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ENQUETEDes zones d’ombre dans l’enquête sur le meurtre de Justine Vayrac à Brive

Mort de Justine à Brive : Les zones d’ombre qui persistent depuis les aveux du suspect

ENQUETELucas L., 21 ans, a été mis en examen jeudi pour le viol et le meurtre de Justine Vayrac, une jeune femme de 20 ans qui était venue à Brive samedi soir, pour s’amuser avec des amis en discothèque
Les enquêteurs lors de la découverte du corps de Justine Vayrac
Les enquêteurs lors de la découverte du corps de Justine Vayrac - DIARMID COURREGES / AFP
Elsa Provenzano et Mickaël Bosredon avec AFP

Elsa Provenzano et Mickaël Bosredon avec AFP

L'essentiel

  • Le procureur de la République de Limoges a ouvert jeudi une information judiciaire pour « viol, séquestration et meurtre précédé, accompagné ou suivi d’un autre crime ».
  • Plusieurs zones d’ombre restent toutefois à lever sur le déroulé de la soirée.
  • Le profil du suspect, Lucas L., un agriculteur de 21 ans, laisse également planer plusieurs interrogations.

Lucas L., 21 ans, a été mis en examen jeudi pour le meurtre de Justine Vayrac, 20 ans, dont le corps a été retrouvé par les enquêteurs sur la propriété familiale du suspect à Beynat, à une vingtaine de kilomètres de Brive. (Corrèze). « Une information judiciaire a été ouverte des chefs de viol, séquestration et meurtre précédé, accompagné ou suivi d’un autre crime » a annoncé le procureur de Limoges Baptiste Porcher. La peine encourue est la réclusion criminelle à perpétuité.



Placé en détention provisoire, le suspect a avoué à la fin de sa garde à vue « avoir tué la victime » à l’issue d’une soirée au sein de la discothèque La Charrette à Brive-la-Gaillarde, dans la nuit de samedi à dimanche. Justine Vayrac se serait sentie mal durant cette soirée, serait sortie de l’établissement vers 4 heures du matin, où elle aurait rencontré Lucas L., qu’elle avait déjà croisé à quelques reprises dans la boîte de nuit. La jeune femme, originaire du Lot et mère d’un enfant de deux ans et demi, ne donnera plus signe de vie.

Que s’est-il passé à partir de ce moment ? Entre les aveux du suspect, mais qui n’explique pas précisément tout le déroulé de la soirée, les témoignages recueillis, et les premières constatations des enquêteurs, plusieurs zones d’ombre figurent encore dans l’enquête. 20 Minutes fait le point.

« J’ai autre chose à faire que de penser à ta pote bourrée »

Le Figaro a recueilli le témoignage d’une connaissance de Justine Vayrac, pour le moins troublant. Théo serait le dernier à avoir vu Justine Vayrac vivante, avant qu’elle ne disparaisse avec Lucas L. Théo raconte que la jeune femme serait venue le trouver vers 4 heures du matin, dans la discothèque, pour lui indiquer qu’elle se sentait mal et qu’elle avait envie de sortir. Il l’accompagne alors à l’extérieur de la boîte de nuit, où ils auraient croisé Lucas L.

Si Théo ne connaît pas Lucas L. il comprend que le jeune homme et Justine se connaissent. « Justine voulait se reposer dans sa voiture. Lucas voulait aussi se reposer et m’a demandé de revenir dans une heure », assure Théo. Précautionneux, il demande quand même à Lucas L. son numéro de téléphone avant de les laisser. Théo ressort de l’établissement vers 4h40 et constate que la jeune femme et Lucas L. se sont volatilisés. Théo appelle alors Lucas L. qui assure être rentré chez lui après avoir laissé Justine dans sa voiture. Un échange de SMS s’enchaîne entre Théo, et Lucas L., qui finit par lui lâcher : « J’ai autre chose à faire que de penser à ta pote bourrée. » C'est cet échange qui permettra aux enquêteurs de remonter jusqu'au suspect. Toujours selon Théo, Lucas L. l’aurait rappelé vers 6h20, lui affirmant avoir eu des nouvelles de Justine, et qu’elle serait avec un certain « Noé ».

Justine a-t-elle pu être droguée ?

Des analyses toxicologiques doivent avoir lieu, notamment pour déterminer si la victime a pu être droguée au cours de la soirée. Un membre du groupe d’amis de Justine est en tout cas persuadé d’avoir vu Lucas L. donner une coupe de champagne à la jeune femme au cours de la soirée. « Je trouve que mon champagne a un goût bizarre », aurait rapporté Justine à Théo au cours de la soirée, toujours selon le témoignage de ce jeune homme dans Le Figaro. Puis, « quand Justine était en train de vomir, elle répétait : “Je suis sûr qu’on a mis un truc dans mon verre” », relate encore Théo.

Un viol ou un rapport sexuel consenti ?

Si le suspect a bien été mis en examen pour « meurtre » et « viol », il a expliqué lors de sa garde à vue « avoir tué la victime alors qu’ils étaient tous deux à son domicile et qu’ils venaient d’avoir un rapport sexuel consenti ». L’enquête va devoir éclaircir ce point, alors que les versions et les explications du suspect semblent souvent se contredire.

Un coup de poing ou plusieurs coups ?

Une autre interrogation devra être levée, portant sur les circonstances de la mort de Justine Vayrac. Lucas L. a déclaré aux enquêteurs avoir « donné un coup de poing, ce qui aurait occasionné le décès » de la jeune femme, puis s’être servi d’un « engin agricole » pour « enfouir le corps » en forêt, selon le procureur Baptiste Porcher. Les fouilles de la zone ont permis de retrouver le corps. Mais « les premières constatations établissent une pluralité des coups au niveau de la face dont au moins un avec une arme contondante » soutient le procureur de la République.

Un suspect au profil qu’il reste à éclaircir

Agriculteur de 21 ans, Lucas L. est décrit comme « sociable », « gentil », « heureux », « bien dans sa peau »… On parle aussi d’un jeune homme « séducteur » et absolument « pas violent. » « C’est une personne qui ne posait pas de problèmes dans la commune jusqu’à aujourd’hui », a déclaré jeudi soir à la presse le maire de Beynat Jean-Michel Monteil, « totalement bouleversé par ce drame » et « triste pour les deux familles ».

Pourtant, quelques éléments viennent écorner ce tableau plutôt flatteur. A commencer par le fait qu’il se soit rendu dimanche, après le crime, au match de son équipe de foot de Beynat. S’il n’a par ailleurs jamais été condamné, Lucas L. avait toutefois été mis en examen dans une procédure de destruction par moyen dangereux et dégradation, après avoir mis le feu à une grange en 2020. « Dans le cadre de cette procédure, il avait été mis en examen et placé en détention provisoire jusqu’au 12 avril 2021, indique le procureur de la République de Limoges. Il faisait l’objet depuis cette date d’une mesure de contrôle judiciaire dont il respectait les obligations. »

« À l’école, Lucas était turbulent mais on n’a jamais eu de problèmes avec lui », a ajouté le maire de la commune. « Il réalise tout juste à peine à la fois ce qui lui est reproché et ce qu’il a fait », a déclaré à l’AFP son avocat Michel Labrousse estimant que son client était « quelque part soulagé de la position qu’il a décidé d’adopter ».

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