Monaco : Nouvel épisode dans la guerre de l’immobilier qui fait rage sur le Rocher

PROCEDURE Didier Linotte, le président du tribunal suprême de la Principauté est visé requête en récusation. Un magnat de l’immobilier met en cause son « impartialité »

20 Minutes avec AFP
La Principauté de Monaco (Illustration)
La Principauté de Monaco (Illustration) — F. Binacchi / ANP / 20 Minutes
  • La guerre de l’immobilier qui fait rage à Monaco depuis plus d’un an avec une campagne sur Internet mettant en cause quatre proches du prince Albert II vient de connaître un nouvel épisode avec la requête en récusation lancée contre le président du tribunal suprême de la Principauté.
  • Le magnat de l’immobilier monégasque Patrice Pastor, met en cause l'« impartialité » de Didier Linotte dans le traitement d’un contentieux portant sur un important projet immobilier

Le président du tribunal suprême de la Principauté est visé. La guerre de l’immobilier qui fait rage à Monaco depuis plus d’un an avec une campagne sur Internet mettant en cause quatre proches du prince Albert II vient de connaître un nouvel épisode avec la requête en récusation lancée vendredi contre Didier Linotte.

A l’origine de la procédure par le biais de sa société Esperanza, le magnat de l’immobilier monégasque Patrice Pastor, met en cause son « impartialité » dans le traitement d’un contentieux portant sur un important projet immobilier, « l’esplanade des pêcheurs ».

Une parcelle de 13.000 m2 en jeu

Les enjeux financiers sont considérables, le prix du mètre carré à Monaco étant parmi les plus élevés au monde. Sur cette bande de terre de 2 km2 déjà ultra-urbanisée le long de la mer, chaque surface libre est âprement disputée. Et c’est le cas cette parcelle d’environ 13.000 m2, enjeu d’une bataille féroce entre le groupe Caroli, qui entend y construire un complexe immobilier et culturel, et celui de Patrice Pastor.

Cette requête en récusation s’appuie sur des documents, et notamment des vidéos et des échanges de mails confidentiels, en lien avec des projets immobiliers diffusés à l’automne 2021 par un site Internet intitulé « les dossiers du Rocher ».

Ces pièces font état de liens entre le groupe Caroli et quatre proches du prince Albert II, baptisés « le G4 » par la plateforme. En plus de Didier Linotte, y figurent son avocat et ami Thierry Lacoste, Claude Palmero, administrateur de ses biens, et Laurent Anselmi, son chef de cabinet. Tous ont déposé plainte ainsi que Patrice Pastor, accusé d’être le commanditaire de ce site. Fin octobre, deux hommes soupçonnés d’avoir participé à cette campagne ont été mis en examen à Paris.

Le processus « échappe à la mise en concurrence »

Le richissime homme d’affaires estime que « l’examen serein et impartial » de son recours contre un déclassement du site est « objectivement impossible » de la part de Didier Linotte. Pour le groupe Pastor, « tant la définition du projet que les modalités de désignation du groupe Caroli n’ont jamais été totalement clarifiées, l’ensemble du processus échappant à la mise en concurrence ».



Me Richard Malka, avocat de Patrice Pastor, fait également valoir que « l’impartialité » de Didier Linotte a été à « plusieurs reprises interrogées à raison » par Serge Telle, ancien ministre d’Etat de la Principauté, concernant « des conflits d’intérêts ». « Je ne peux pas imaginer qu’un si haut magistrat n’ait pas à cœur de protéger l’institution judiciaire en se maintenant de force dans ce litige. C’est donc très confiants que nous attendons qu'[il] fasse preuve de responsabilité en se déportant », a-t-il ajouté.

Le tribunal suprême de Monaco, qui a compétence en matière constitutionnelle et administrative, est composé de cinq membres et de deux suppléants. Réuni en formation de jugement, il peut rejeter la requête ou alors l’instruire. En tout état de cause, s’il devait se réunir, ce serait sans son président, qui serait alors entendu au cours des débats. Contacté, Didier Linotte n’a pas souhaité faire de commentaire.