Bretagne : « On veut me nuire »… Six mois de prison ferme pour un naturiste condamné pour exhibition sexuelle

TOUT NU Un habitant de Chanteloup a vu la cour d’appel de Rennes confirmer sa condamnation pour s’être dévêtu près d’un étang en 2016

Camille Allain
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Un naturiste habitant en Bretagne a été condamné à six mois de prison ferme pour exhibition sexuelle (illustration).
Un naturiste habitant en Bretagne a été condamné à six mois de prison ferme pour exhibition sexuelle (illustration). — Alfred / SIPA
  • Un retraité de 61 ans a été condamné à trois mois de prison ferme assorti de la levée d’un sursis de trois mois pour exhibition sexuelle.
  • Habitant à Chanteloup, près de Rennes, il pratique le naturisme au bord d’un étang situé à Corps-Nuds.
  • Le mis en cause estime ne pas être en infraction et va se pourvoir en cassation pour tenter de faire invalider la condamnation.

Ce qu’il décrit comme « une philosophie pacifiste » est devenue un combat politique et judiciaire. Habitant à Chanteloup (Ille-et-Vilaine), Hervé est un adepte du naturisme depuis bien longtemps. Mardi matin, c’est tout habillé et accompagné de sa femme que ce garagiste à la retraite s’est assis sur les bancs de la cour d’appel de Rennes. Le Breton, qui espérait la relaxe, a assisté sans dire un mot à la lecture du délibéré. La cour d’appel l’a reconnu coupable d’exhibition sexuelle en récidive et l’a condamné à trois mois de prison ferme, soit un de plus que ce qui avait été requis lors de l’audience fin septembre. La cour d’appel a également révoqué un précédent sursis, transformant la peine en six mois de prison ferme. Sonné, le naturiste de 61 ans ne sait pas encore comment il devra purger cette peine. « Mais s’il faut aller en prison, j’irai », lance-t-il calmement à la sortie de la salle d’audience.

Dans sa petite commune située au sud de Rennes, cet ancien garagiste est bien connu des habitants. Il lui arrive régulièrement d’aller se promener sur les bords de l’étang du Venon, à mi-chemin entre Chanteloup et Corps-Nuds (ça ne s’invente pas). « J’ai l’impression qu’on veut me mettre à genoux. Les gens qui ont porté plainte contre moi, je les connais depuis très longtemps. Je ne sais pas ce qu’ils ont contre moi. Ils me reprochent ma nudité mais ce n’est pas sexualisé. » Hervé assure qu’il se dévêt « quand le temps le permet » et il le fait « en dehors des heures de grande fréquentation ». Il est toujours muni d’un textile, qu’il utilise pour se cacher le loup quand il croise du monde. « On veut me nuire. Je ne suis pas exhibitionniste, je suis naturiste. Il n’y a rien de sexualisé dans ma pratique. »

« On ne fait rien de mal »

Les faits qui lui sont reprochés remontent à l’été et l’automne 2016. Un couple de retraités et un gendarme au repos ont croisé son chemin autour du fameux étang. La première fois, le mis en cause était en balade avec son petit-fils. Face à la nudité du retraité, les habitants ont porté plainte pour exhibition sexuelle, choqués de croiser la route d’un homme entièrement nu. Lorsqu’ils avaient été entendus par les gendarmes de Bain-de-Bretagne, les plaignants avaient reconnu que l’ancien garagiste avait caché ses parties intimes avec un vêtement.

Déjà condamné à trois reprises pour exhibition sexuelle Hervé n’entend pas stopper sa pratique. « Bien au contraire. C’est devenu un acte militant. Je continue, car ce n’est pas normal d’être traité ainsi. Je me balade, parfois avec ma femme, on ne fait rien de mal. Non, ça ne doit pas choquer. Quand on voit tout ce à quoi nous sommes exposés aujourd’hui. Tout ce que les jeunes peuvent voir sur leur smartphone. Je n’ai pas à me cacher », estime le retraité.


Des naturistes étaient présents lors de la Fête de l'Humanité en 2016. Ils estiment que leur philosophie de vie ne doit pas être assimilée à de l'exhibition sexuelle.
Des naturistes étaient présents lors de la Fête de l'Humanité en 2016. Ils estiment que leur philosophie de vie ne doit pas être assimilée à de l'exhibition sexuelle. - Nicolas Messyasz/ SIPA

Défendu par un avocat rennais, il a déjà fait savoir qu’il irait en cassation et même jusqu’à la Cour européenne des droits de l’homme. Il n’est pas le premier à écoper d’une peine de prison ferme. Un jeune homme âgé de 20 ans avait été condamné à un an de prison ferme par le tribunal correctionnel de Lorient pour s’être dévêtu pour bronzer sur une plage publique de Carnac (Morbihan).

Dans son combat pour la nudité, Hervé peut compter sur le soutien du Mouvement naturiste. Créée il y a un an, cette association qui compte 200 adhérents se bat pour faire « respecter la loi ». Son président Jean-François Feunteun s’appuie sur la réforme du Code pénal, en 1994, et la disparition de l’article sur l’outrage public à la pudeur, pour argumenter.

« Le naturisme n’est pas un acte de nature sexuelle, c’est une philosophie pacifiste. Une philosophie protégée par des textes européens signés par la France. Normalement, la simple nudité n’est plus condamnable. Nous sommes face à un abus de pouvoir ». Jean-François Feunteun, président du Mouvement naturiste.

Son association suit de près le cas d’Hervé, mais aussi celui plus médiatisé de Peter Misch, naturiste franco-allemand condamné dans le Vaucluse, qui a saisi la cour européenne des droits de l’homme. Le mouvement espère que la relaxe prononcée en Gironde en septembre va faire jurisprudence. La cour d’appel de Bordeaux avait invalidé la condamnation d’un homme, reconnu coupable d’exhibition sexuelle pour s’être dénudé à l’abri d’une digue du bassin d’Arcachon. « Il y a une véritable cacophonie du système judiciaire », tacle Jean-François Feunteun.

Et à ceux qui lui disent que des endroits sont spécialement réservés aux naturistes, le président répond franchement : « Imaginez que l’on dise cela à des groupes religieux. En disant ça, on veut nous mettre à l’écart de la société. » Hervé est du même avis. « Je ne vais pas prendre ma voiture pour faire des kilomètres alors que j’ai un site naturel tranquille juste à côté de chez moi. » A Chanteloup, Hervé n’a pas fini de se dénuder.