Seconde Guerre mondiale : Ces kayakistes vont refaire le parcours de l'Opération Frankton en Gironde

AVENTURE Dix kayakistes du club de Mérignac vont reproduire l’itinéraire de l’Opération Frankton, menée par des commandos britanniques en kayaks, sur l’estuaire de la Gironde en décembre 1942

Mickaël Bosredon
— 
Entraînement des kayakistes du club de Mérignac, qui reproduisent l'itinéraire de l'Opération Frankton.
Entraînement des kayakistes du club de Mérignac, qui reproduisent l'itinéraire de l'Opération Frankton. — Hugues Delannoy
  • Cinq équipages de kayakistes vont reconstituer l’Opération Frankton, à l’occasion des 80 ans de cet événement historique de la Seconde Guerre mondiale.
  • Du 8 au 11 décembre, ils vont remonter l’estuaire de la Gironde puis la Garonne, après avoir démarré dans l’océan en face de Montalivet.
  • En décembre 1942, dix commandos de la Royal Marine avaient mené l’Opération Frankton en kayak, pour déposer des mines sur des navires allemands dans le port de Bordeaux.

« Ce qu’ils ont fait est quelque chose d’inimaginable, d’incroyable. » Membre du SAM (Sport Athlétique Mérignacais) canoë-kayak, Hugues Delannoy n'a plus de mots pour décrire l'Opération Frankton. Il fera partie de l’un des cinq équipages qui va reconstituer le parcours de cette mission, à l’occasion des 80 ans de cet événement historique de la Seconde Guerre mondiale. « On va essayer de revivre au plus près ce que ces gars ont vécu, mais avec zéro risque d’être capturé ou fusillé, ce qui change tout. Au-delà du froid, de l’humidité, ces gars-là ont mené leur opération avec la peur au ventre. Il faut avoir une idée de ce que peut être le sacrifice pour comprendre cette mission. »


L'itinéraire de l'Opération Frankton.
L'itinéraire de l'Opération Frankton. - Grafistolage

L’Opération Frankton, c’est cette mission menée par dix commandos de la Royal Marine entre le 7 et le 11 décembre 1942 en Gironde. Largués par un sous-marin dans l’océan au large de Montalivet, ils devaient remonter l’estuaire de la Gironde puis la Garonne en kayak, pour atteindre le port de Bordeaux et poser des mines sur des navires allemands. Quatre bateaux seront touchés, mais il n’y aura que deux survivants à l’opération.

« Reproduire l’itinéraire historique »

« Pour le 80e anniversaire, nous avons voulu reproduire l’itinéraire historique, poursuit Hugues Delannoy, nous allons donc partir de l’océan le 8 décembre, en face de Montalivet, sauf si les conditions n’étaient pas réunies, parce que cela peut être très dangereux. Après, nous suivrons l’itinéraire au plus près de l’itinéraire historique, en bivouaquant là où les commandos britanniques ont bivouaqué. Nous partirons donc en autonomie totale, avec des kayaks chargés pendant quatre jours… » Dix kayakistes répartis dans cinq kayaks, dont un équipage féminin, participeront à l’épreuve.


Repérage des bivouacs le long de l'estuaire de la Gironde avant de refaire le parcours de l'Opération Frankton
Repérage des bivouacs le long de l'estuaire de la Gironde avant de refaire le parcours de l'Opération Frankton - Hugues Delannoy

L’arrivée est prévue dimanche 11 décembre à 15 heures, à la maison écocitoyenne de Bordeaux, où une cérémonie commémorative sera organisée. Reproduire cette mission dans les conditions se rapprochant du réel, c’est-à-dire dans le froid du mois de décembre, nécessite évidemment de la préparation, même pour ces kayakistes endurcis.

« Cela peut être très secoué à la pointe de Grave »

« L’étape océane sera de loin la plus compliquée de l’épreuve, faut-il rappeler que deux kayaks de l’Opération Frankton ont été perdus dans cette zone ?, insiste Hugues Delannoy. Nous avons donc fait des repérages au moment où il y avait un mètre de houle. Bon, on a eu deux kayaks qui sont partis à la renverse… Ensuite, au niveau de la pointe de Grave cela peut être très secoué aussi, car c’est une zone de conflit entre les courants de l’estuaire et ceux de la marée, dès lors que le vent se met dans la partie on peut avoir des phénomènes très spéciaux avec des vagues désordonnées. Heureusement, ce sont des endroits que l’on fréquente très régulièrement car nous allons souvent sur Cordouan. »

Les kayakistes sont aussi allés repérer les escales le long de l’estuaire, où ils installeront leurs bivouacs. « Nous avions besoin de voir comment prendre l’eau à marée basse, explique Hugues Delannoy. Nous allons remonter l’estuaire avec le courant montant, mais une fois à marée basse, ce sera tout de suite plus compliqué. Nous avons donc pris contact avec des pêcheurs, les capitaineries, les clubs de kayak et de voiles locaux, qui vont nous mettre à disposition leurs pontons, leur local pour nous mettre au sec. Ils nous ont même proposé de nettoyer leur cale pour qu’on n’ait pas à patauger dans la boue jusqu’aux genoux… La mobilisation est remarquable. »



Au-delà de l’aspect sportif, l’ambition du SAMCK est de participer à faire « davantage connaître cette opération. » « Il y a des gens passionnés par le Frankton, mais l’opération reste assez méconnue du grand public, même s’il y a des monuments tout au long de l’estuaire. Pour beaucoup, Frankton, cela reste un arrêt de tram à Blanquefort. »

Retrouvez sur la page Facebook du SAMCK tout le détail de l’opération. Le club lance aussi un appel aux dons pour boucler le financement de cette « aventure citoyenne », sur la plateforme Ulule.