ZFE : Leurs salariés ne pourront bientôt plus rouler en ville, des entreprises tirent la sonnette d’alarme

MOBILITES Les syndicats patronaux de la Haute-Garonne sont montés au créneau pour alerter les autorités sur l’impact de la mise en œuvre des ZFE pour leurs salariés

Béatrice Colin
Panneau de signalisation annonçant une zone à faibles émissions à Toulouse.
Panneau de signalisation annonçant une zone à faibles émissions à Toulouse. — FRED SCHEIBER
  • A compter de janvier 2023, les véhicules des particuliers ayant une vignette Crit’Air 4 ne pourront plus rouler dans la quasi-totalité de la Ville rose.
  • Une interdiction déployée dans le cadre de la Zone à faibles émissions de la métropole toulousaine qui suscite de l’inquiétude, notamment au sein des entreprises dont les porte-paroles ont décidé de tirer « la sonnette d’alarme ».
  • La métropole toulousaine indique qu’elle ne reportera pas la mise en place de la ZFE mais évoque des avancées, notamment avec la mise en place d’un pass pour les petits rouleurs.


En 1968, lorsque des éleveurs ont décidé d’installer une usine de transformation de leurs produits laitiers au nord de Toulouse, leurs locaux étaient entourés de champs. Aujourd’hui, l’entreprise YéO Frais, qui produit chaque année plus de 560.000 millions de yaourts, a été rattrapée par la ville et se trouve désormais dans le périmètre de la Zone à faibles émissions. Ce dispositif, qui consiste à interdire l’accès des véhicules les plus anciens à une grande partie du territoire de la Ville rose, visera en janvier prochain les véhicules ayant une vignette Crit’Air 4. Ce qui est loin d’être anodin pour une partie des 230 salariés de la société YéO Frais, installée sur l’avenue des États-Unis.

« Nous avons mené une enquête auprès de nos salariés pour savoir quel allait être l’impact du déploiement de la ZFE. La moitié des salariés a répondu. Un tiers d’entre eux sera concerné au 1er janvier prochain, leurs voitures étant Crit’Air 4 ou 5. Et en janvier 2024, avec l’interdiction des Crit’Air, ce sera un tiers de plus. Si rien ne change, les deux tiers ne pourront plus venir travailler avec leur véhicule », déplore Jérôme Servières, le directeur général de cette entreprise qui espère que cette nouvelle contrainte ne sera pas rédhibitoire pour ces salariés, qui, pour la plupart, travaillent en 3 x 8.



Pour certains d’entre eux, l’achat d’un véhicule représente une année de salaire. Mais, même avec les aides, ce n’est pas une solution envisageable. « Lorsqu’ils débutent à 5 heures du matin, il n’y a pas de transport en commun et ils habitent pour un grand nombre à une trentaine de kilomètres de l’entreprise. Ils ont donc besoin de leur voiture. Du coup nous réfléchissons au covoiturage, on s’est aussi posé la question d’un minibus qui pourrait les récupérer à Sesquières et ferait des allers-retours. Je suis convaincu que nous allons trouver une solution, mais seul on n’y arrivera pas », poursuit ce patron qui ne veut pas que cela devienne un frein à l’embauche, lui qui a déjà du mal à recruter.

L’alerte des syndicats patronaux

Et ce n’est pas le seul à avoir fait remonter cette problématique auprès du Medef de la Haute-Garonne. Aux côtés de la Confédération départementale des petites et moyennes entreprises (CPME 31), le syndicat patronal a décidé de tirer la sonnette d’alarme sur la question de la ZFE, devenue « une préoccupation majeure ».

« Nous ne sommes pas contre la ZFE, c’est une action pour améliorer la qualité de l’air dans l’agglomération urbaine », rappelle en préambule Pierre-Olivier Nau, le patron départemental du Medef. « Mais les commerçants, dont la clientèle ne pourra plus venir en centre-ville, les artisans qui n’ont pas de dérogations, jusqu’aux salariés des PME sont inquiets. Nous aimerions nous mettre autour de la table avec la préfecture, que l’on calcule l’impact socio-économique de cette mesure », insiste ce porte-parole qui aimerait qu’un report de la mise en place des prochaines interdictions soit envisagé.

Un changement de calendrier qui n’est toutefois pas d’actualité pour Toulouse Métropole. « Si on le modifie, il faut repartir dans une procédure réglementaire et ce n’est pas envisageable. La vignette Crit’Air 4 ne représente que 4 % du parc roulant sur le territoire de la métropole, soit 440.000 véhicules. En 2024, selon notre modélisation, 16 % de ces véhicules seront concernés, soit 45.000 véhicules au total. On n’en parle jamais, mais regardons aussi les bénéfices de cette mesure pour la santé et la qualité de l’air, notre job est de protéger les Toulousains », insiste François Chollet, vice-président de la métropole chargé de l’Ecologie, du développement durable et de la transition énergétique.

Un pass « petits rouleurs » autorisés quelques jours par an

L’élu ne nie pas qu’en cette période de forte inflation, changer de voiture puisse être compliqué pour les particuliers. « Nous avons mis en place des primes pour aider et qui marchent assez bien. Depuis deux ans, 4.700 personnes en ont bénéficié pour l’achat d’un vélo, majoritairement électrique, et 470 cette année pour l’achat d’un véhicule. Au total, nous avons débloqué 2,2 millions d’euros de primes depuis l’an dernier », poursuit François Chollet qui, comme Jean-Luc Moudenc, espère que l’Etat pourra doper ses aides aux plus modestes ou déployer un prêt à taux zéro.

A défaut de pouvoir changer le calendrier, ce dernier indique qu’une solution a été trouvée pour ceux qui ont une vignette Crit’Air 3, 4 ou 5 et qui n’utilisent que très rarement leur voiture. « Avec raison, ils nous disent qu’ils ne vont pas changer leur voiture alors qu’ils ne font que 3.000 km/an et qu’ils ne viennent que trois fois par an en ville. Nous allons mettre en place un " pass petit rouleur ". Comme pour un permis à points, ils pourront venir sur le territoire de la ZFE un certain nombre de fois par an, comme cela se fait à Bruxelles », explique le vice-président de la métropole qui réunira pour la première fois d’ici à la fin de l’année un observatoire de la ZFE, pour en évaluer l’efficacité.