Pénurie de carburant : A Toulouse, la pratique du vélo dopée par les queues à la pompe

MOBILITES Les compteurs de vélo déployés dans la métropole toulousaine montrent une hausse importante du trafic ces derniers jours

Béatrice Colin
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Velo bus pietons moyens de transports autre que la voiture. semaine de la mobilite durable.
Velo bus pietons moyens de transports autre que la voiture. semaine de la mobilite durable. — Alexandre GELEBART/20MINUTES

« Pas d’essence, mais des jambes. » Cela pourrait être le nouveau slogan d’une marque de vélo. C’est en tout cas l’option choisie par certains Toulousains pour faire face à la pénurie d’essence qui fait rage depuis quelques jours en France. Certains ont décidé de mettre au rancart leur voiture et de grimper sur leurs deux-roues.

Aux carrefours ou sur les voies cyclables, les cyclistes sont de plus en plus nombreux à avoir opté pour le « vélotaf ». Une tendance confirmée par les compteurs positionnés notamment du côté de la gare Matabiau ou près d’Airbus. Avec 4.122 passages mercredi, celui implanté devant la gare, le long du Canal du Midi, a enregistré son record. « Le précédent datait du 7 juillet dernier avec 4.117 passages. Ce jour-là, le métro était en panne ! », explique Thibault, qui suit sur les réseaux sociaux le trafic vélo de la Ville rose.



Il a fait ses comptes : il passe 50 % de plus de deux roues du côté de Matabiau ces derniers jours qu’en moyenne sur les autres jours de semaine de l’année. Du côté d’Airbus, à la Crabe, le chiffre a atteint 2.601 cyclistes mardi, « meilleur score de tous les temps - +100 % par rapport à la moyenne des jours de semaine en 2022 ». Même chose du côté Blagnac Latécoère avec une hausse de 90 % de passages par rapport à la moyenne des jours de semaine en 2022, ou encore à Colomiers Chevrefeuille : + 120 % et Cornebarrieu et ses +85 %.

Pour cet adepte du vélo, il ne fait aucun doute que « la situation actuelle en termes d’achat d’essence a un réel impact sur la pratique du vélo à Toulouse. Les usagers du quotidien - vélotafeurs - l’auront bien vu sur leur trajet habituel », indique-t-il.

La Métropole confirme cette tendance. « Selon les points, nous constatons des hausses entre 17 % et 67 % entre les valeurs moyennes hebdomadaires et la valeur moyenne de cette semaine, ce qui est effectivement assez remarquable, notamment à proximité des sites aéroport/aéronautique », indique-t-elle à 20 Minutes.


Point de comptage vélos avenue Billières à Toulouse
Point de comptage vélos avenue Billières à Toulouse - Toulouse Métropole

Un sentiment partagé par Florian Jutisz de l’association « 2 pieds 2 roues ». « Il y a clairement une hausse visible du trafic, ce qui va dans la tendance générale d’augmentation enregistrée au cours des deux dernières années. Quand on est à vélo, on est à l’abri de ces problématiques d’essence. Cela montre aussi qu’une grande partie de la population pourrait s’y mettre », plaide ce militant de la petite reine.

Un argument de plus pour développer des infrastructures

Le dernier rapport de l’Observatoire du schéma directeur cyclable de l’agglomération toulousaine a en effet montré que le nombre de cyclistes enregistré sur le territoire de la commune de Toulouse entre 2016 et 2021 avait grimpé de 77 %. Selon cette étude, 9,1 % des habitants de la Ville rose utilisent désormais ce moyen de transport pour aller travailler, en particulier les berges du Canal du Midi et la rue de Metz en ville, mais aussi le canal latéral à la Garonne et la ceinture aéroportuaire.



« La pratique cyclable augmente pour la première fois au niveau des entrées de la ville de Toulouse. Cette tendance peut s’expliquer par un réel boom de la pratique cyclable depuis la crise Covid-19. Le vélo ne se pratique plus uniquement au centre de Toulouse, mais bien dans les faubourgs et les communes de première couronne », indique par ailleurs le rapport qui pointe une baisse de l’accidentologie, passée de 88 accidents en 2019 à 66 l’an dernier.

Pour Florian Jutisz, ce sont autant d’arguments prompts à encourager les politiques à développer une politique ambitieuse de « réseau express vélo », ces voies réservées aux cyclistes. « En ce moment, des options sont mises sur la table pour leur réalisation, mais cela passera par des suppressions de places de voitures par exemple ce qui fera râler certains. Il faut qu’il y ait un engagement de la Métropole pour un réseau de qualité », insiste-t-il. Pour ce militant, les pouvoirs publics « devraient utiliser les dizaines de milliards mis sur la table pour subventionner l’essence plutôt sur le plan vélo qui ne sera doté en 2023 que de 250 millions d’euros. »

Un effet à confirmer sur le réseau Tisséo

Si le trafic vélo augmente, c’est aussi le cas sur le réseau de transport en commun Tisséo, mais les causes sont multiples. « Au global nous avons presque rattrapé le niveau des validations de septembre 2019 : nous ne sommes plus qu’à -2.8 %. Sur les premiers jours d’octobre, on observe bien une croissance tendancielle de 2 à 4 % par rapport aux validations observées les dernières semaines de septembre. Nous avons une progression très positive des validations, qui s’inscrit dans une dynamique de rentrée. A ce stade, il est difficile toutefois d’en déduire que cette croissance est boostée par les pénuries de carburants, d’autant que sur les années précédentes, le mois d’octobre est quasi systématiquement plus fort que le mois de septembre », indique de son côté Tisséo.