi accueillera 150 personnes par jour dans le centre-ville de Marseille, et son emplacement exact sera connu au début de l’année 2023.

En organisant ce jeudi à Marseille les premières rencontres internationales de la réduction des risques, la ville pose un acte de plus vers l’ouverture d’une « salle de shoot ». « Je veux que le lieu soit choisi en début d’année prochaine, après il y aura une concertation et une coconstruction avec les habitants », promet Michèle Rubirola, première adjointe au maire, en charge de la santé, sans donner de calendrier plus précis.

En clôture de son discours inaugural, elle fait applaudir Patrick Padovani, l’ancien élu à la santé qui avait à l’époque convaincu Jean-Claude Gaudin d’ouvrir une telle salle. Le projet devait naître dans une antenne de l’hôpital de la Conception, en 2020. « On avait quasiment tout prévu, sauf la décision stupide d’un maire de secteur », lâche l’intéressé dans le public.

Cette fois, le lieu choisi pour accueillir 150 personnes par jour ne sera pas un hôpital. Et après avoir visité Quai 9, l’espace d’accueil et de consommation à moindres risques de Genève, ouvert il y a plus de vingt ans, l’élue n’exclut plus d’aménager la salle dans des algécos sur un terrain municipal. Trouver dans le centre-ville un bâtiment de 400 m² qui réponde au cahier des charges semble en effet aujourd’hui l’un des principaux freins au projet marseillais. Avec l’accueil des riverains, même si, affirme Michèle Rubirola, « la population qui nous a élus y est favorable ». Le projet fait en effet partie des promesses de campagne du Printemps marseillais.

Deux salles seulement en France, à Paris et Strasbourg

« La coconstruction doit se dérouler en amont pour dépasser les réticences mais aussi après, avec une clause de revoyure en fonction de ce qui se passe », conseille Anne Souyris, adjointe au maire de Paris sur les questions de santé publique, qui a mis en place un comité de voisinage. « Il faut beaucoup de pédagogie, on a des micro-groupes très actifs sur les réseaux sociaux », abonde Alexandre Feltz, adjoint au maire de Strasbourg, qui en a fait encore récemment l’expérience avec l’ouverture d’un kiosque à seringues.

Les deux villes sont pour le moment les seules, en France, à avoir ouvert en 2016 une salle de consommation à moindre risque. Avec quinze postes d’injection pour la première, et une douzaine de postes, dont quatre d’inhalation, pour celle de la capitale européenne. « Depuis 2021, une nouvelle loi permet d’expérimenter ce type de structure, pourquoi d’autres villes comme Lyon, Bordeaux, Nantes, etc., n’embrayent pas ? », lance Alexandre Feltz, alors que « toutes les grandes villes d’Europe comptent de telles salles ».

Le nombre de seringues dans la rue divisé par trois

Outre les très enrichissants retours d’expérience des différents responsables de structures, qui se sont succédé lors de ces rencontres, un habitant du 19e arrondissement à Paris a témoigné au nom du collectif de riverains qui a soutenu la mise en place de la salle de shoot parisienne : « L’affect principal des élus et des riverains, c’est la peur, peur de perdre des voix d’un côté, peur de perdre la tranquillité de l’autre. » A cela, le collectif oppose « la realpolitik » et « des indicateurs précis » : « Le nombre de seringues ramassées par terre a été divisé par trois, la consommation dans la rue baisse et une telle structure réussit à augmenter la proportion d’usagers qui s’en sortent, c’est-à-dire qui vont mieux et stabilisent leur consommation. »

Ces salles ne sont pas des lieux de sevrage, mais de prévention et de réduction des risques liés aux seringues usagées et à la surconsommation. « Un espace de consommation permet d’aller plus loin dans la proposition de soin, l’accompagnement, c’est un outil précieux », rappelle ainsi Nicolas Ducournau, coordinateur de la salle de réduction des risques de Strasbourg. A l’entendre, c’est aussi un poste d’observation privilégié des changements de pratique et des réponses à apporter. A Strasbourg, les patchs de Fentanyl représentent par exemple 20 % des sessions de consommation.