Bordeaux : En crise, les viticulteurs vont manifester pour réclamer un plan d’arrachage des vignes

VITICULTURE Entre la surproduction et la chute des prix, le Bordelais, plus grand vignoble AOC de France avec ses 110.000 hectares, est en plein marasme

M.B. avec AFP
Vignoble dans le Sauternes
Vignoble dans le Sauternes — M.Bosredon
  • Un collectif de viticulteurs manifestera mardi matin dans les rues de Bordeaux.
  • Le vignoble bordelais produit plus de vin qu’il ne peut en vendre, et dans beaucoup d’exploitations, les chais sont pleins.
  • Les vignerons lancent un appel à l’Etat pour subventionner un vaste plan d’arrachage des vignes.

Les tracteurs sont attendus mardi dans Bordeaux vers 8 heures du matin. Regroupés quai de la Souys rive droite, ils rallieront la place des Quinconces en empruntant le pont Saint-Jean, et rejoindront le cortège qui manifestera à partir de 9h30. Le collectif de viticulteurs de Bordeaux défilera ensuite dans les rues de la ville, pour se rendre devant la préfecture vers 13h30.

Entre la surproduction et la chute des prix, le Bordelais, plus grand vignoble AOC de France avec ses 110.000 hectares cultivés dont 85 % en rouge, est en plein marasme. Pour résumer, entre la baisse de la consommation de vin en France (- 15 % depuis trois ans, - 10 % attendus pour 2023), et l’effondrement du marché chinois (le volume exporté a diminué par deux), le vignoble bordelais produit plus de vin qu’il ne peut en vendre, et dans beaucoup d’exploitations, les chais sont pleins et les trésoreries à sec. Les (petits) viticulteurs lancent un appel à l’Etat pour subventionner un vaste plan d’arrachage des vignes.

Suspension des cotations du vin en vrac

« Durant les années 1980-1990, on a planté à outrance et aujourd’hui on se retrouve avec un million d’hectolitres de stock en trop », résume Didier Cousiney, à la tête du collectif organisateur de la manifestation. « On ne vend plus rien et il n’y a même plus de prix au négoce. »

Début novembre, le CIVB, l’interprofession locale, a en effet suspendu la cotation des vins vendus en vrac - environ 40 % de la production - au motif que les prix affichés ne seraient plus représentatifs et déstabiliseraient tout le marché. Pour l’appellation bordeaux rouge, la plus importante en volume, le tonneau de 900 litres est tombé aux alentours de 600 euros, soit quelques dizaines de centimes le litre, quand il faudrait le double pour couvrir les coûts actuels, indiquent les vignerons.

Le collectif veut arracher au moins 15.000 hectares, le CIV parle de 10.000

Le collectif veut arracher « au moins 15.000 hectares » moyennant 10.000 euros de prime à l’hectare, soit 150 millions d’euros au total. Pour permettre aux anciens de partir en retraite « décemment » - dans le Bordelais, un viticulteur sur deux approche des 60 ans - et aux jeunes de s’installer dans un marché « rééquilibré », analyse Didier Cousiney.



Le CIVB, qui parle plutôt de 10.000 hectares, juge également « absolument nécessaire de réduire la voilure ». « On a environ 10 % de la filière, en termes de surface, de production ou d’exploitations, qui va très mal et cela pèse sur l’ensemble », considère le président de l’interprofession Allan Sichel.