Pénurie de carburant : « Nous la subissons comme tout le monde », se défendent les grévistes de la raffinerie de Feyzin

MOBILISATION En grève depuis le 27 septembre, les salariés de la raffinerie de Feyzin se disent déterminés à poursuivre le mouvement

Caroline Girardon
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Les salariés de la raffinerie de Feyzin sont en grève depuis le 27 septembre.
Les salariés de la raffinerie de Feyzin sont en grève depuis le 27 septembre. — Caroline Girardon/ 20 Minutes
  • En grève depuis le 27 septembre, les salariés de la raffinerie de Feyzin (Rhône) se disent déterminés à poursuivre le mouvement.
  • « Nous comprenons que les gens grognent mais on se bat pour eux », plaident-ils à l’heure de voter la suite de la grève.
  • L’une de leurs revendications : obtenir une hausse des salaires de 10 % pour faire face à l’inflation.

A la raffinerie de Feyzin (Rhône)

Sur le pont surplombant l’autoroute A7 et menant à l’entrée de la raffinerie de Feyzin (Rhône), une quarantaine de manifestants, gilets de la CGT sur le dos, sont réunis à l’heure du déjeuner. Il y a les « BioMérieux » ou « les Kem One » venus soutenir les copains. Mais surtout, les « Total » en grève depuis le 27 septembre.

Alors que les odeurs de merguez s’évaporent dans l’atmosphère pour venir se mêler aux fumées du barbecue, le groupe discute joyeusement. Mais avec conviction. En contrebas, les poids lourds, qui défilent sur l’autoroute, klaxonnent pour saluer les drapeaux agités. Quelques voitures encouragent, elles aussi, les grévistes, tandis que 500 mètres plus loin, la file d’attente s’allonge devant l’entrée de la seule station encore en service dans le secteur.

Cette fois, les bruits de klaxons se révèlent bien plus agressifs, trahissant l’exaspération des automobilistes bloqués par ceux qui attendent de pouvoir faire le plein d’essence ou de gasoil et qui obstruent l’unique voie de circulation. « C’est normal qu’ils soient en colère mais le but n’est pas d’embêter les gens », répond timidement Xavier, 52 ans et 27 années de carrière au « service expédition ». Un brin gêné, l’homme hausse les épaules. « C’est sûr, les gens grognent mais on le fait pour eux. Et on se bat avec les moyens que nous avons ».



« Avec 2.400 euros net, on est loin des 5.000 euros mentionnés par la direction »

Ici, le « levier » d’action, c’est « l’essence ». « Cela fait des mois qu’on essaie de discuter avec la direction. Depuis mars, on demande l’ouverture de négociations mais on s’est pris une fin de non-recevoir. Là, la coupe est pleine », appuie Yvan, 43 ans, paquet de tabac à rouler à la main. Opérateur extérieur depuis 12 ans, le salarié en tenue de travail est venu rejoindre ses collègues, le temps d’une pause cigarette. « Je suis en grève mais je suis réquisitionné car mon poste est lié à la sécurité », précise-t-il.

« Depuis des années, on manque de personnel. Les installations sont mal entretenues ou pas réparées, peste Xavier. Nous ne sommes pas assez nombreux pour faire la tournée de 4 heures, le matin. Et on aimerait que nos salaires augmentent de 10 % pour coller à l’inflation. » Sa rémunération ? « 2.400 euros nets hors impôt », répond-il sans détour. Et d’ajouter dans un sourire amer : « On est bien loin des 5.000 euros mentionnés par la direction. »

Olivier Mercier, pompier à la raffinerie de Feyzin, gagne 800 euros de plus par mois. « Primes comprises, insiste-t-il. Il faut tenir compte du fait qu’on travaille en quart, les week-ends et les jours fériés, et cela depuis 27 ans. » Sébastien Saliba, opérateur et secrétaire CGT de la raffinerie de Feyzin, plaide pour « une sortie du plan de rigueur qui date de 1983 ». « Il faudrait revenir à l’indexation des salaires sur le coût de la vie. Dans ces cas-là, il n’y aurait pas de problème à payer un pain au chocolat 3 euros. Le souci : depuis 40 ans, on paie les crises à répétition. Ni les retraites, ni les salaires ne suivent la hausse des prix », argumente-t-il.

« Ni passe-droit, ni dérogation »

Alors que le gouvernement menace de réquisitionner les salariés des raffineries, Olivier se dit déterminé à poursuivre le mouvement « tant que la direction n’aura pas bougé une oreille ». « Cela ne nous fait pas spécialement plaisir de faire grève. Mais à un moment, on est obligé », assure-t-il.

Un sentiment partagé par Sébastien Saliba. « Nous sommes aussi les premiers concernés. Il y a quatre jours, j’ai réussi à mettre du gasoil dans ma voiture mais j’ai patienté 1h30 », raconte le père de famille. « Nous n’avons ni passe-droit, ni dérogation, abonde Yvan. Il y a encore des clichés qui persistent. Certains pensent que nous ne payons pas le carburant ou que nous pouvons nous servir directement à la raffinerie. C’est faux. Même si nous travaillons pour un groupe pétrolier, paradoxalement nous avons les mêmes difficultés à faire le plein que les autres citoyens ». Et de conclure : « La pénurie, nous la subissons comme tout le monde. »