Animaux au travail : « Les agents municipaux sont plus productifs, et sont moins stressés »

Bien-être Depuis deux ans, les agents municipaux de Suresnes ont le droit d’emmener leur animal de compagnie au travail

Mathilde Desgranges
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Haude, archiviste de la ville de Suresnes, et son chien Falco.
Haude, archiviste de la ville de Suresnes, et son chien Falco. — M. Desgranges
  • La Mairie de Paris souhaite autoriser ses agents à venir travailler avec leur animal. Le vœu de la maire du 5e arrondissement, Florence Berthout, en faveur de la mesure a été adopté au dernier Conseil de Paris.
  • Depuis deux ans déjà, certains agents municipaux de la ville de Suresnes peuvent venir travailler avec leurs animaux. Sur les 1.200 agents municipaux, une quinzaine vient avec son chien, les plus originaux avec leur poisson rouge.
  • AuX RH, Hadès a été adopté par tout le service. Il a agi comme un « brise-glace » entre les agents.

Au département des archives de la mairie de Suresnes (Hauts-de-Seine), plus besoin de sonner. Avant même que vous n’ayez atteint la porte, un jeune spitz nain aboie de manière intempestive pour annoncer votre arrivée. Falco, la petite boule de poils d’Haude, l’archiviste, « sait se faire entendre ». Depuis deux ans, les agents municipaux de Suresnes peuvent venir au travail avec leurs animaux. « On croise essentiellement des chiens, précise Béatrice de Lavalette, adjointe à la mairie chargée des ressources humaines. Les chats sont bien moins sociables, et les animaux en cage sont interdits. » Quant aux plus originaux, ils apportent leur poisson rouge.

Une quinzaine des 1.200 agents municipaux de la ville travaille désormais régulièrement avec son animal. « C’est mieux pour nous, les employeurs, parce que les agents sont plus productifs, et c’est mieux pour les agents parce qu’ils sont moins stressés. Et, évidemment, c’est bien pour les chiens qui ne restent pas seuls toute la journée, conclut l’adjointe qui en tire un bilan très positif. Ce n’est que du plus. »

« L’ambiance n’est pas la même »

« Les agents disent qu’avant même de voir le chien, ils savent qu’il est dans la pièce parce que l’ambiance n’est pas la même », raconte Béatrice de Lavalette. Le chien de Malika, Hadès, a été adopté par l’ensemble du service des ressources humaines. « Ce n’est même plus mon chien », plaisante-t-elle, en le cherchant dans l’open space. « Certaines personnes à qui je n’avais jusqu’ici jamais parlé ont commencé à venir caresser mon chien, et discuter », raconte sa propriétaire, qui le voit comme un « brise-glace ».

Sa présence aide à calmer les tensions et à réduire le stress. « Les animaux ressentent ce genre de choses, continue Malika. Il m’est déjà arrivé d’être très stressée et de le voir me sauter dessus, comme pour me dire de me calmer. » Plusieurs maîtres soulignent avoir un poids en moins en sachant leur animal à leurs côtés. Les collègues en profitent aussi. Certains se proposent même de sortir promener le chien, pour couper leur routine.

« S’il y a des phobiques ou des allergiques, c’est cela qui prime »

Avant d’adopter son jeune spitz, Haude a téléphoné à chacun de ses collègues. « Je ne voulais pas le prendre pour le laisser seul à la maison, mais je voulais être sûre que cela ne dérangerait personne. » Les collègues peuvent être les premiers dérangés par la présence de l’animal, ses aboiements… Ou ses petits accidents. « La semaine dernière, il y a un jour où je n’ai pas compris qu’il voulait sortir et il y a eu un accident, dans le bureau de ma collègue, raconte-t-elle. Mais elle n’a rien dit, elle a même voulu nettoyer. »

« Les agents restent tenus de faire signer un accord à leurs collègues avant d’emmener leur animal, rappelle Arnaud Levy, chargé de la communication de la mairie. S’il y a des phobiques ou des allergiques, c’est évidemment cela qui prime. » Dans les cas où une personne s’opposerait à la présence de l’animal, son maître pourrait tout de même l’emmener lorsque cette dernière est en congés ou en télétravail. Impossible en revanche de travailler avec son animal dans les services qui accueillent du public.

De nombreuses villes intéressées

Pour que la mesure n’apporte « que du plus », et ne dérange personne, les consignes ont été détaillées dans le règlement intérieur de la mairie, et dans l’accord signé par les principaux syndicats. Des documents convoités par de nombreuses mairies. « Plus d’une vingtaine de villes nous ont déjà contactés, rapporte Patrick Joly, agents des ressources humaines. Ils veulent savoir comment on a fait pour mettre en place la mesure. »



« A un moment où on a du mal à recruter de jeunes, cela peut être un facteur attractif, estime Béatrice de Lavalette. Désormais, les jeunes sont moins intéressés par la sécurité de l’emploi que par le bien-être au travail. » L’adjointe a récemment échangé avec la maire du 5e arrondissement, Florence Berthout, au sujet de sa volonté d’étendre la mesure aux agents de la Ville de Paris. Un vœu finalement adopté lors du dernier Conseil de Paris. A la mairie de Suresnes, « on espère que l’effet boule de neige va encore se propager ».