Va-t-on vers une interdiction des trottinettes électriques en libre-service ?

MOBILITES Si Paris étudie la possibilité d’exclure les trottinettes électriques en libre-service de son périmètre et que Lyon a encadré leur déploiement, d’autres villes ont fait le choix de les bannir

Caroline Girardon
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Si Paris étudie la possibilité d'interdire les trottinettes électrique en libre-service, d'autres villes ont fait ce choix depuis longtemps.
Si Paris étudie la possibilité d'interdire les trottinettes électrique en libre-service, d'autres villes ont fait ce choix depuis longtemps. — Xavier FRANCOLON/SIPA
  • Alors que Paris réfléchit sérieusement à interdire la location en libre-service des trottinettes électriques, au regard de leur dangerosité, la question se pose de savoir si d’autres villes de France suivront.
  • Critiqués pour leur incapacité à « faire respecter les bases élémentaires du Code de la route à leurs usagers », les opérateurs ont durci leurs conditions d’utilisation à Lyon ainsi qu’à Paris, tout récemment.
  • D’autres villes ne se sont pas posé la question. Villeurbanne et Toulouse, par exemple, les ont bannis depuis longtemps tandis que Nice ne les a jamais autorisées.

Si la « décision ne tenait » qu’à lui, il n’y aurait pas de trottinettes électriques en libre-service dans l’espace public, comme c’est déjà dans d’autres grandes villes telles Barcelone, Valence ou New York. Bruno Bernard, le président de la métropole de Lyon n’a pas caché son hostilité vis-à-vis des véhicules déployés depuis trois ans entre Rhône et Saône. Parce qu’ils font de la concurrence aux vélos en libre-service – dont les abonnements courte durée ont chuté de moitié – mais surtout parce qu’ils s’avèrent dangereux.

A Lyon, la manière dont les différents usagers – piétons, vélos, transports en commun et voitures – se partagent la route n’est pas des plus simples. « On a un sujet de conflit d’usage. L’arrivée des trottinettes en libre-service surajoute des problèmes de sécurité », estime l’élu écologiste, auprès du site Actu.fr.

Une hausse des accidents de 180 % depuis 2019

En matière d’accidents, les chiffres sont éloquents. En 2021, vingt-deux personnes sont décédées en France dans un accident impliquant des trottinettes électriques. Sept, l’année précédente. Entre trois ans, le nombre d’accidents corporels aurait explosé. De 870 enregistrés au cours de l’année 2021, il serait passé à plus de 6.000, selon des estimations avancées par le JDD mais non confirmées par la Sécurité routière. En revanche, cette dernière atteste que le nombre de blessés a augmenté de 177 % sur la période août 2021-juillet 2022, par rapport à l’année 2019.



Face aux nombreuses incivilités, la Ville de Paris, dans laquelle 10 millions de déplacements à trottinettes ont été comptabilisés en 2021, étudie la possibilité de ne pas renouveler le contrat des opérateurs qui arrivera à échéance en février prochain. Une décision sera prise dans les prochaines semaines. « Le compte n’y est toujours pas. Encore trop souvent, elles se retrouvent sur les trottoirs », dénonçait il y a quelques jours, David Belliard, adjoint en charge des mobilités. Les accidents dans la capitale ont augmenté de 189 % depuis 2019, selon l’élu qui déplore « l’incapacité des opérateurs de faire respecter les bases élémentaires du Code de la route à leurs usagers ».

Pour éviter la sortie de route, les sociétés Dott, Lime et Tier n’ont pas eu d’autres choix que de réagir rapidement. Mises dos au mur, elles ont présenté jeudi onze mesures destinées à mieux encadrer l’usage de leurs engins dans l’espace public. « Les trottinettes seront dotées d’une plaque d’immatriculation pour que la police puisse identifier l’utilisateur en cas d’infraction », dévoile Alex Souter, président France de Tier Mobility. La location sera également interdite aux conducteurs de moins de 18 ans, comme c’est déjà le cas à Lyon depuis fin septembre.

A Lyon, l’interdiction « n’est pas à l’ordre du jour »

Mais dans la capitale des Gaules, pas d’ultimatum. L’interdiction des trottinettes en libre-service « n’est pas à l’ordre du jour », répond sobrement la mairie qui a lancé un appel à projets pour le renouvellement des opérateurs, en mars 2023. Toutefois, le cahier des charges pourrait être resserré. Afin de remporter le marché, l’un des candidats a déjà annoncé qu’il comptait déployer une technologie empêchant de monter à deux sur le véhicule et détectant le port du casque obligatoire.

Si certaines villes se laissent le temps de la réflexion, d’autres ont fait le choix d’exclure les trottinettes en libre-service depuis la première heure. C’est le cas de Villeurbanne. En 2019, le maire a pris un arrêté pour interdire aux opérateurs de garer leurs véhicules sur les trottoirs. Radical. Pas de stationnement autorisé, pas de circulation possible, par extension. Malgré la pression des opérateurs pour revenir dans la partie, la position de la mairie socialiste reste inchangée à ce jour. « La trottinette est un mode très accidentogène aussi bien pour les conducteurs que pour les piétons », argumente-t-elle auprès de 20 Minutes, précisant par ailleurs que « le contrôle de la circulation sur les trottoirs reste difficile ». « Il faudrait presque mettre un policier sur chaque trottoir, ce qui est impossible », résume-t-elle.

Avoir un débat avec les citoyens ?

Dans la Drôme, la commune de Montélimar vient tout juste d’interdire leur circulation dans les rues piétonnes. Un premier pas. A Nice, la question ne s’est jamais posée. Le maire Christian Estrosi, qui est un farouche opposant des trottinettes électriques, a toujours refusé d’installer un système de location en libre-service sur sa commune. Encore plus depuis la mort d’un enfant de 5 ans renversé sur la promenade des Anglais. Même chose à Toulouse. En 2018, la société Lime a tenté d’y déployer son service mais l’opération séduction a tourné court. A bout de trois jours, elle s’est vue dans l’obligation de remballer tous ses engins car la municipalité, qui ne lui avait pas délivré d’autorisation, a vu rouge. Depuis, la ville rose maintient sa position.

« Il serait bon d’avoir une pause sur ces trottinettes électriques en libre-service », estime enfin Bruno Bernard pour lequel « il serait bien d’avoir ce débat avec les citoyens ». Ceux de Villeurbanne ne semblent pas vraiment les regretter. « Nous n’avons pas de demande des habitants pour que cette situation change », indique la mairie. Et de conclure : « Au contraire, ils nous font plutôt part de leur inquiétude vis-à-vis d’un retour des trottinettes en libre-service dans l’espace public. »