« Je ne pense pas être un ringard ou un bobo… » Ils achètent encore des CD et ils assument

Votre vie votre avis Nos lecteurs expliquent pourquoi ils continuent d’acheter des CD musicaux à l’heure où les plateformes numériques sont devenues incontournables

Frédéric Brenon
Des compact disc d'artistes internationaux en vente dans un magasin culturel (illustration).
Des compact disc d'artistes internationaux en vente dans un magasin culturel (illustration). — F.Brenon/20Minutes
  • Malgré l'énorme concurrence d’Internet, de nombreux lecteurs de 20 Minutes ont confié qu’ils continuaient d’écouter des CD et d’en acheter.
  • Ils apprécient en particulier de posséder le disque en tant qu’objet.
  • La qualité du son, la démarche et la rémunération des auteurs plaisent aussi.

Spotify, Deezer, Apple Music, YouTube Music, Qobuz… Ces plateformes de streaming musical, devenues incontournables, sont loin de passionner ce week-end les visiteurs du Salon international du disque de Rezé-Nantes, l’un des plus grands rendez-vous français consacrés aux CD et vinyles. Non, ce que ces collectionneurs et amateurs de pépites affectionnent, c’est le charme et la qualité sonore des supports physiques. Et si le vinyle est redevenu tendance dans les rayons depuis quelques années, le compact disc n’a pas dit son dernier mot. Nos lecteurs, consultés sur le sujet, ont été nombreux à nous confier qu’ils faisaient de la résistance.

« Je continue d’acheter régulièrement des CD et profite souvent de promotions pour les acheter par lots de cinq, raconte Coraline, 42 ans. Pour moi, ils restent un objet de collection que l’on peut garder toute une vie. Les plateformes musicales, on n’en garde aucune trace. Or j’aime avoir chez moi l’objet, l’album culte de tel ou tel artiste. » Antoine, 40 ans, confie le même attachement. « Acheter un album, sans matériel ni support visuel, je considère cela comme trop abstrait. »

« J’aime le fait de posséder l’objet en lui-même. Pour moi, la musique se complète avec les covers des albums et l’avoir entre mes mains avec le livret permet encore plus de l’apprécier », renchérit Arnaud, 27 ans, qui se souvient avec émotion de son premier album (The Offspring, Americana) offert à ses 6 ans. « Je n’ai jamais cessé d’acheter des CD, tout simplement parce que rien ne remplace la joie de posséder un album physique », abonde Aimée, 19 ans.

Le son, on se pose, sans publicité

La jeune femme ajoute un autre argument : « Le son y est meilleur que sur mon téléphone ». « Le plaisir d’écouter un CD, c’est principalement pour le son. Le numérique n’est pas aussi qualitatif », confirme un autre Antoine, 28 ans, assez fier de posséder « environ 650 CD ». Autre grief récurrent adressé aux plateformes digitales : les publicités. « Il y en a trop », râle Marie-Claire, 60 ans, tout comme Jules, 24 ans. « Mettre un CD, c’est déjà une démarche. On s’accorde du temps, on se pose, sans zapping, sans publicité », estime le jeune homme. « Pas de pub, pas de mauvaise surprise, juste du plaisir », insiste Aimée.

Léon, 30 ans, qui apprécie ce format avec lequel il a « grandi », tente de résumer les avantages prêtés au compact disc : « qualité, durée, format et prix ». Il aurait pu ajouter la « meilleure rémunération des artistes », autre argument cité plusieurs fois. « J’ai très peu de vieux CD car j’ai vendu une grande partie de ma collection pour finalement le regretter et en refaire une nouvelle, poursuit Léon. Je les achète en boutique spécialisée ou sur le Net. Je ne pense pas être ringard ou un bobo. Je suis comme plein d’autres personnes j’imagine. » « Mes potes ne comprennent pas forcément », regrette Alix, 23 ans, qui aime acheter un album qui lui « plaît vraiment » ou « réécouter de vieux CD ». « Mais elles ne me trouvent pas bobo. Ringarde, c’est plus probable », rigole-t-elle.

Mickaël, 40 ans, consomme, lui aussi, « énormément de CD, surtout d’occasion ». Mais son usage est plus original et rigoureux que la moyenne. « Une fois le CD acheté, je l’encode sur mon ordinateur en MP3 pour ensuite l’écouter sur mon baladeur ou dans ma voiture. Les fichiers sont parfaitement tagués avec titre, nom de l’artiste, genre, pochette et une note de 1 à 5. Je n’écoute que les morceaux notés 5 et de temps en temps j’écoute les moins bien notés pour voir si mon avis a changé. »

Un « net retour du CD depuis plusieurs mois »

Qu’on se le dise, à la fin du mois, des CD seront bel et bien au pied du sapin de Noël, confient plusieurs de nos lecteurs. « C’est surtout pour mon père car je sais qu’il a encore un lecteur et qu’ils les écoutent plus facilement que ses vinyles », explique Léon. « J’ai déjà acheté un CD pour le fils de mon frère à la fin d’un concert. Et j’ai également acheté un CD d’un artiste international », complète Antoine. Un constat qui n’étonne pas Patrice, gérant d’une entreprise de pressage CD près de Lyon, lequel observe « depuis plusieurs mois un net retour du CD ».


Jay, 36 ans, reconnaît, lui, ne plus acheter de CD et écouter « principalement des MP3 ». Mais il « possède toujours un lecteur » dans son bureau pour passer « de temps à autre les 200 CD qui y trônent ». « C’est surtout par nostalgie et souvenir que je les conserve », justifie-t-il. Enfin, quelques lecteurs taquins, soulignent d’autres atouts inattendus. « En été, attaché au bout d’une branche de mon cerisier, le CD sert très bien d’épouvantail à moineaux », ironise l’un d’entre eux.