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Hotte Stuffs (1/5)L’épopée de Nordmann, le sapin star de Noël, du Morvan au trottoir (ou pas)

Noël : Nordmann, le sapin star qui en avait ras les épines des hivers dans le Morvan

Hotte Stuffs (1/5)« 20 Minutes » vous accompagne durant les fêtes de fin d’année avec sa série « Hotte Stuffs » pour vous donner des infos, certes, mais surtout vous faire passer un moment au chaud et rigolo
Voici Nordmann, dans les plaines froides du Morvan et bien au chaud chez les Etchar (à droite).
Voici Nordmann, dans les plaines froides du Morvan et bien au chaud chez les Etchar (à droite). - Illustration: Diane Regny / Diane Regny
Marion Pignot

M.P.

L'essentiel

  • Comme chaque année, la rédaction de 20 Minutes vous accompagne durant les fêtes de décembre. Et comme chaque année on court après les incontournables de la table et de la déco. En 2022, on vous en révèle un peu plus sur les rois de la fiesta.
  • Du 23 au 25 décembre, retrouvez les dessous des « Hotte Stuffs », ces stars de Noël ou du Nouvel an. Autrement dit, le sapin, la boule de Noël, le papier cadeau, la bûche et, enfin, l’iconique orange. Le tout illustré par notre journaliste, reine des crayons, Diane Regny.
  • Dans ce premier épisode, le sapin prend la parole. Parce que près de six millions de sapins sont vendus chaque année dans l’Hexagone, il serait quand même dommage de ne pas savoir qui est Nordmann, le sapin « Label Rouge » qui en avait ras les épines des hivers dans le Morvan.

Cette année, c’est mon tour. Ça fait presque dix ans que j’attends ce moment. Dix ans que je me caille le tronc sur ma colline du Haut-Morvan (nord-est du Massif central) en attendant le « grand départ ». Les gars qui bossent pour Frédéric Naudet, le plus gros producteur de sapins de Noël de France, sont venus checker mes épines, ma taille, ma couleur, mon odeur : je suis « opé » pour la coupe. Ils m’ont marqué et ne devraient pas tarder à arriver avec leurs tracteurs et leurs chariots élévateurs. J’attends de tronc ferme, l’un des 30 gars en ciré jaune des Pépinières Naudet, fondées en 1876, ou l’un des saisonniers venus en renfort qui s’activent depuis la mi-novembre.

Chaque année, à la même époque, je les entends couper les copains. Dans l’exploitation Naudet, en une journée, les troncs de plus de 2.000 conifères de un à deux mètres cèdent sous l’effet de la lame circulaire de la débroussailleuse. Et cette fois encore, ce sont près de 400.000 sapins qui seront envoyés dans toute la France. « Ce ne sont pas des petits lutins qui vont couper les arbres dans la forêt, c’est un vrai travail d’horticulture de faire du sapin de Noël. En novembre, on ne doit pas se louper, a encore récemment expliqué Frédéric Naudet à une journaliste de 20 Minutes. On s’active dès le début du mois. On choisit, on taille, on perce les pieds. Et pour un sapin « Label Rouge », la coupe, c’est seulement entre le 21 novembre et le premier samedi de décembre. Il doit être dense, conique, bien vert et touffu. »

Quelque 7.000 à 8.000 plants à l’hectare

Comme moi. Alors pour être un bon Nordmann homologué, j’ai dû attendre au moins cinq ans planté dans ma parcelle. Le Morvan est la principale région productrice de sapins « spécial Noël », devant la Bretagne et Rhône-Alpes. Plus d’un million de conifères sont répartis sur 1.500 hectares de plantation et, de la mi-novembre à début décembre, entre 30 et 50 camions partent du village de Planchez-en-Morvan pour livrer toute la métropole.


Cette année, j’ai donc enfin été saucissonné dans un filet d’emballage direction Rungis, Truffaut ou Franprix. En France, seuls 20 % sont importés, essentiellement de Belgique, du Danemark ou d’Allemagne. Moi, « Label Rouge », j’ai grandi chez Naudet au milieu d’autres Nordmanns, mais aussi des Epicéas, espèce autochtone en France, et des variétés moins courantes. Quelque 7.000 à 8.000 plants à l’hectare.

Et être « Label Rouge », c’est être « la crème de la crème », comme dirait le chef Naudet, qui est aussi président de l’association française du sapin de Noël naturel (AFSNN). Un gouffre existe entre l’arbre décharné au branchage flapi, déniché in extremis sur un parking à 18h30 un 24 décembre, et le conifère haut de gamme qui a « du corps, de la branche ». Moi, beau sapin, j’ai même failli être choisi par l’Elysée. Les hommes du président sont venus début décembre dans mon exploitation, mais ils ont finalement pris plus haut, plus gros.

J’ai « pris racine pendant près de cinq ans »

Reste que le Nordmann, qui n’est arrivé dans les plantations qu’il y a une cinquantaine d’années, représente aujourd’hui 72,8 % des ventes de sapins en France. « C’est une espèce qui a été choisie pour les sapins de Noël car il perd ses épines très lentement », a encore précisé Frédéric Naudet à 20 Minutes. Si les Danois m’ont présenté comme venant « de chez eux », je ne pousse en réalité naturellement que dans le Caucase.

De Géorgie, j’ai rejoint un pépiniériste pour devenir un jeune plant qui, à l’âge de 4 ans, a été planté chez les horticulteurs (coucou Frédo). Et puis j’ai « pris racine pendant près de cinq ans » dans cette exploitation de 500 hectares qui, à côté de 130 autres, fait partie l’AFSNN. L’asso promeut le sapin « made in France » et respecte scrupuleusement un cahier des charges encadré par un décret de 2003 du ministère de l’Agriculture. Ce dernier encadre cette activité agricole et définit la densité de plantation (entre 6.000 et 10.000 pieds à l’hectare), la hauteur du sapin (pas plus de trois mètres), la durée maximale d’occupation des sols (dix ans) et la liste des essences (12).


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Ça y est, je suis dans le camion. On y est plutôt serrés. Il faut dire que malgré la fin de l’abondance, un foyer sur cinq va encore acheter cette année un sapin de Noël à un prix moyen de 32 euros. Je rappelle ici que 5,9 millions de sapins naturels ont été vendus en 2021. Soit un chiffre d’affaires de près de 176 millions d’euros.

Les Français ont de plus en plus conscience de l’importance de consommer local : 68 % des personnes interrogées dans une étude réalisée pour l’AFSNN indiquent que l’origine française du sapin de Noël est un critère important pour leur choix d’achat. Surtout en région parisienne, « là où vont la majorité des sapins cultivés » [d’autres partent en Angleterre ou au Portugal]. Et moi, ça y est, je monte aussi enfin à la capitale.

« L’Epicéa plus fragile, mais avec son odeur particulière de Noël »

Adieu les plaines glacées du Morvan, à moi la douceur du salon et les aprems films de Noël. Les acheteurs qui s’y prennent de plus en plus tôt pour s’offrir un sapin : 54 % ont craqué avant le 10 décembre. « Le Nordmann, c’est la star de Noël depuis quelques années. Les plus âgés, qui viennent très tôt, continuent pourtant de lui préférer l’Epicéa, plus fragile mais avec une belle couleur bleutée et son odeur particulière de Noël, détaille une vendeuse de chez Truffaut à la même journaliste de 20 Minutes. Le Nordmann part comme des petits pains depuis quinze jours [on est début décembre]. Beaucoup de familles sont déjà venues. Depuis peu, on voit aussi pas mal de jeunes couples et surtout des célibataires qui expliquent "oser" acheter un sapin. C’est plutôt cool. ».

Chez Truffaut, à Arcueil, c’est Noël depuis la fin du mois d’octobre. Le magasin ne désemplit pas, le rouge et vert sont partout. Et notre vendeuse qui se fait appeler LaRousse a « déjà mal au dos » alors que la saison « commence à peine ». C’est là que je suis arrivé, tout enfiloché. J’avais la boule au ventre et puis j’ai vu cette chouette famille débarquer. Un monsieur à la barbe bien taillée. Une femme, grande et souriante. Trois enfants, dont deux dans une poussette. Ils m’ont acheté tout de suite, apparemment je leur ai « tapé dans l’œil » : « Pour une fois que j’en vois un avec des branches jusqu’en haut. » Ils ont dit à la journaliste qu’ils allaient « prendre soin de moi jusqu’à la mi-janvier. ». Cette date qui sonne comme une échéance m’inquiète un peu.

« Ces croix en bois, là, ce n’est pas possible »

La famille Etchar a fait le choix du naturel, comme 88 % des foyers ayant acheté un sapin en 2021. Et comme la culture du naturel demande beaucoup de patience, il faudra prendre bien soin de moi. Pour y arriver, il n’y a pas de secret : « il faut un support à réserve d’eau qui permet de traiter le sapin comme un joli bouquet de fleurs coupées. Si le sapin a le pied dans l’eau, il restera frais jusqu’après Noël », tranche Vincent Houis. L’ingénieur agricole et seul animateur technique de France basé dans la Nièvre ajoute : « Ces réserves d’eau devraient être la norme. Ces croix en bois, là, ce n’est pas possible. »


notre dossier sur noël

A la maison, les Etchar ont bien évité de m’installer près des radiateurs ou de la cheminée… ou d’un scandaleux halogène. Puis le 25 décembre est passé. Ça sent le sapin pour moi et la fin du joli conte de Noël. Les parents profitent de l’absence des enfants pour enlever mes guirlandes. J’ai bien les boules. Me revoilà dehors, au froid… dans le jardin, le tronc bien planté à côté de la balançoire. Apparemment, 88 % des acheteurs recyclent désormais leur sapin, « en le déposant à un point de collecte, en assurant eux-mêmes sa transformation ou en le replantant ». C’est le cas des Etchar. Leur respect pour le roi des forêts me remplit de joie. Depuis trois jours, je voyais bien que comme beaucoup de copains, j’allais peut-être finir moi aussi les fêtes à poil sur un trottoir. Finalement, à la mi-janvier, les Etchar m’ont enlevé une belle épine du pied.

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