RER métropolitain : Le projet toulousain peut-il connaître un vrai coup d’accélérateur ?

TRANSPORTS EN COMMUN Porté par une association depuis des années, le projet de RER toulousain a longtemps été boudé par les collectivités locales. L’annonce d’Emanuel Macron, si elle est accompagnée de financements, pourrait donner un coup de fouet à ce serpent de mer

Béatrice Colin
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Des trains TER liO de la région Occitanie.
Des trains TER liO de la région Occitanie. — Adil Benayache/SIPA
  • Dimanche soir, Emmanuel Macron a annoncé vouloir développer veut développer le RER « dans dix métropoles françaises ».
  • Toulouse, qui pourrait figurer parmi les métropoles retenues, a déjà un projet de RER métropolitain, mais porté par l’association « Rallumons l’étoile ».
  • Les collectivités se disent prêtes à envisager ce projet, à condition que l’Etat participe au financement, et que les études démontrent son efficacité.

A Toulouse, le RER métropolitain n’a pas attendu la prise de parole d’Emmanuel Macron pour devenir un sujet. Depuis plusieurs années, il existe quelques lignes cadencées, au départ de Toulouse et en direction de Muret ou encore Colomiers. Mais uniquement aux heures de pointe. Ces propositions sont donc loin d’être équivalente à un véritable Réseau express régional qui pourrait apporter une solution aux embouteillages de l’agglomération.

C’est pourquoi, le collectif « Rallumons l’étoile » porte depuis longtemps un projet d’étoile ferroviaire sur les voies déjà existantes. Il prendrait la forme de six lignes RER, irriguant la métropole et au-delà, avec un cadencement toutes les demi-heures de 5 heures du matin à minuit. Ses membres, en partenariat avec l’université Jean-Jaurès ont d’ailleurs lancé une grande enquête auprès des citoyens pour recueillir leur avis sur la question et enrichir le débat.



Après avoir été longtemps ignorée des politiques, qui estimaient ce projet impossible au vu de l’actuelle saturation des lignes ferroviaires, cette association « transpartisane et indépendante » a reçu un écho plus favorable ces dernières semaines. La présidente de la région Occitanie, Carole Delga, a indiqué que l’idée d’une étoile ferroviaire devait être soutenue, une étude sur sa faisabilité a d’ailleurs été lancée par le conseil régional.



Un engagement financier de l’Etat nécessaire

Mais au-delà des effets d’annonces, les élus veulent que ces investissements dans de nouvelles infrastructures pour un RER ne soient pas portés par les seules collectivités. « Je souhaite que soient rapidement réunis les acteurs de ces projets – Etat, Régions, Métropoles et SNCF. J’espère qu’il ne s’agit pas que d’une annonce et qu’elle se transformera rapidement en actes concrets. J’y veillerai », a réagi la présidente socialiste de l’Occitanie.

Déjà lancé dans sa troisième ligne de métro, dont le coût a été réévalué à 3 milliards d’euros, le président de la Métropole, Jean-Luc Moudenc, veut « un engagement financier de l’Etat » si un tel projet voyait le jour. « Il faut se garder de penser que le RER serait une formule magique qui réussirait à résoudre les problèmes de congestion des métropoles. On a besoin de savoir quels sont les trajets à desservir, quel cadencement, quels investissements pour quelle fréquentation et qui financera leur fonctionnement. Sur toutes ces questions nous n’avons pas de réponses », avance l’édile qui ne devrait pas mettre la main au pot.

Il estime que la Métropole et Tisséo ont déjà participé en participant aux études sur les aménagements ferroviaires du nord de Toulouse, nécessaires à la création de la future LGV et qui libéreraient les voies pour y développer les fréquences des TER en version RER. Il met aussi en avant l’intermodalité avec les gares existantes de la troisième ligne de métro dont les travaux vont débuter prochainement.

Commencer par cadencer toutes les demi-heures

Même s’il doit bientôt s’asseoir autour de la table pour aborder cette question aux côtés des responsables politiques des autres collectivités, son enthousiasme limité n’est pas du goût de l’opposition à la Métropole de Toulouse. « Jean-Luc Moudenc s’enferme dans une politique du tout métro, au détriment des habitants et habitantes qui ont besoin d’un maillage sur l’ensemble du territoire métropolitain. Qui plus est, ce maillage permettrait de réduire les déplacements automobiles, générateurs de pollution et de plus en plus contraints depuis l’instauration de la ZFE. Il est temps de sortir du dogmatisme sur cette question, et de saisir l’opportunité d’une aide de l’Etat sur le dossier », plaide les membres du groupe Alternative Municipale Citoyenne.

Tous les groupes de la métropole se sont retrouvés toutefois fin octobre sur un vœu voté à l’unanimité pour des avancées concrètes pour le RER toulousain, reprenant en partie les positions du collectif « Rallumons l’étoile ».

« Aujourd’hui, il faut rentrer dans le concret. C’est légitime que Jean-Luc Moudenc se pose des questions sur les bénéfices de cette mesure, il ne s’agit pas de faire un chèque en blanc. Si on veut avancer rapidement, avec des coûts raisonnables de mises en place d’ici 2024 et le déploiement de la ZFE, il faut réfléchir au cadencement d’un train toutes les demi-heures toute la journée. C’est faisable sur les voies actuelles et le surplus de recettes compensera le surplus de dépenses », assure Benoît Lanusse l’un des cofondateurs de cette association militante pour plus de mobilités. Et pour appuyer ses propos, il prend en exemple Strasbourg ou ce cadencement va voir le jour le 11 décembre, avec l’appui de financement de la région et de la métropole.