Les Restos du Cœur lancent leur nouvelle campagne sur fond de précarité aggravée

aide L’association compte plus que jamais sur la générosité des Français

20 Minutes avec agences
Une bénévole des Restos du coeur travaille au centre Cesslin, dans le 11e arrondissement de Paris, le 29 novembre 2010. Photo d'illustration
Une bénévole des Restos du coeur travaille au centre Cesslin, dans le 11e arrondissement de Paris, le 29 novembre 2010. Photo d'illustration — S. Ortola / 20 Minutes

Après le Covid, l’inflation : les crises qui se succèdent ont nettement aggravé la précarité, au point que certaines familles doivent choisir entre « se nourrir et se chauffer », s’alarment les Restos du Cœur qui lancent ce mardi leur 38e campagne annuelle. « Les premiers effets de la crise inflationniste se font déjà sentir », souligne l’association fondée par Coluche : depuis avril dernier, le nombre de bénéficiaires a bondi de 12 % et leurs difficultés se sont accrues, puisque 60 % (au lieu de 50 % un an plus tôt) vivent dans l'« extrême pauvreté », c’est-à-dire avec moins de la moitié du seuil de pauvreté (551 euros par mois). Quelque 30 % n’ont même aucune ressource.

Les frais de chauffage pris en compte

Pour mieux tenir compte de l’inflation, l’association vient d’adapter ses règles : pour évaluer si une personne est éligible à une aide, elle prend désormais en compte non seulement ses revenus et son loyer, mais aussi ses frais de chauffage. Car « en ce moment, tout est cher, c’est difficile ! », constate Ami, 39 ans, une bénéficiaire rencontrée par l’AFP dans un « Resto bébé du Cœur » à Paris, où elle est venue chercher de quoi habiller et nourrir sa fille de 11 mois. Dans ce centre, les mamans venues avec leurs bambins en poussette peuvent récupérer des fournitures indispensables, mais aussi demander des conseils ou apprendre à cuisiner des purées pour leurs bébés. « Les habits, les couches, le lait et tout, ça nous aide beaucoup », sourit Ami, en fourrant une boîte de lait infantile dans son sac à provisions.

Pour Patrice Douret, le président des « Restos », l’aggravation actuelle de la précarité conduit les personnes pauvres à de plus en plus de renoncements. « Avant, les gens nous disaient : "Je ne me chauffe pas, mais au moins je peux manger". Désormais ils se sacrifient sur la santé ou l’énergie. Mais en plus, ils savent qu’ils n’auront pas grand-chose à manger », souligne-t-il.



La crainte d’un « effet ciseaux »

D’autres organisations caritatives font le même constat. Les banques alimentaires, qui lancent elles aussi leur collecte nationale cette semaine, « répondent actuellement à une hausse de 9 % de la demande, soit 200.000 personnes supplémentaires accueillies », ont-elles indiqué dans un communiqué. Et près de la moitié des ménages ayant sollicité l’an dernier l’aide du Secours catholique disposaient d’un budget insuffisant pour se nourrir au quotidien, alerte l’association dans son récent rapport annuel sur la pauvreté.

Or, pour répondre aux besoins croissants des plus précaires, les associations doivent elles-mêmes composer avec des coûts en hausse, ce qui fait redouter un « effet ciseaux ». Pour autant, les Restos du Cœur n’envisagent pas de réduire l’aide apportée à leur 1,1 million de bénéficiaires, et en appellent donc plus que jamais aux dons des Français, qui contribuent aux trois quarts des besoins de l’association. Une générosité d’autant plus nécessaire que l’an dernier, le traditionnel concert des Enfoirés a dû être enregistré sans public à cause du Covid, ce qui a créé un manque à gagner de 4 millions d’euros pour l’association - sur un budget total d’environ 200 millions –, que les pouvoirs publics n’ont pas compensé.

Un crédit d’impôt pour certains bénévoles

Autre motif d’inquiétude : « Nous avons beaucoup de donateurs modestes », souligne Patrice Douret, qui se demande « jusqu’à quand ils pourront continuer à donner » dans ce contexte d’inflation. En outre, parmi les dizaines de milliers de bénévoles des Restos du Cœur, beaucoup sont eux-mêmes modestes voire précaires, et certains ont désormais des difficultés à payer leurs frais de carburant pour se rendre dans les centres de distribution. Des dépenses qui donnent droit à un avantage fiscal… mais seulement pour ceux qui payent déjà des impôts.

« Cela crée une inégalité entre nos bénévoles modestes et les autres », déplore Patrice Douret, qui réclame au gouvernement, depuis des années, que sur ce point précis la réduction soit transformée en crédit d’impôt, pour bénéficier aussi aux bénévoles modestes. Une demande qu’il aura l’occasion de réitérer mardi au ministre des Solidarités Jean-Christophe Combe, attendu dans un centre de distribution d’Asnières-sur-Seine, près de Paris, pour le lancement de cette 38e campagne.