Fusillade dans un lycée de Grasse : Où en est la sécurisation des lycées cinq ans après le drame ?

education En 2017, un élève avait ouvert le feu au lycée Tocqueville de Grasse. Son procès démarre ce jeudi à Nice

Delphine Bancaud
Le lycée Tocqueville de Grasse, le 16 mars 2017.
Le lycée Tocqueville de Grasse, le 16 mars 2017. — AFP
  • En 2017, un jeune de 17 ans entre dans le lycée Tocqueville de Grasse (Alpes-Maritimes) et ouvre le feu. Plusieurs personnes sont blessées, dont le proviseur.
  • Ce jeudi s’ouvre le procès du principal suspect et de son complice présumé devant la cour d’assises des mineurs des Alpes-Maritimes.
  • 20 Minutes fait le point sur les mesures de sécurité qui ont été prises dans les établissements scolaires depuis. Certaines avaient été actées dès 2016 pour tenter de se prémunir contre le risque terroriste.

Un traumatisme collectif pour les équipes pédagogiques. Le 16 mars 2017, au lycée Tocqueville de Grasse, un lycéen voulant reproduire la tuerie de Colombine ouvrait le feu sur le proviseur, qui s’était courageusement interposé entre l’élève et ses camarades. Il blessait aussi plusieurs élèves. Le lycéen avait pénétré dans l’établissement en escaladant un grillage à l’arrière du bâtiment. Il était muni d’un arsenal impressionnant (fusil à pompe, pistolet de calibre 22 long rifle, pistolet à grenaille, grenades factices…)

Ce jeudi s’ouvre le procès du principal suspect et de son complice présumé devant la cour d’assises des mineurs des Alpes-Maritimes. Un moment très attendu par le proviseur visé en 2017, qui s’en est heureusement sorti et exerce toujours, mais dans un autre lycée de l’académie de Nice. Un procès pour lequel le SNPDEN-UNSA, principal syndicat des chefs d’établissements, s’est constitué partie civile et sera représenté par le bâtonnier Francis Lec, son avocat-conseil. « C’est une première dans l’Histoire du système éducatif qu’un chef d’établissement se soit fait tirer dessus. C’est une atteinte à l’ensemble de la profession, et nous voulions symboliquement marquer notre présence au côté de notre collègue », explique Bruno Bobkiewicz, secrétaire général du syndicat.

Des travaux de sécurisation ont eu lieu

Un fait divers qui avait remis sur la table le dossier de la sécurité des établissements scolaires. « Des agressions physiques des personnels par des élèves ou leurs parents arrivent plusieurs fois par an, mais à des niveaux de gravité différents », constate Bruno Bobkiewicz. Ce sont les régions qui ont en charge les lycées et leur sécurisation. Elles avaient pris des mesures, conjointement avec le ministère de l’Education, dès 2016 pour parer aux risques terroristes. Certains lycées péchaient à l’époque par leur configuration très étendue, avec des kilomètres d’enceinte : « Des grillages étaient de vraies passoires ou étaient très faciles à escalader, comme ce fut le cas pour le lycée de Grasse », évoque Bruno Bobkiewicz.

Ces travaux de sécurisation prioritaires ont donc démarré dès 2016 et ont été accélérés après la fusillade de Grasse : des grillages ont été ajoutés, des caméras de vidéo-surveillance parfois installées, et certaines portes ont été renforcées. Depuis 2016, les établissements doivent aussi organiser trois exercices de sécurité chaque année, dont un simulant un attentat avec intrusion.

Les portiques de sécurité loin d’être généralisés

Les chefs d’établissements peuvent aussi effectuer un contrôle visuel des sacs avec le consentement de leurs propriétaires. Mais seul un officier de police judiciaire (OPJ) peut contraindre à la fouille des effets personnels.

Après l’attaque de Grasse, un débat avait été lancé à propos de l’installation de portiques de sécurité à l’entrée des lycées. Quelques régions, comme Auvergne-Rhône-Alpes, ont massivement équipé leurs établissements de ce dispositif. Mais la mesure est loin d’avoir été généralisée, d’abord parce qu’elle coûte cher, mais aussi parce qu’elle ne faisait pas l’unanimité. « Les chefs d’établissement n’y sont pas tous favorables ; cela ne règle pas tout, et le passage des élèves prendrait trop de temps. Nous n’avons pas de position dogmatique sur le sujet. Tout dépend du contexte de l’établissement », explique Bruno Bobkiewicz.

Un travail de prévention des violences essentiel

Ce que continuent à demander les chefs d’établissement, c’est un accompagnement social renforcé des lycées les plus défavorisés pour prévenir d’éventuels problèmes de sécurité. « Parfois, le lycée est le dernier service public dans une ville. Il faut pouvoir engager un travail partenarial avec des éducateurs, des assistants sociaux, afin de garder le lien avec nos élèves », estime Bruno Bobkiewicz.



Pascal Bolloré, responsable de la cellule juridique au SNPDEN, rappelle aussi l’importance de la formation des chefs d’établissement aux dispositifs de sécurité : « Dans l’affaire de Grasse, un système d’alarme avait permis d’avertir le personnel et les élèves de la situation à risque. »