Mouvement #MeToo : « J'ai peur de mal faire avec les femmes »... Comment le mouvement a fait changer les hommes

votre vie votre avis #MeToo a entrainé une évolution des mentalités et des comportements. Même si certains hommes restent sur la défensive

Delphine Bancaud
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Le mouvement #MeToo, qui a débuté il y a cinq ans, a contribué à redéfinir les rapports hommes-femmes.
Le mouvement #MeToo, qui a débuté il y a cinq ans, a contribué à redéfinir les rapports hommes-femmes. — Canva
  • Il y a pile cinq ans, démarrait la déflagration #MeToo, provoquant une libération de la parole chez les femmes victimes de violences sexuelles ou de harcèlement.
  • Cela a entrainé une prise de conscience chez certains hommes, qui se sont livrés à une introspection et ont modifié leur comportement. 
  • Mais d'autres restent critiques vis-à-vis du mouvement et abordent une attitude défensive à l'égard des femmes.

C’était il y a cinq ans. Une onde de choc. Le 15 octobre 2017, l’actrice américaine Alyssa Milano publiait un message invitant les femmes victimes de harcèlement sexuel à témoigner sur Twitter en utilisant le hashtag #MeToo. S’en est suivie une libération de la parole chez les femmes victimes de violences sexuelles ou de harcèlement. Un mouvement sociétal si fort qu’il a contribué à redéfinir les rapports entre les hommes et les femmes.

D’abord en faisant prendre conscience aux hommes de la fréquence des violences sexistes et sexuelles que subissaient de nombreuses femmes, y compris dans leur entourage. A l’instar de Yanis, qui a répondu à notre appel à témoins : « Ce mouvement a clairement fait ouvrir les yeux à beaucoup de personnes inconscientes de pratiques pouvant être déplacées… Ce qui m’amène à penser que des heures de formation sur le consentement devraient obligatoirement être dispensées aux 6e et 5e. »

« Je ressens une culpabilité totale d’être un homme »

Ce mouvement a ainsi conduit nombre d’hommes à revisiter leur passé et à s’interroger sur les comportements qu’ils avaient pu avoir vis-à-vis du sexe opposé, explique Christine Castelain-Meunier, sociologue spécialiste du masculin au CNRS : « Avant, ils justifiaient certains comportements agressifs ou déplacés en avançant ce qu’ils pensaient être de bonnes raisons. Mais #MeToo leur a permis de déconstruire certains stéréotypes de genre et le modèle de masculinité avec lequel ils s’étaient forgés. Ils ont pris du recul par rapport à eux-mêmes, se définissent plus comme sensibles alors qu’avant, cela était considéré comme un qualificatif anti-viril. » Une remise en question qu’a vécue Jean-Pierre : « Depuis #MeToo, je ressens une culpabilité totale d’être un homme. Je ne pense pas avoir jamais maltraité ma compagne, mais j’ai le doute. Je me dis que si les relations hommes/femmes, c’est ça, ça ne vaut pas le coup. »

Cet exercice d’introspection a parfois engendré un changement de comportement chez certains. Notamment lorsqu’ils veulent séduire une femme : « Ils prennent plus de précautions, plus attention à ne pas avoir de comportement déplacé, sont plus attentifs aux signaux faibles, comme l’absence de réaction d’une femme à leur égard. Alors qu’auparavant, ils pensaient que tant qu’un non n’était pas formulé, cela équivalait à un oui », analyse Christine Castelain-Meunier.

 « Ils éprouvent un sentiment de flottement »

Certains hommes célibataires se disent parfois déboussolés face à cette nouvelle donne, à l’instar de Sébastien : « J’ai toujours été très timide avec les femmes et respectueux au maximum. Mais depuis #MeToo, j’ai peur de mal faire, qu'elles se sentent agressées si je les accoste ou si j’engage la discussion » Un autre de nos lecteurs préfère aussi prendre ses distances avec le sexe opposé :  « Je ne me considérais pas vraiment concerné par cela, mais maintenant, on peut être accusé pour une attitude mal interprétée. Je reste donc neutre dès que je suis en présence d’une femme. Je ne fais plus la bise, ne mets plus jamais une main sur l’épaule. » Une appréhension que décrypte Christine Castelain-Meunier : « Ils éprouvent un sentiment de flottement, car ils n’ont pas encore intégré les nouveaux modèles de masculinité. »

Chez certains hommes en couple, #MeToo a aussi généré de nouveaux comportements. Notamment chez les plus jeunes, qui prennent leurs distances avec le modèle paternel, dans la sexualité comme dans la vie domestique. « Lors des relations sexuelles, ils se préoccupent davantage des réactions de leur partenaire, de sa satisfaction. Et le mouvement #MeToo s’inscrivant dans la recherche d’une égalité hommes-femmes, certains ne se considèrent plus comme des aidants à la maison, capables d’alléger la charge mentale de leur femme, mais bien comme des partenaires à part entière », observe Christine Castelain-Meunier.

Une attitude défensive chez certains hommes

Si les mentalités de certains ont changé, la tendance n’est pas globale. Et certains hommes ont l’impression de payer pour les autres et restent perplexes à l’égard de #MeToo. Comme Kevin : « Ça commence à aller un peu trop loin. Les premiers baisers lors de rendez-vous galants devront-ils être annoncés, afin de s’assurer du consentement de l’autre ? Devra-t-on faire signer une attestation de consentement avant d’avoir un rapport avec son partenaire ? Sans ça, quelle certitude, que l’on soit une femme ou un homme, que cela ne se retourne pas contre nous quelque mois plus tard après la fin d’une relation ? », s’interroge-t-il.

Un type de réactions que Christine Castelain-Meunier observe souvent : « Certains ressentent une injustice car ils ont l’impression d’être accusés à tort. D’autres adoptent une attitude défensive car ils se sentent déchus de leur piédestal et éprouvent une forme de nostalgie à l’égard du patriarcat. Ces derniers vont se tourner vers des femmes qui marchent dans leur culture machiste, et il y en a encore beaucoup », souligne la sociologue.



Reste à savoir si les répercussions de #MeToo continueront à se faire sentir, et si certains hommes ayant une attitude défensive finiront par mettre de l’eau dans leur vin. Christine Castelain-Meunier se veut optimiste. « Cette tendance va dans le sens de l’Histoire, avec l’essor de la culture égalitaire, du respect d’autrui et de l’estime de soi. »

* Autrice de Les hommes aussi viennent de Vénus, Larousse, 16,95 euros.