Ille-et-Vilaine : Faut-il réserver des terrains dédiés aux rave parties pour préserver les voisins ?

Boum Une réunion entre des organisateurs de teufs, des maires, la justice et l’État s’est tenue en préfecture de Rennes pour tenter d’encadrer les soirées techno

Camille Allain
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Environ 1.500 personnes s'étaient réunies pour une grosse teuf à Redon. L'événement avait été marqué par l'intervention des forces de l'ordre en pleine nuit qui avait débouché sur des affrontements.
Environ 1.500 personnes s'étaient réunies pour une grosse teuf à Redon. L'événement avait été marqué par l'intervention des forces de l'ordre en pleine nuit qui avait débouché sur des affrontements. — MATHIEU PATTIER/SIPA
  • Les teufs se multiplient ces derniers mois dans des communes rurales d’Ille-et-Vilaine, irritant les habitants qui se plaignent des nuisances.
  • Pour tenter de trouver une issue, des organisateurs et des maires ont été conviés à une grande réunion présidée par le préfet.
  • Les participants souhaiteraient créer un répertoire de terrains disponibles pour l’organisation de teufs afin de limiter les nuisances pour les riverains.

A première vue, ils n’ont rien en commun. D’un côté de la salle, des costumes bien repassés et une pratique biquotidienne de la réunion. De l’autre autre, une poignée de jeunes noyés dans des sweats à capuche trop larges, que l'on sent plus à l’aise pour danser dans la boue que dans les salons de la préfecture d’Ille-et-Vilaine. Le trait est volontairement grossi mais il résume le fossé qui existe entre le préfet, le procureur, les députés, les maires et les organisateurs de teufs qui étaient réunis jeudi dans la même salle. L’objectif : se parler et tenter de se comprendre. Et surtout tenter de réguler le nombre croissant de raves qui réveillent chaque week-end les habitants de certains secteurs ruraux de Bretagne.

Depuis plusieurs années, le dialogue était rompu en Ille-et-Vilaine. Terre d’accueil privilégiée des rave parties, le département a été le théâtre de violents affrontements, notamment à Redon, où un jeune avait eu une main arrachée. L’intervention des forces de l’ordre avait été très critiquée et la destruction illégale du matériel de sonorisation avait attisé les tensions. « Ce n’était pas facile pour nous de venir ici et de ne pas entendre d’excuses. Certains ont refusé de participer », reconnaît Ben, vieux briscard du milieu de la teuf qui officie au sein de la Coordination nationale des sons. A ses côtés, Léa, la vingtaine, explique sa présence. « Il fallait instaurer un dialogue, faire un effort de chaque côté pour se parler », explique la jeune teufeuse. Depuis que les teufeurs avaient été traînés dans la boue après une teuf de nouvel an à Lieuron alors que la France était confinée, les relations s’étaient bien refroidies.


Lors de cette réunion, des maires ont pu exprimer le ras-le-bol de leurs habitants face à la multiplication des soirées boum-boum dans leurs champs. « J’étais extrêmement virulent parce que j’ai voulu porter l’exaspération de nos populations. Au bout de la cinquième ou sixième rave, ce n’est plus supportable. Surtout quand elles durent trois jours ». Plutôt réputé cool, le maire de Bovel José Mercier craint même « des débordements » de la part d’habitants qui ne supporteraient plus les nuisances liées à ces rassemblements aussi bruyants que spontanés. « Nous savons bien que ça peut gêner des habitants. Mais on ne peut pas faire autrement ! A chaque fois qu’on a fait une demande officielle, on s’est retrouvés avec des flics qui bloquaient tous les accès », regrette Paul, l’un des organisateurs présents à la réunion.

Un Airbnb de la rave pour mieux répartir les teufs ?

Pendant près de trois heures, la cinquantaine de participants a tenté de faire entendre sa voix. Un rendez-vous qui a débouché sur la création d’un groupe de travail restreint « pour essayer de recenser les terrains qui se prêteraient plus facilement à l’exercice de ces manifestations », selon le préfet Emmanuel Berthier. Ce dernier souhaiterait « éviter la concentration en un même lieu ». Cette proposition d’un « Airbnb de la rave » lancé par les teufeurs a retenu l’attention des autorités. « Il nous faudrait une charte de bonne conduite avec une cartographie de lieux adaptés. On pourrait cibler une cinquantaine de lieux dans le département. Chaque commune serait impactée une voire deux fois par an et le saurait à l’avance. Là, ça devient acceptable pour une population », estime le maire de Bovel.

Sur le papier, la proposition semblait satisfaire tout le monde. Mais dans les faits, il n’est pas certain que cet encadrement de la teuf colle avec l’esprit libertaire des free parties. « Organiser des événements sans prévenir, c’est faire prendre des risques à tout le monde », estime pourtant le préfet. « Le problème, c’est que les conditions réclamées par les préfectures sont impossibles à tenir. Seules les énormes structures peuvent y répondre. Les jeunes se sont fait avoir plusieurs fois donc c’est compréhensible qu’ils ne préviennent pas », estime l’expérimenté Ben.


Pour plaider leur cause, les organisateurs vantent leur capacité « à l’autogestion ». « On est parfois critiqués et pas vraiment compris. Mais il n’y a quasiment jamais d’incidents dans nos rassemblements », estime Léa. « En tout cas, moins qu’en discothèque », enchaîne Ben, sourire en coin. Reste à résoudre l’épineuse question des nuisances liées au bruit de la musique. Certains maires ont avancé la possibilité de « discuter du volume sonore » en amont de la manifestation. Le maire de Bovel alerte quant à lui sur la nécessaire préservation de la biodiversité à certaines périodes de l’année, comme l’avaient soulevé certaines associations. Le dialogue est ouvert. Reste à savoir s’il débouchera sur du concret.

Faut-il changer la loi encadrant les free parties ?

À l’occasion de cette réunion, la préfecture avait convié plusieurs parlementaires du département. Le procureur de la République a évoqué face à eux la nécessité de faire évoluer la réglementation autour des free parties pour « faire bouger la loi et les règlements », selon le préfet Emmanuel Berthier. Ce dernier espère que leur voix portera jusqu’à Paris pour mieux encadrer ces événements qui réunissent la jeunesse.