Toulouse : Un proviseur de lycée dénonce « le racket » de sa facture d'électricité multipliée par cinq

INFLATION A Toulouse, comme ailleurs en Occitanie, des proviseurs de lycées renoncent à payer une facture d’électricité qui a largement explosé

Hélène Ménal
Pour le lycée toulousain, la facture mensuelle d'électricité est passée de 16.000 à 72.000 euros par mois. Illustration.
Pour le lycée toulousain, la facture mensuelle d'électricité est passée de 16.000 à 72.000 euros par mois. Illustration. — Mouerad Allili
  • Le lycée Déodat-de-Séverac de Toulouse a vu sa facture mensuelle d’électricité passer de 16.000 à 72.000 euros.
  • Son proviseur a renoncé à payer. Et il n’est pas le seul dans ce cas.
  • La région Occitanie a débloqué une aide d’urgence mais elle attend aussi des explications détaillées du fournisseur.

« Si je paie la facture, je ne fais plus rien d’autre. Je n’achète plus de livre pour le CDI, ni la machine à 180.000 euros pour ouvrir un nouveau Bac pro. » Jean-Yves Soulier, le proviseur du lycée polyvalent Déodat-de-Séverac de Toulouse, ne décolère pas. Le contrat pour trois ans avec le fournisseur d’électricité Dalkia, filiale d’EDF, est arrivé à échéance au plus mauvais moment, en pleine explosion des prix de l’énergie. Le nouveau contrat qui a démarré en septembre fait quasi quintupler la facture mensuelle : « Nous sommes passés de 16.000 euros par mois à 72.000 euros ! », explique le chef d’établissement. Il a payé en septembre mais a décidé d’arrêter les frais. D’autant que ce nouveau tarif doit courir sur trois ans.



Le lycée Déodat-de-Séverac reçoit de la région Occitanie une dotation annuelle de fonctionnement d’environ 980.000 euros « Avec des factures d’électricité à 72.000 euros par mois, elle serait totalement absorbée, calcule Jean-Yves Soulier. C’est tout simplement du racket, de la spéculation au détriment du bien commun. »

« La guerre en Ukraine ne peut pas tout expliquer »

Son établissement, qui pourtant se chauffe au gaz, est loin d’être le seul à faire face à cette inflation inédite. « D’autres lycées ont vu leur facture doubler ou tripler, sans qu’il y ait la moindre surconsommation, et ont arrêté de payer aussi. Je pense que c’est un bon réflexe en attendant les explications du fournisseur », souligne Kamel Chibli (PS), vice-président du conseil régional en charge de l’Education. Le contrat triennal avec Dalkia concerne en effet nombre d’établissements et la collectivité veut connaître la raison « détaillée » de cette énorme inflation. « La guerre en Ukraine ne peut pas tout expliquer », présume l’élu.

La région Occitanie, qui a voté une enveloppe de 220 millions pour la rénovation énergétique des bâtiments avant la crise ukrainienne, vient aussi de débloquer en urgence 22 millions d’euros, uniquement pour aider au paiement des factures d’électricité des lycées. « C’est déjà près d’un tiers de la dotation annuelle de fonctionnement des lycées, précise Kamel Chibli. Les régions, qui n’ont pas de fiscalité propre, ne pourront pas supporter seules ces coûts et l’absence d’un bouclier social », prévient l'élu régional.

Carole Delga (PS), présidente d’Occitanie mais aussi de l’association régions de France, qui les regroupe toutes, a « fait un appel du pied » au gouvernement pour l’alerter d’un problème qui surgit alors que l’hiver n’a même pas commencé.