Pénurie de carburant : A la raffinerie de Feyzin, les salariés réquisitionnés dégoûtés qu'« on bafoue le droit de grève »

REPORTAGE Alors que le gouvernement a décidé ce lundi de réquisitionner le dépôt de la raffinerie de Feyzin, les salariés ne décolèrent pas et se disent plus déterminés que jamais à durcir le mouvement de grève

Caroline Girardon
Sept salariés de la raffinerie de Feyzin ont été réquisitionnés ce lundi malgré la poursuite de la grève.
Sept salariés de la raffinerie de Feyzin ont été réquisitionnés ce lundi malgré la poursuite de la grève. — Caroline Girardon
  • Ce lundi, le gouvernement a ordonné la réquisition du dépôt de la raffinerie de Feyzin.
  • Sept salariés ont été contraints de prendre leur poste à 14 heures afin d’approvisionner 37 camions-citernes.
  • Particulièrement remontés, les principaux concernés se disent déterminés à poursuivre leur mobilisation tandis que d’autres unités de la raffinerie ont annoncé rejoindre le mouvement de grève.

A la raffinerie de Feyzin (Rhône)

Ce lundi matin à 5 heures, Djamel n’a pas eu d’autre choix que de « charger ailleurs ». Chauffeur-livreur pour un prestataire de Total, il espérait remplir sa citerne au dépôt de la raffinerie de Feyzin. Seulement, les grilles étaient fermées et l’approvisionnement impossible. Obligé dès lors de mettre le cap sur Villefranche-sur-Saône, situé 45 kilomètres plus loin, car le « client ne pouvait attendre ».

Quelques heures plus tard, en milieu de matinée, le gouvernement a annoncé la réquisition du dépôt de Feyzin. Alors, au moment de reprendre le volant et de quitter la raffinerie lyonnaise pour la seconde fois de la journée, le livreur confesse être en quelque sorte « soulagé », même s’il « comprend les revendications » portées par les grévistes. Du côté des syndicats, en revanche, la colère est de mise.

« La réquisition ? On l’a appris dans les médias », dénonce dépité Pedro Afonso, délégué CGT pour lequel « la manière de procéder n’est pas correcte ». Sept salariés de l’unité d’expédition et du service VEMU, duquel partent les produits pétroliers stockés, ont été contraints venir travailler pour approvisionner les camions-citernes. Avec l’obligation de prendre leur poste à 14 heures. Les « gars » ont reçu le matin même la visite des gendarmes venus leur remettre en main propre leur notification de réquisition. De quoi enrager.



« Dégoût total »

« Cela a créé de l’émoi parmi les enfants qui pleuraient, ils ne comprenaient pas pourquoi leurs papas partaient avec des gendarmes, peste Pedro Afonso. Merci Total Energie pour tout ce qui est fait contre les grévistes et pour tout ce qu’ils mettent en place afin de retourner l’opinion publique contre nous. »

« C’est le dégoût total », lâche David Martins-Filipe, opérateur et élu CGT. « Oui, il y a de l’amertume car il n’y a eu aucun dialogue avec la direction par rapport à nos revendications locales. » De l’amertume aussi parce qu' « on bafoue le droit de grève ».

Loin d’être « abattus », les salariés se disent plus déterminés que jamais à poursuivre leur action. « Cela nous a encore un peu plus énervés, et cela a énervé beaucoup de monde », indique l’opérateur. Par « solidarité », les collègues de l’unité de vapocraquage ont annoncé dans la foulée se mettre en grève pour 96 heures. Ceux de l’unité de raffinage ont également décidé de rejoindre le mouvement. Voilà qui pourrait bloquer davantage la situation.

Un référé déposé au tribunal

Lundi, 37 camions ont été approvisionnés. Bien là loin des 250 ravitaillés habituellement au quotidien. Mais bien mieux que les statistiques enregistrés ces dernières semaines. « Cela permet de tourner mais cela ne suffira pas à alimenter toutes les stations de la région, surtout si nos collègues se mobilisent à leur tour », prévient David Martins-Filipe.

Remontés, les syndicats ont également annoncé qu’ils allaient déposer un référé devant le tribunal « sous 48 heures ». « L’Organisation internationale du travail a estimé que les réquisitions étaient illégales car elles entravaient le droit de grève. Maintenant, on espère que la justice tranchera de notre côté », conclut Pedro Afonso, prédisant un durcissement pour mardi, journée de grève nationale.