Hérault : Des écoliers privés de desserts (ou d’entrées) à la cantine à cause de la hausse des prix

INFLATION Le prestataire chargé de la restauration assure qu’il ne peut pas faire autrement, en raison de la flambée des coûts, dans le secteur alimentaire

Nicolas Bonzom
Un petit garçon attablé à une table de l'une cantine (Illustration).
Un petit garçon attablé à une table de l'une cantine (Illustration). — N. Bonzom / Maxele Presse
  • A Agde et dans plusieurs communes aux alentours, les enfants sont régulièrement privés de desserts, d’entrées, ou de produits laitiers, à la cantine.
  • Les communes et les parents d’élèves sont consternés.
  • Une décision prise par le prestataire en charge de la restauration, qui subit, assure-t-il, une forte inflation des prix dans le secteur de l’alimentaire.

Depuis quelques jours, les enfants de certaines communes de la région de Béziers (Hérault) sont privés de dessert, à la cantine. Parfois, c’est de fromage, ou d’un hors-d’œuvre, dont ils doivent se passer. « Ça dépend des jours, au gré des livraisons », déplore le papa d’une élève. Etranglé par l’inflation, le prestataire qui assure la restauration scolaire dans une dizaine de communes du coin (Agde, Montblanc, Sauvian, Vias, etc.) ne parvient plus à proposer aux pensionnaires la totalité des repas prévus.

Vendredi, les poires, le dessert affiché au menu, n’avaient pas été livrées à Agde, regrette Yannick Hivin, le directeur général des services de la commune. Ce lundi, à midi, c’est un produit laitier, qui manquait cette fois à l’appel. « C’est un choix unilatéral du prestataire, confie-t-il. D’ordinaire, dans un menu, il y a cinq composants. Il a décidé de passer à quatre. » La mairie d’Agde a été prévenue le jeudi 10 novembre, « pour une mise en application le lundi 14. Sachant que le vendredi était férié », note Yannick Hivin. Depuis, regrette le directeur général des services d’Agde, « les menus ne sont plus équilibrés ». « Les enfants ne doivent pas être pris en otage, c’est inadmissible. »

« Ma fille, régulièrement, me dit qu’elle a très faim »

De leur côté, les parents d’élèves ont du mal à avaler l’allègement soudain des menus dans le Biterrois. « Selon le repas du midi, on sait que les enfants vont se rattraper sur le dessert. Un yaourt ou un fruit, ça passe mieux. Et l’entrée peut être un complément, quand vous avez, en plat, des brocolis ! », gronde une maman d’une élève de Montblanc, qui craint qu’il y ait une augmentation du prix, dans quelques semaines. « Ce qui m’ennuie, c’est que l’on paie pour un service qui n’est plus fourni », confie cette maman. « Ma fille, régulièrement, me dit qu’elle a très faim », assure un papa de Montblanc.

Selon cet Héraultais, d’autres dispositifs pourraient être mis en place. « Bien sûr, il faut que les enfants mangent de tout. Mais on sait bien quand ce sont des choses qu’ils aiment moins, dans ces cas-là, on peut éventuellement diminuer les quantités, et proposer un laitage, par exemple. » Mais pour ça, il faut que les parents soient impliqués dans ces décisions. Pour l’instant, ce n’est pas le cas, déplore-t-il. « Ce qui est fort dommageable, c’est que les parents n’aient pas été prévenus, ce sont les enfants qui leur ont en parlé », regrette la grand-mère d’un élève scolarisé à Agde, qui concède, toutefois, même si elle ne connaît pas les proportions exactes, qu'« entrée, plat et dessert », c’est souvent « beaucoup, pour un enfant ». « Il arrive qu’il y ait du gaspillage », confie-t-elle.

« C’est un métier sans marges »

Contacté par 20 Minutes, le prestataire, SHCB, n’a pas encore répondu à nos sollicitations. A France Bleu Hérault, vendredi, Thierry Pompanon, son directeur général, a assuré que son entreprise était « en mode survie ». « On n’est pas en mode chantage », confie le dirigeant, qui note que la situation de SHCB est « transparente ».

Pour 3 euros, ou moins, il est devenu très compliqué, a indiqué Thierry Pompanon, de réaliser un repas bio. « Personne n’est capable de comprendre, aujourd’hui, ce qui se passe dans la restauration collective, note-t-il, auprès de la station. Les prix ont été tirés par le bas, pendant des années. C’est un métier sans marges. On a entre 3 et 5 % de marges, dans le meilleur des cas. On a des fournisseurs qui nous passent des hausses que nous n’arrivons pas à répercuter à nos clients. Je vous décris la situation d’une entreprise qui va disparaître. » Thierry Pompanon, qui craint pour l’avenir des emplois de son entreprise, assure avoir demandé une médiation, à la mairie d’Agde. « Une médiation, on ne la demande pas, on l’engage, auprès du tribunal administratif, rectifie Yannick Hivin, le directeur général des services de la commune. Et elle n’a pas été engagée. »

Rien que pour les cuisines qui fabriquent les repas d’Agde, SHCB assure qu’elle perd, chaque mois, en raison de l’inflation, environ 100.000 euros. De son côté, la commune précise à 20 Minutes qu’elle a débloqué, ces derniers mois, une indemnisation de 116.000 euros, liée à la crise du Covid-19. Une aide « sur laquelle nous n’avions aucune obligation », pointe Yannick Hivin. Dans les communes impactées, notamment à Agde, la plus grande d’entre elles, des négociations avec le prestataire qui prépare la popote sont en cours. En attendant, les enfants devront se serrer la ceinture, à l’heure du repas.