Toulouse : La ligne 3 du métro sera-t-elle à l’heure et financièrement dans les clous ?

Transports Un groupe d’opposition estime que non seulement la troisième ligne de métro ne sera pas mise en service avant 2030 mais qu’elle va « faire exploser » la dette de Tisséo et de Toulouse métropole. La majorité dément sur toute la ligne

Hélène Menal
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Une vue d'artiste de l'intérieur des rames sur la ligne de métro Toulouse Aerospace Express
Une vue d'artiste de l'intérieur des rames sur la ligne de métro Toulouse Aerospace Express — Tisseo
  • Sur la foi d’un document de travail distribué aux maires, le groupe d’opposition Alternative pour métropole citoyenne (AMC) avance la date de 2030, au lieu de 2028, pour la mise en service de la 3e ligne de métro.
  • La majorité dément ce nouveau report et également tout dérapage financier de ce projet estimé à 3 milliards d’euros.
  • Elle est en revanche plus inquiète sur l’explosion de la facture énergétique de Tisséo.

Le 15 décembre, le premier coup de pioche de la troisième ligne de métro de Toulouse (la ligne C) sera symboliquement donné lors d’une cérémonie officielle. Elle marquera le top départ de six ans de lourds travaux pour creuser cette infrastructure de 27 km entre Labège et Colomiers, dont la mise en service est prévue pour 2028.

Mais dans l’opposition métropolitaine, et en particulier dans le groupe Alternative pour une métropole citoyenne (AMC), on nourrit les plus grands doutes sur cette date. Ses membres ont « dépiauté » un document de travail, transmis aux maires en novembre, et nommé « Etude de soutenabilité financière n° 4 » (ESB 4 dans le jargon). Ils y ont notamment relevé que la « rémunération forfaitaire de Tisséo voyageurs », la régie qui exploite le réseau, ne fait un bond dans les courbes qu’en 2030. Et ils en déduisent que c’est cette année-là que la ligne sera ouverte au public.

Une date officielle maintenue

Une « interprétation » que s’empresse de démentir Sacha Briand (LR), le vice-président de la métropole en charge des finances. « Il n’y a pas de modification calendaire, elle va ouvrir en 2028, comme prévu. Ce serait stupide de notre part de mentir sur la date alors qu’il y a des élections municipales en 2026, dit-il. Mais comme le groupe en question n’a pas le courage de dire qu’il est contre la troisième ligne, il crée la confusion sur un document financier très épais. »

Marc Péré, le maire de l’Union, n’est pas exactement contre le projet, « mais on fait deux lignes de métro à la fois, elle est trop longue et trop chère », souligne-t-il. Le projet estimé à 2,67 milliards en 2017 est désormais évalué à trois milliards. C’est beaucoup trop pour AMC qui, toujours sur la foi de l’ESB 4, prédit une « une nécessité de trésorerie colossale » à l’horizon 2040 « qui pourrait mettre l’équilibre financier de Tisséo et de la Métropole en péril ». « Jean-Luc Moudenc [le maire de Toulouse] nous enferme dans une stratégie que l’on pourrait qualifier de presque monomaniaque avec cette 3e ligne de métro alors que nous avons besoin d’une politique de mobilité diversifiée », estime Agathe Roby. « D’autres solutions de transport collectif existent pour l’ensemble des habitants de la métropole », ajoure Odile Maurin, plus emballée par l’idée d’un « RER métropolitain ».

« Un audit financier indépendant »

Les membres d’AMC ont aussi conclu du document que l’investissement sur les transports de surface allait baisser « de 200 millions d’euros » d’ici 2030 et l’enveloppe pour la maintenance du réseau de « 70 millions d’euros ».

Plutôt qu’une belle cérémonie, ils préféreraient « un audit financier indépendant avant de démarrer le chantier », et s’apprêtent à « tirer la sonnette d’alarme » auprès du préfet et de la Chambre régionale des comptes.



Sur les 200 millions d’euros en moins pour les bus en site propre, Sacha Briand explique qu’il s’agit de travaux de voirie (type couloirs de bus) autrefois budgétés chez Tisséo mais qui le sont désormais dans les comptes de la métropole. Pour le reste, le spécialiste des finances renvoie à l’ESB 5, qui sera établi « début janvier ». « Et bien plus clair car nous aurons des données consolidées après avoir renégocié la convention avec Tisséo Voyageurs et attribué les premiers lots pour le gros œuvre du métro ». Pas de retard, ni de dérapage financier donc, selon lui. Mais il concède « une grosse inquiétude » sur le volet énergie. Rien que pour l’année 2023, le surcoût est estimé à 20 millions d’euros pour la régie, « soit presque 10 % du budget ».

Dans ce contexte, l’opposition métropolitaine n’est pas la seule à s’interroger sur la « soutenabilité financière » de la future ligne. Ce mardi soir, Sébastien Vincini (PS), le président par intérim du conseil départemental de la Haute-Garonne, qui finance la ligne à hauteur de 102 millions d’euros, « interpelle » à son tour Tisséo. Il voudrait « disposer au plus vite d’informations complémentaires sur le détail des surcoûts et les solutions qui pourraient être mises en œuvre pour sécuriser le financement ».