Covid-19 à Toulouse : « On a assez donné », dans le métro, l’appel au retour du masque tombe à plat

Neuvième vague Dans le métro de Toulouse, l’appel solennel d’Elisabeth Borne à remettre le masque dans les transports en raison du rebond de l’épidémie Covid-19 ne rencontre pas beaucoup d’écho

Hélène Menal
Malgré le rebond épidémique, dans le métro toulousain, les masque se font très rares.
Malgré le rebond épidémique, dans le métro toulousain, les masque se font très rares. — H. Ménal
  • Le télescopage entre le rebond épidémique du Covid-19, la bronchiolite et l’arrivée de la grippe a poussé Elisabeth Borne à lancer un appel à remettre le masque dans les transports, mardi.
  • Ce mercredi, dans le métro de Toulouse, le conseil semblait loin d’être suivi et rares étaient les voyageurs protégés.
  • La plupart assument, estimant en avoir déjà assez fait en matière gestes barrières. D’autres y songent, sans vraiment sauter le pas.

« Je lance un appel solennel : respectons les gestes barrière, portons le masque dès que nous sommes avec des personnes fragiles ou dans des zones de promiscuité comme les transports en commun, a déclaré Elisabeth Borne, mardi, à la tribune de l’Assemblée nationale. Ce sont des petits gestes qui sauvent des vies. » Et c’est tout aussi solennellement que, ce mercredi matin, une mère de famille toulousaine décrète, en empruntant l’escalator du métro, qu’elle ne le fera pas : « ça ne sert à rien ! J’ai déjà attrapé le Covid avec un masque et en plus ça me donne des allergies, alors basta », dit-elle, en tenant son petit garçon par la main dans la descente. Nour, 16 ans, penchée sur son smartphone, attend elle aussi la prochaine rame sans protection. Et elle n’a pas entendu le moindre écho du message de la Première ministre. « Elle a dit ça quand ? Franchement on a assez donné. On n’en est plus là, ça va passer », se rassure la jeune fille. Amina*, 14 ans, est bien placée pour savoir que les cas de Covid-19 remontent en flèche. Trois de ses profs sont absents. D’habitude, elle a toujours un masque dans la poche, pour le collège, au cas où. Mais, là, elle a oublié. « Le masque, ce n’est pas très agréable. Je suis prête à le remettre mais seulement si c’est obligatoire », décide-t-elle.

« C’est pas bien, je le sais »

Alors qu’en Haute-Garonne, le taux d’incidence a atteint les 594 cas pour 100.000 habitants la semaine dernière, du jamais vu depuis plusieurs mois, ces voyageuses sont loin très loin d’être des exceptions. Sur la quarantaine de personnes en partance d’Esquirol dans une rame plutôt bien remplie en cette fin de matinée, il n’y a que trois passagers masqués, dont deux personnes âgées. Clara*, avec une technique bien à elle pour échapper au virus, se case le plus loin possible de ces usagers qui se distinguent par leur prudence. « Maintenant que plus personne ne porte le masque, vous pouvez être sûre que ceux qui en ont un sont cas contact ou déjà malades », confie-t-elle. Elle n’a pas tout à fait tort pour Ylies. Il n’est plus positif, mais sort à peine de son Covid et garde son masque pour protéger les autres.



Agrippé à la barre et le nez à l’air, Alex*, 24 ans, fait en live son examen de conscience. Non seulement, il a entendu Elisabeth Borne, mais en plus il a trois masques dans son sac à dos. « C’est pas bien, je le sais, d’autant que je suis asthmatique et que je porte le masque dans l’école où je travaille, parce que les petits attrapent tout ce qui passe. Mais pas dans le métro, c’est vraiment paradoxal », explique-t-il un peu gêné.

Coline, 18 ans, est plus à l’aise avec son non-port de masque. « C’est un choix que j’assume, parce que j’ai déjà eu le Covid trois fois et que je pense que je suis immunisée, détaille-t-elle. Ma mère est infirmière et je sais que, en fait, ça ne s’est jamais arrêté. Mais on en reparle aux informations, sans doute parce qu’il y a une accalmie sur les autres sujets. »

« On ne respecte plus rien, c’est ça la société actuelle »

Curieusement, les adeptes du masque sont essentiellement des femmes. Christelle est assistante dentaire. Elle porte sans inconvénient le FFP2, « bien large et moins étouffant », qu’elle n’a jamais quitté au boulot. Mais la quinquagénaire remarque que plus aucun patient ne prend cette précaution, même si elle ne se sent pas l’audace de les rappeler à l’ordre. Nadine porte son masque « dès qu’il y a un peu de monde dans le métro », par nécessité : elle a « des soucis de santé ». Elle voit bien qu’elle est un peu solitaire dans son cas, « mais ça ne me gêne pas, dit-elle. On est tous des adultes responsables, chacun fait selon sa conscience. » Sylvie est plus sévère. « On respecte plus rien, c’est ça la société actuelle, et en plus il ne faut rien dire », s’énerve la sexagénaire. Non, elle n’a pas entendu le message d’Elisabeth Borne – « parce que si je veux avoir le moral à zéro, je regarde les actualités » –, mais, oui, « évidemment », elle a son masque, parce que « les transports c’est quand même hypersensible ! »

* Les prénoms ont été changés