Crise énergétique : Les collectivités parient sur l’achat groupé pour alléger la facture

ARGENT PUBLIC De plus en plus de communes et collectivités s’unissent pour mieux négocier les tarifs d’électricité ou de gaz. Illustration à Nantes

Frédéric Brenon
Les factures d'énergie subissent une forte augmentation ces dernières semaines.
Les factures d'énergie subissent une forte augmentation ces dernières semaines. — Mouerad Allili
  • Les achats groupés permettent aux clients d’être mieux armés pour négocier les tarifs proposés par les fournisseurs.
  • Dans la métropole nantaise, un groupement existe pour l’électricité depuis 2016, et un autre pour le gaz depuis 2017.
  • Ceux qui n’en étaient pas membres veulent absolument en être pour le prochain contrat.

L’union fait la force. A l’image des regroupements de consommateurs, de plus en plus de communes et collectivités françaises se rassemblent pour négocier un contrat de gaz et d’électricité auprès des fournisseurs d’énergie. Objectif : tirer les prix vers le bas et réaliser des économies non négligeables d’argent public. Une tendance qui s’est considérablement renforcée avec la crise énergétique des derniers mois. A Nantes, par exemple, la métropole fédère ses 24 communes membres depuis 2016. L’obligation législative de mise en concurrence des opérateurs d’électricité a été un déclic.

« Se rassembler dans un groupement était l’assurance pour les membres d’être une force de négociation pour obtenir des prix compétitifs. Ça leur permet aussi de partager les connaissances plutôt que de travailler chacun de son côté, » justifie Emmanuel Dion, chargé de mission maîtrise de l’énergie à Nantes métropole. Un second achat groupé a été conclu l’année suivante sur le gaz. Pour ces deux expériences, le bilan est jugé « très positif ».

« La question de sortir du groupement ne se pose pas, assure Emmanuel Dion. Au contraire, on a surtout des communes et partenaires qui veulent nous rejoindre. Les collectivités qui n’y sont pas doivent composer avec un prix qui a suivi les évolutions récentes du gaz. Un prix qui varie tous les mois et qui a pu monter jusqu’à 300 euros du mégawatt-heure (MWh), là où nous, dans le groupement, on est plutôt à 15 euros le MWh. »

Une stratégie plus facile à plusieurs

En fonction de la situation du marché, l’achat groupé peut se faire à un tarif fixe, pour trois ans. « C’est ce qu’on a fait pour le gaz. On a lancé le marché de notre contrat actuel un peu à l’avance, pendant la crise Covid, car on pensait il y avait une opportunité à saisir à ce moment-là. » L’achat peut également se faire en « prix dynamique » avec des offres à court terme qui ne sont parfois valables que quelques heures. « On essaie de comprendre le marché et de s’y adapter pour réaliser des bonnes affaires, explique Emmanuel Dion. Mais l’anticipation est très difficile. Il y a énormément de paramètres qui font évoluer les prix. En fonction des choix il peut y avoir des incidences en millions d’euros sur la facture. Ça suppose un savoir-faire, une fine connaissance du secteur, qui prend du temps. » A Nantes, trois personnes (1,5 équivalent temps plein) travaillent à cette mission. « Une commune seule n’a pas les moyens de faire ça. C’est l’avantage d’être regroupés. »


Cette stratégie, alliée à la capacité de négociation du groupement, est sécurisante en période de crise. « Sur l’électricité, par exemple, on subit une hausse comme tout le monde, mais elle reste raisonnable. » Toutes les collectivités n’ont pas cette chance. Le maire de Bouaye, commune de 8.000 habitants de la banlieue nantaise qui achète seule son gaz, a vu récemment ses propositions tarifaires grimper de 1.000 %. « Vous vous rendez compte ? Ce n’est pas possible », déplore Jacques Garreau (PS). Compte tenu de ce nouveau contexte financier, sa municipalité a ainsi préféré « différer le projet de nouveau groupe scolaire, le temps que ça se stabilise ». Et elle « participera à coup sûr » au prochain achat groupé de gaz porté par Nantes métropole (fin 2023).

Si l’intérêt d’une démarche d’achat collectif semble donc avoir largement convaincu, elle ne s’improvise pas pour autant. « Ce n’est pas évident, confirme Emmanuel Dion. Il faut beaucoup discuter, recenser les besoins, les équipements, les projets des uns et des autres. Quand on passe commande d’une quantité à un fournisseur, elle doit être la plus fine possible. Surtout avec les prix pratiqués en ce moment. »