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SUCCESIls fabriquent des couteaux uniques à partir d’arbres vieux de 5.000 ans

Ils fabriquent des couteaux d’exception à partir d’arbres vieux de 5.000 ans

SUCCESPrès de Saint-Nazaire, les Couteaux morta ont la particularité d’être conçus avec du bois de chêne fossilisé extrait de la tourbe du marais de Brière. Une originalité qui séduit la clientèle
Jean-Henri Pagnon, fondateur de l'atelier JHP, tient un couteau de type Damas.
Jean-Henri Pagnon, fondateur de l'atelier JHP, tient un couteau de type Damas. - F.Brenon/20Minutes / 20 Minutes
Frédéric Brenon

Frédéric Brenon

L'essentiel

  • A Saint-André-des-eaux (Loire-Atlantique), l’atelier JHP réalise des couteaux artisanaux dont le manche est composé de bois de morta.
  • Le morta est un bois noir, rare, resté enseveli pendant des siècles dans la tourbe des marais.
  • Récemment récompensé par le salon Made in France, l’Atelier JHP cherche désormais à s’agrandir pour répondre à la forte demande.

Ils coûtent relativement cher mais se vendent comme des petits pains. « On a beaucoup de demandes. Certains modèles partent en quatre minutes en ligne dès qu’ils sont réapprovisionnés », confirme Jean-Henri Pagnon, le fondateur de l’atelier JHP. A Saint-André-des-eaux, près de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), cette coutellerie fait de plus en plus parler d’elle avec ses couteaux atypiques dont le manche a été fabriqué en bois de morta. Le morta ? Un bois de chêne en cours de fossilisation extrait de la tourbe des marais, des marais de Brière en l’occurrence.

« Il y a 5.000 ans environ, il y avait une forêt de chênes ici en Brière. Les arbres se sont couchés au rythme des tempêtes et, en tombant, ils sont restés emprisonnés dans la tourbe, à l’abri de l’air et de l’eau », explique Jean-Henri Pagnon. Le résultat donne un bois dense, chargé en silice, d’une couleur noire très caractéristique. « Ce bois a traversé les siècles. Il a connu les Vikings, le Moyen Âge, la Révolution et il se porte encore très bien aujourd’hui. Son histoire est exceptionnelle, c’est ce qui lui donne son incroyable noblesse », s’enthousiasme le chef d’entreprise qui a eu une « vraie révélation » en 2009 lorsqu’il a découvert l’existence du morta en lisant un ouvrage de l’écrivain Alphonse de Châteaubriant.


Harassante, l'extraction du bois des marais s'effectue avec des outils traditionnels.
Harassante, l'extraction du bois des marais s'effectue avec des outils traditionnels. - G.Juin/Atelier JHP

Autorisée par la commission syndicale de la grande Brière mottière, l’extraction du bois fossilisé s’effectue uniquement à l’aide de quelques outils traditionnels. Il faut d’abord sonder le sol tourbeux, inlassablement, tous les 30 cm. « Les troncs se trouvent à environ un mètre de profondeur. Quand on sent une résistance, c’est qu’on en a trouvé un. Il faut alors creuser sur toute sa longueur, entre 5 et 10 mètres, pour le libérer. C’est très éprouvant, on finit la journée couverts de terre et exténués », raconte Jean-Henri Pagnon qui, avec son équipe de huit salariés, répète l’opération plusieurs fois par an. Il faut dire que seuls 20 % du tronc peut ensuite être exploité, après avoir été préalablement stocké et séché pendant deux ans. Chaque tronc permet ainsi la production d’environ 200 couteaux, façonnés à la main en atelier (la lame est en acier).



Les couteaux artisanaux ont la cote

La gamme, qui compte une trentaine de modèles, se décline du couteau de cuisine au couteau de trappeur en passant par le « couteau personnel à tout faire ». Des produits, accessibles de 95 à 780 euros, qui séduisent les clients, en atteste le « prix du public » obtenu en novembre lors du salon Made in France à Paris. Si le story telling du morta contribue en grande partie au succès de la marque déposée Couteaux morta, la mode pour les couteaux artisanaux n’y est pas étrangère. « J’ai le sentiment que, lorsqu’on est inquiet pour l’avenir, on se raccroche aux valeurs du passé. L’une de ces valeurs, c’est le souvenir du grand-père avec son couteau dans la poche. On a dépassé la simple fonction utilitaire. »


La gamme de la marque Couteaux morta compte une trentaine de modèles différents.
La gamme de la marque Couteaux morta compte une trentaine de modèles différents. - F.Brenon/20Minutes

Quelque 6.000 couteaux par an sont aujourd’hui réalisés par l’atelier JHP. Pour poursuivre sa croissance, l’entreprise ambitionne désormais de s’installer dans des locaux beaucoup plus vastes et fonctionnels. Sans s’éloigner des marais de Brière. « Quand j’ai démarré, le morta était très peu connu, se souvient Jean-Henri Pagnon. Il était un peu exploité comme bois de chauffage mais, à part ça, il n’intéressait pas grand monde. Depuis, ce bois unique attire et notre activité s’est beaucoup développée, plus vite que prévu en tout cas. »

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