Lille, Marseille, Bordeaux… Où en est-on des projets de RER métropolitains de Macron ?

TRANSPORTS EN COMMUN Des RER ailleurs qu’en Ile-de-France, c’est le projet d’Emmanuel Macron. « 20 Minutes » fait l’état des lieux de l’avancement des RER métropolitains existants ou placardisés

F.H. avec les bureaux locaux de 20 Minutes
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Emmanuel Macron annonce le développement de RER métropolitains — 20 Minutes
  • Des RER « dans les 10 principales villes françaises », c’est l’ambition d’Emmanuel Macron annoncée dimanche soir sur YouTube.
  • Aujourd’hui, Paris possède un réseau de cinq lignes de trains express régionaux. En région, Bordeaux avec une liaison partielle, et Strasbourg avec la mise sur rail du REME le 11 décembre, possèdent un RER métropolitain. Toulouse a des lignes cadencées à destination de Muret ou Colomiers.
  • Ailleurs, la sortie du chef de l’Etat a fait s’agiter de vieux serpents de mer ou des projets ressortir de cartons poussiéreux où ils étaient placardisés

Une déclaration sur YouTube qui fait avaler de travers dans les plus grandes villes de France. Tout du moins à Bordeaux. Renaud Lagrave, vice-président PS du conseil régional de Nouvelle-Aquitaine en charge des transports, a failli s’étrangler en entendant Emmanuel Macron annoncer vouloir « développer un réseau de RER, de trains urbains, dans les dix principales villes françaises ».

« Heureusement qu’on n’a pas attendu, sinon, on en serait au point zéro du RER métropolitain en Gironde », souligne l’élu alors que le département compte une première liaison entre Libourne et Arcachon, en service partiel depuis 2021. Dans Le Figaro, l’Elysée recense « une quinzaine de projets en cours de développement partout en France. Ils vont parfois mettre dix ans ou plus à être totalement finalisés. Certains sont déjà avancés, d’autres sont au stade d’étude. » 20 Minutes fait le point sur l’état d’avancement des RER métropolitains en France.

Les projets les plus avancés

Vous l’aurez compris, la Gironde a déjà un morceau de RER métropolitain. D’ici 2030, trois lignes doivent être mises sur les rails pour mieux desservir l’ensemble du territoire girondin. En juin 2022, Alain Anziani, président de Bordeaux Métropole, expliquait à 20 Minutes l’ambition d’arriver « dans une dizaine d’années à un train tous les quarts d’heure ». Bref, un vrai cadencement de RER.

Autre projet bien avancé, celui du REME : le réseau express métropolitain européen en Alsace. Il doit se développer progressivement à partir du 11 décembre. Avec le REME, les dessertes ferroviaires autour de Strasbourg vont être multipliées, un meilleur cadencement des trains sera mis en place (un toutes les 30 minutes sur la desserte périurbaine de Strasbourg), la plage horaire sera étendue de 5 heures à 22 heures et la maximisation de l’utilisation des gares SNCF, surtout celles délaissées, est annoncée.

Les projets évoqués

A Grenoble, les propos du chef de l’Etat ont été accueillis avec enthousiasme à l’image du tweet du président de Grenoble Alpes Métropole, Christophe Ferrari.



France Bleu Isère explique que le RER grenoblois permettrait de « rallier d’ici 10 à 15 ans Crolles et Rives, le Grésivaudan et le pays voironnais, en passant par Grenoble avec des trains tous les quarts d’heures ».

Sur la Côte d’Azur, la semaine dernière, les entreprises se sont tournées vers le métro à défaut de voir émerger le projet de navette maritime entre Nice et Monaco. C’est même « un projet prioritaire » dans leurs recommandations, publiées mercredi à travers une étude intitulée « territoire azuréen : ambitions 2040 ». Cette infrastructure pourrait donc naître d’ici 18 ans, selon le rapport, et permettrait « l’amélioration du territoire, alors que 50.000 personnes se rendent chaque jour à Monaco depuis Nice ou Menton ».

Ce projet coûterait « un milliard d’euros, soit deux stades de football », selon Pierre Ippolito, président de l’Union pour l’entreprise (UPE) 06, qui a participé à la conception de l’étude. Le projet ne s’appuie pas « sur les rails de la SNCF » mais sur « une liaison directe et souterraine » à construire pour « garantir une vitesse élevée et ainsi, faire délaisser la voiture aux voyageurs ».

Christian Estrosi, maire de Nice et président de la métropole, cite, dans un communiqué, la possibilité de créer également une ligne permettant « de relier Nice à la technopole Sophia Antipolis, en passant par Villeneuve-Loubet et Antibes ». 

Les serpents de mer

A Toulouse, le serpent de mer prend la forme d’une étoile. Bizarre, direz-vous, mais c’est le lot des animaux mythiques. C’est que le projet de RER est porté par « Rallumons l’étoile ». Depuis plusieurs années, il existe quelques lignes cadencées, au départ de Toulouse et en direction de Muret ou encore Colomiers. Mais uniquement aux heures de pointe. Le collectif ambitionne un projet d’étoile ferroviaire sur les voies déjà existantes : six lignes RER en forme d’étoile, irriguant la métropole et au-delà, avec un cadencement toutes les demi-heures de 5 heures du matin à minuit. La sortie YouTube du président de la République lui pourrait donner un coup d’accélérateur. Enfin, si l’Etat met la main à la poche. Car les collectivités viennent de voir la facture de la troisième ligne de métro grimper à 3 milliards d’euros. Et il y a la LGV à financer.

Pas de serpent de mer en forme de sardine à Marseille, mais la création d’un RER a déjà été évoquée par Emmanuel Macron en septembre 2021 quand son plan Marseille en grand a été dévoilé. Pour mettre en œuvre ce projet, il faut notamment aménager une gare souterraine à Marseille Saint-Charles, afin de fluidifier le trafic. Un projet qui naîtra le jour avec la ligne nouvelle… Pas avant 2035. Toutefois, l’annonce jupiteresque dominicale est accueillie comme « une très bonne nouvelle » par la région Paca, « concernée particulièrement avec 3 des 10 plus grandes métropoles françaises [Marseille-Aix, Nice, Toulon]. […] La création de ces RER métropolitains sera effective grâce à l’ouverture à la concurrence et à la Ligne Nouvelle Provence Côte d’Azur dans les prochaines années. » Cette LNPCA « doit permettre d’obtenir et de fiabiliser un cadencement du TER à 10 minutes », avance Christian Estrosi.

De l’autre côté de l’arc méditerranéen, voilà des années que l’on entend parler d’un « RER du littoral », entre Lunel et Sète (Hérault). Ce n’est rien d’autre qu’un TER à haute fréquence. La cadence y est déjà élevée. Mais la région Occitanie entend aller un peu plus loin encore. « Partout où cela est possible, le projet est bien de développer les trains du quotidien, explique la collectivité à 20 Minutes. Depuis 2020, nous proposons déjà 14 TER supplémentaires chaque jour entre Lunel et Sète. Mais nous nous heurtons à une réalité : en l’état actuel de l’infrastructure, nous ne pouvons plus rajouter de trains régionaux sur le littoral. » Pour « aller vers un service de RER », il est donc indispensable, pointe la région, que la nouvelle ligne à grande vitesse (LGV) entre Montpellier et Perpignan soit sur rails, « pour pouvoir rajouter des trains sur la ligne actuelle ». « La région est prête à mettre les moyens nécessaires, mais nous aurons besoin d’engagements financiers de la part de l’Etat », souligne la collectivité.

Un projet similaire au RER métropolitain est réclamé depuis plusieurs années à Nantes par des associations d’usagers des transports. Mais la métropole, gérée par le PS et EELV, et le conseil régional, présidé par Les Républicains, n’ont jamais avancé ensemble sur le sujet. « Évidemment qu’un RER serait une bonne idée pour les habitants, considère Bertrand Affilé, vice-président (PS) de Nantes métropole. Mais qu’est-ce que l’Etat propose comme financement ? Nous aurons besoin d’être accompagnés. » L’élu fait valoir qu’un tel projet nécessiterait de « nouvelles voies ferrées », en particulier « à l’ouest et au sud » de l’agglomération, sans oublier des rames supplémentaires. « Il faut qu’on discute tranquillement avec la région », indique Bertrand Affilé.

A 1h15 de train de là, à Rennes, une étude de faisabilité commandée en 2017 par la métropole annonçait un coût entre 835 millions et un milliard d’euros. Le projet n’avait alors pas été « enterré », mais placé sur une voie de garage.

Le projet de RER entre Lille et le bassin minier a été enfoui au fond d’un carton en septembre 2015. Les raisons ? La construction de 56 km de voies nouvelles et de six gares, dont une souterraine à Lille, était évaluée à 2,1 milliards d’euros. La fusion du Nord-Pas-de-Calais et de la Picardie en Hauts-de-France quelques semaines plus tard a contribué à sa placardisation.