Nantes : Convoquer les jeunes délinquants en mairie pour éviter la récidive

PREVENTION Le dispositif municipal, qui vise à prévenir les actes de délinquance en incluant les parents, va monter en puissance et devenir plus solennel. Les rappels à l’ordre pourront avoir lieu devant une commission

Frédéric Brenon
La réalisation de tags pourra, par exemple, justifier d'une convocation en mairie centrale devant une commission.
La réalisation de tags pourra, par exemple, justifier d'une convocation en mairie centrale devant une commission. — F.Elsner/20 MINUTES
  • La ville de Nantes convoque une cinquantaine de jeunes délinquants par an afin de les rappeler à l’ordre.
  • Ce dispositif, complémentaire au travail de la police et de la justice, va être développé à partir de 2023.
  • Certaines convocations s’effectueront devant une commission dans un cadre solennel.

Le dispositif, inscrit dans la loi, est très peu connu de la population. Depuis près de dix ans, la ville de Nantes utilise le « pouvoir de police » du maire en convoquant dans ses locaux des jeunes primo-délinquants. Objectif : les rappeler à l’ordre, évoquer les conséquences de la faute commise, en espérant qu’ils ne récidivent pas. Une cinquantaine de convocations sont ainsi délivrées chaque année. « Il s’agit d’une injonction à laquelle on ne peut pas se dérober. Elle concerne des faits mineurs mais qui troublent la tranquillité d’un quartier : tapage, squat de halls d’immeubles, insultes sur la voie publique, dégradations, bagarre aux abords d’une école… Des actes qui n’ont pas fait l’objet de poursuites pénales mais qui nous ont été rapportés par la police municipale, un bailleur social ou un établissement scolaire, par exemple. On s’inscrit en complémentarité de la police et de la justice », explique Denis Talledec, conseiller municipal en charge de la prévention de la délinquance.

L’expérience est jugée « plutôt efficace ». Mais face au nombre important d’incivilités et au « rajeunissement des passages à l’acte », la majorité nantaise va proposer au conseil municipal de vendredi de « monter en puissance » sur ce dispositif. Le volume de convocations va ainsi augmenter et un nouveau protocole solennel, en mairie centrale et devant une commission, sera créé. Outre la présence d’un élu, des professionnels utiles pourront participer à cette assemblée baptisée « commission alerte et soutien des familles ». Les parents de mineurs seront systématiquement convoqués.

« Aider les familles à ce que ça ne se reproduise plus »

« Le décorum, le poids de l’institution, vont impressionner, considère Denis Talledec. L’idée est de susciter une prise de conscience et d’aider les familles à ce que ça ne se reproduise plus. L’accompagnement est important, il ne suffit pas de donner un coup de règle sur les doigts. » En fonction de la gravité, ou en cas d’absence aux convocations, les faits reprochés pourront être signalés à la justice.



« La sécurité concerne tous les maillons de la chaîne : l’éducation, la prévention, la médiation et le pari des rapports humains. Dans une société qui se fragmente, qui monte en violences, plus que jamais nous en avons besoin », insiste Johanna Rolland (PS), maire de Nantes. Le groupe d’opposition LR et centristes votera cette délibération « sans réserve ». « Lutter contre les incivilités du quotidien et prévenir l’entrée dans la délinquance est évidemment un des piliers de l’action que Nantes doit prendre à bras-le-corps pour enrayer le phénomène de l’insécurité et que ses habitants retrouvent un peu de sérénité », justifie le groupe Mieux vivre à Nantes.

Le conseil municipal de Nantes se penchera également vendredi sur les orientations budgétaires 2023. L’installation de caméras de vidéoprotection supplémentaires figure au programme des investissements.