Etudiants étrangers : Pourquoi ils rapportent plus à la France qu’ils ne lui coûtent

ENSEIGNEMENT SUPERIEUR Contrairement à certaines idées reçues, la France a tout intérêt à accueillir beaucoup d’étudiants internationaux, et pas seulement pour que ses universités et écoles rayonnent à l’étranger

Delphine Bancaud
Les étudiants ne contribuent pas uniquement au rayonnement culturel de la France à l'étranger. Leur apport financier à notre pays est loin d'être négligeable.
Les étudiants ne contribuent pas uniquement au rayonnement culturel de la France à l'étranger. Leur apport financier à notre pays est loin d'être négligeable. — Canva
  • Selon une étude parue ce lundi et réalisée pour Campus France, organisme public chargé des étudiants étrangers, leur apport économique net annuel avoisine 1,35 milliard d’euros.
  • En prenant en compte leurs dépenses et frais d’inscription, ces jeunes injectent au total plus de 5 milliards d’euros dans l’économie chaque année et coûtent à la collectivité environ 3,7 milliards d’euros (bourses, dépenses d’enseignement, aides au logement…).
  • Leur séjour en France a même un impact à long terme, car l’écrasante majorité des étudiants étrangers veulent revenir en France pour y faire du tourisme et continuer à consommer des produits alimentaires bien de chez nous.

On se souvient des propos de Xavier Bertrand lors de la dernière campagne présidentielle : alors candidat à l’investiture LR, il proposait de « réduire de moitié l’immigration des étudiants qui viennent en France », insinuant que ces derniers pesaient sur les finances de notre pays. Une idée que bat en brèche une étude * de Campus France (agence nationale chargée de la promotion de l’enseignement supérieur français à l’étranger) rendue publique ce lundi.

Selon celle-ci, les étudiants étrangers apportent 5 milliards d’euros à l’économie française chaque année, alors que les dépenses publiques pour les accueillir s’élèvent à 3,7 milliards. « Ce qui aboutit à un apport économique net de 1,3 milliard d’euros par an », dévoile Olivier Marichalar, chef du service études chez Campus France.

Un apport économique direct très élevé

Si les étudiants internationaux génèrent beaucoup de recettes, c’est d’abord parce qu’ils dépensent en moyenne 867 euros par mois pour se loger, se nourrir, se vêtir, sortir… Et qu’ils s’acquittent en moyenne de 2.822 euros de frais de scolarité **. Avec de gros écarts : les étudiants en école de commerce payent en moyenne 10.700 euros par an, ceux d’école d’art 4.000, et ceux à l’université 1.100.

Le fait que 48 % des étudiants étrangers travaillent pendant leur séjour, afin de financer leurs études, génère aussi des cotisations sociales salariales (un gain de 375 millions d’euros pour la France). Ils dépensent aussi pour voyager (ce qui rapporte 461 millions d’euros par an), se former en langue française (73 millions d’euros) et pour financer leurs visas ou titres de séjour (35 millions).

Des retombées économiques même à long terme

Par ailleurs, il n’y a pas que la présence des étudiants étrangers sur notre sol qui nous apporte des sous. Car elle entraîne la visite de leur famille ou de leurs amis. L’enquête montre que 38 % des répondants ont reçu la visite de proches, pour une durée moyenne de 23 jours en France. « Et encore, l’impact économique des proches a diminué pendant la pandémie, car de nombreux projets de voyages ont été ajournés », constate Olivier Marichalar. Les recettes pour le tourisme français auraient pu atteindre 628 millions d’euros sur l’année, et n’ont été que de 392 millions.

Et comme la plupart d’entre eux conserveront de bons souvenirs de leur séjour en France, il y a fort à parier qu’ils auront envie d’y revenir et consommeront encore. D’ailleurs, 88 % des répondants de l’étude affichent leur souhait de revenir cette fois-ci en touriste, et 80 % veulent continuer à consommer des produits alimentaires français. Dur en effet de pouvoir se passer de camembert une fois qu’on y a goûté.

Un objectif de 500.000 étudiants étrangers pour 2027

De l’autre côté de la balance, les dépenses publiques pour les accueillir, si elles ne sont pas minces, demeurent donc largement inférieures aux recettes. La dépense d’enseignement s’élève à 3,1 milliards d’euros, auxquels s’ajoutent 247,2 millions d’euros de dépenses de Sécurité sociale, 206,6 millions d’euros d’aides au logement, 86,9 millions d’euros de coûts des services de l’état destinés à leur venue (financement de Campus France et des services diplomatiques), et 53 millions d’euros de bourses du gouvernement français.



L’impact économique des étudiants internationaux serait-il à ce point positif qu’on chercherait à en attirer encore plus ? « La captation de leurs ressources ne saurait être ce qui motive les échanges internationaux. C’est un argument de plus », tient à préciser Donatienne Hissard, la directrice générale de Campus France. Le gouvernement a d’ailleurs de grandes ambitions en la matière, car il vise 500.000 étudiants étrangers sur notre sol en 2027. « Un objectif réaliste », selon Donatienne Hissard. D’autant que leur nombre était en forte croissance l’an dernier :  + 8 % en 2021-2022 par rapport à l’année précédente. « On a franchi la barre des 400.000 », se réjouit la directrice générale de Campus France.

* Etude réalisée du 23 février au 12 avril 2022 par Kantar public pour Campus France, sur un échantillon de 992 étudiants étrangers ayant résidé en France ces trois dernières années, selon la méthode des quotas. Ces derniers étaient représentatifs des 302.863 étudiants étrangers en France à cette époque.

** Depuis 2019, le Plan Bienvenue en France prévoit la mise en place des frais d’inscription différenciés pour les étudiants extra-communautaires. Ces derniers doivent payer plus cher que les étudiants français et européens. Une mesure qui ne concerne toutefois qu’un nombre réduit d’étudiants pour l’instant, les universités rechignant à appliquer ces frais différenciés.