C’est quoi les « bancs de l’amitié », qui fleurissent dans les cours de récré ?

EDUCATION Destinés à aider les enfants seuls à se faire des copains, les « bancs de l’amitié » suscitent l’engouement, comme à l’école Ferdinand-Daniel de Campbon (Loire-Atlantique)

Julie Urbach
Théo, Arsène, Farah et Marion (de gauche à droite) ont participé à la mise en place de bancs de l'amitié dans les écoles de Campbon, en Loire-Atlantique
Théo, Arsène, Farah et Marion (de gauche à droite) ont participé à la mise en place de bancs de l'amitié dans les écoles de Campbon, en Loire-Atlantique — J. Urbach / 20 Minutes
  • Les bancs de l’amitié permettent aux élèves timides ou esseulés pendant la récréation de ne pas le rester trop longtemps.
  • Le dispositif se multiplie dans les cours d’école, comme à Campbon (Loire-Atlantique) où « ça marche bien et c’est cool ! », se félicitent les élèves qui ont eux-mêmes monté le projet.

On les appelle « bancs de l’amitié », « bancs des copains », parfois « bancs anti-isolement ». Peut-être en avez-vous déjà aperçu un dans la cour de récréation de votre enfant, sans réellement savoir de quoi il retournait. Car ces dernières années, ce dispositif qui propose aux élèves timides ou esseulés pendant la pause de ne pas le rester trop longtemps, fleurit dans les écoles primaires aux quatre coins de la France (Puteaux, La Roche-sur-Yon, Sète, Guéret, Sainte-Maxime…). C’est aussi le cas à Campbon, au nord de la Loire-Atlantique, où « ce banc est bien plus qu’un simple mobilier », assure-t-on à l’école publique Ferdinand-Daniel. Depuis le mois de septembre, cet objet peint en blanc et décoré de traces de mains de toutes les couleurs suscite l’engouement. D’abord parce qu’il permet de montrer que l’on est mal à l’aise, sans avoir à le dire avec des mots.

« Les nouveaux qui n’ont pas d’amis peuvent s’y asseoir, en attendant que quelqu’un vienne leur proposer de jouer, explique Théo, 10 ans. S’ils sont plusieurs à se retrouver là, ils peuvent se mettre ensemble ! » « Ça marche aussi quand on est un peu triste, embraye Arsène. Ça m’est arrivé d’y aller, et on est venu me chercher. » Un concept que les deux garçons de CM2 maîtrisent bien puisqu’ils l’ont eux-mêmes mis en place au sein de l’école, avec Farah, Marion et leurs autres camarades du conseil municipal des enfants de cette commune rurale. Avant, il a fallu se mettre d’accord grâce à un vote pour le meilleur projet, puis convaincre le maire et son équipe. « L’idée est très intéressante, observe Martine Gallerand, adjointe à la jeunesse. Nous leur avons fourni le matériel et étions là lors de l’inauguration, avec les familles. Un deuxième banc a aussi été installé à l’école privée. »

Développer l’empathie

A l’origine, le banc de l’amitié viendrait des Etats-Unis où une petite fille, qui ne connaissait personne dans son nouvel établissement, aurait elle-même créé cette astuce pour se faire des amis. Et petit à petit, il semble que le dispositif a produit d’autres effets que celui de seulement consoler les enfants malheureux. « Pour le reste du groupe, le banc est aussi très intéressant car il permet de développer l’empathie, à un âge où l’on est encore très centré sur soi-même, explique à 20 Minutes Julie Scouppe, psychologue à Montpellier. Savoir que l’on peut apporter de l’aide à quelqu’un d’autre est très important dans la vie en société, tout comme le fait de partager des jeux, des émotions, se sentir appartenir à un groupe de pairs. »

Pour que l’expérience fonctionne réellement, la psychologue recommande de bien responsabiliser les enfants, à l’instar de ce qui s’est produit à Campbon. « On est venus devant toutes les classes pour expliquer à quoi ça sert, explique Marion, elle aussi en CM2. Depuis la rentrée, ça marche bien et c’est cool ! Il faudra quand même peut-être repasser, car certains montent dessus juste pour s’amuser, ce n’est pas très respectueux ! » « Je regarde toujours quand je passe devant, et parfois il y a des maîtresses qui discutent… », confie la petite Farah, qui propose donc d’installer d’autres sièges, réservés aux adultes.

Ces derniers ne devront cependant jamais être bien loin du fameux banc de l’amitié. « Il peut nous permettre de déceler un petit mal-être que les enfants n’expriment pas autrement, note Emmanuelle Brodu, animatrice au conseil municipal des enfants. Surtout quand on les voit y revenir régulièrement. » Une présence importante qui permet également d’intervenir, en cas d’éventuelles moqueries voire de harcèlement.