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EDUCATIOnLe plan de Ndiaye pour attirer les filles vers les maths ne convainc pas

Pourquoi la nouvelle stratégie de Pap Ndiaye pour attirer plus de filles vers les maths laisse perplexe

EDUCATIOnLe ministre veut notamment lutter contre les stéréotypes de genre et l’autocensure qui les empêchent de se spécialiser en maths
Pap Ndiaye à l'Elysée, le 10 novembre 2022.
Pap Ndiaye à l'Elysée, le 10 novembre 2022.  -  Ludovic MARIN  / AFP
Delphine Bancaud

Delphine Bancaud

L'essentiel

  • A l’occasion des assises des mathématiques, organisées de lundi à mercredi, le ministre de l’Education, Pap Ndiaye a dévoilé sa stratégie visant à « réconcilier tous les élèves » avec les maths et à « promouvoir l’égalité filles-garçons » de la primaire au lycée.
  • Le ministre va réintroduire un enseignement de mathématiques obligatoire à la rentrée 2023 pour les lycéens de la filière générale qui n’auront pas pris la spécialité mathématiques. Certains membres de la communauté éducative craignent que beaucoup d’élèves s’en contentent et choisissent moins la spécialité maths.
  • Ils craignent aussi que le travail sur les représentations et sur l’orientation reste à quai, faute de moyens.

«Je ne peux pas me satisfaire du fait qu’il y ait moins de matheuses que de matheux », a déclaré le ministre de l’Education, Pap Ndiaye, dans une interview aux Echos publiée dimanche. Alors qu’il participe aux assises des mathématiques de lundi à mercredi, le ministre a dévoilé sa stratégie visant à « réconcilier tous les élèves » avec cette discipline, qui comporte un focus spécifique sur les filles.

Car selon une étude de la Depp parue en juin dernier, à la rentrée 2021, les filles étaient 56 % (contre 75 % des garçons) à avoir choisi les mathématiques en enseignement de spécialité en classe de 1re. Et elles n’étaient plus que 26 % en terminale à conserver cette spécialité (contre 52 % des garçons), dont 7 % avec l’enseignement optionnel « mathématiques expertes » (21 % pour les garçons). Ce qui a une incidence sur leur orientation en études supérieures. A noter que 19 % d’entre elles choisissaient de continuer d’étudier les mathématiques via l’enseignement optionnel « mathématiques complémentaires », mais celui-ci n’ouvre pas aux mêmes formations que la spécialité maths.

Agir précocement

Pour tenter d’encourager l’égalité filles-garçons, le ministre s’est fixé des objectifs : lutter précocement dès l’école maternelle contre les stéréotypes de genre et valoriser les modèles féminins. Au collège, il va encourager la création d’un club de maths à partir de la rentrée 2023, pour cultiver le goût pour les mathématiques, et mettre en place des groupes à effectifs réduits en classe de 6e en mathématiques. Des initiatives qui laissent perplexe Sophie Vénétitay, secrétaire générale adjointe du SNES-FSU : « Si les élèves s’inscrivent sur la base du volontariat en club de maths, il n’y a aucune garantie qu’une majorité de filles y participent. Concernant les petits groupes, seront-ils mis en place dans tous les collèges et fonctionneront-ils tout au long de l’année de 6e ? », interroge-t-elle.

Au lycée, Pap Ndiaye veut créer à la rentrée 2023 un module de réconciliation avec les mathématiques en classe de 2de. Mais pour Sophie Vénétitay, rien ne garantit qu’il permette aux filles qui décrochent en maths au début du lycée de s’accrocher : « Le programme de maths de 2de vise à préparer à la spécialité scientifique. Du coup, au second semestre, on a déjà perdu la moitié des élèves. Il est donc nécessaire de revoir le programme si l’on veut que davantage d’élèves, et notamment de filles, se sentent plus à l’aise dans la discipline », estime-t-elle. Jérôme Fournier, Secrétaire national Education au SE-Unsa, est lui aussi sceptique : « Ces modules seront-ils obligatoires ou facultatifs ? Les lycées auront-ils les moyens humains de les mettre en place ? », interroge-t-il.

L’ambition d’atteindre la parité dans les spécialités

Concernant, les classes de 1re, le ministre va réintroduire un enseignement de mathématiques obligatoire à la rentrée 2023 pour les lycéens de la filière générale qui n’auront pas pris la spécialité mathématiques. Ils auront ainsi une heure et demie de cours en plus par semaine consacré à cette discipline. Même si tous les syndicats souhaitaient ce retour des maths pour tous, cette mesure pourrait avoir des effets pervers pour les filles, selon Sophie Vénétitay : « Le risque, c’est qu’une majorité de garçons continuent à choisir la spécialité maths et que les filles optent pour cet enseignement d’1h30. » Une crainte partagée par Claire Piolti-Lamorthe, présidente de l’Association des professeurs de maths (APMEP) : « Elles vont sans doute penser que cet enseignement leur suffira pour leur poursuite d’études qui nécessitent des maths, comme les sciences économiques ou les écoles de commerce, alors que ce n’est pas le cas. » « On aura des maths à deux niveaux, un faible, l’autre élevé », résume Jérôme Fournier.

L’ambition du ministre est pourtant d’atteindre, d’ici à 2027, la parité filles-garçons dans les spécialités mathématiques, physique-chimie et mathématiques expertes, et de tendre vers la parité pour les autres enseignements (sciences de l’ingénieur et numérique et sciences informatiques). Pour que cela ne demeure pas qu’un vœu pieux, il va fixer des objectifs chiffrés, mais qui ne seront pas des quotas. « Nous allons mobiliser très fortement les chefs d’établissement, les professeurs et sensibiliser les familles, pour aller chercher une par une les filles qui ont une appétence en la matière. », déclare-t-il aux Echos. « En 2nde, les élèves disposent de 54 heures dans l’année pour travailler sur leur orientation, mais on manque de moyens pour réellement les accompagner. C’est pourtant un impératif si on veut éviter les phénomènes d’autocensure », explique Jérôme Fournier.

« Un slogan ne suffit pas »

Pour Sophie Vénétitay, « un slogan ne suffit pas. Pour vraiment influer sur les choix d’orientation des filles, il faut recruter davantage de psychologues de l’Éducation nationale (ou psy-EN), chargés de les aider à définir leur projet d’études. Car aujourd’hui, ils exercent souvent dans plusieurs établissements et ont peu de créneaux disponibles pour recevoir les élèves. »



Jérôme Fournier estime aussi qu’il est impératif de travailler sur les représentations : « A part Marie Curie, aucune scientifique connue n’est citée. Il faut davantage illustrer les cours avec des travaux de femmes scientifiques, organiser des rencontres avec des professionnelles reconnues dans leur domaine ».

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