Pénurie de carburant : Les gendarmes regrettent l’irresponsabilité des usagers

CIVISME S’il devient compliqué de s’approvisionner en carburant dans les Hauts-de-France, n’en reporter la responsabilité que sur les fournisseurs serait malhonnête. Les gendarmes du Nord appellent les automobilistes au civisme

Mikaël Libert
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Illustration d'une station essence.
Illustration d'une station essence. — Adil Benayache / Sipa
  • De très nombreuses stations sont à court de carburant dans les Hauts-de-France.
  • Une pénurie en partie causée par des mouvements sociaux dans les raffineries du groupe Total Energies.
  • Les automobilistes en sont aussi responsables, dévalisant les stations en raison de la remise accordée par Total.

Force est de constater que, ces dernières semaines, faire le plein de son véhicule dans les Hauts-de-France relève davantage de Pékin express que de la promenade de santé. De nombreuses stations sont régulièrement à court de carburants traditionnels, notamment le gasoil ou le SP95, forçant les automobilistes à s’éloigner de plus en plus pour trouver du précieux liquide. Certes conjoncturelle, la situation pourrait toutefois s’avérer moins compliquée si chacun y mettait du sien selon les gendarmes.

Ce mercredi matin, le président des Hauts-de-France, Xavier Bertrand, en a appelé au gouvernement pour l’aider à faire rouler ses transports scolaires, eux aussi impactés par la pénurie de carburant. En effet, lorsque l’on regarde les différentes cartes en ligne pour trouver une station approvisionnée, on se rend compte de l’ampleur du problème. Chez Total Energies, c’est le désert presque partout autour de Lille. Chez la concurrence, cela devient aussi très compliqué comme le montre le site du gouvernement prix-carburants.

« Certains remplissent même des jerrycans »

« Nous croisons beaucoup de monde ce soir cherchant désespérément à faire le plein d’essence », ont expliqué, mardi soir, les gendarmes d’Hallennes-les-Haubourdin, près de Lille. Lors de leur patrouille, ils ont en effet constaté que les 8 stations de leur secteur étaient vides. Un constat qu’ils n’imputent qu’en partie aux grèves dans plusieurs raffineries Total qui compliquent l’approvisionnement des stations.

« Cette pénurie est en grande partie créée par nous-même », affirment les militaires, dénonçant des « files d’attente interminables » dès qu’une station est approvisionnée et l’égoïsme de « certains [qui] remplissent même des jerrycans ». Pour ce dernier cas, la préfecture du Pas-de-Calais vient d’ailleurs de prendre un arrêté interdisant « dès maintenant et jusqu’au vendredi 7 octobre, la vente et l’achat de carburants (essence, éthanol, gazole, GPL) dans des récipients transportables manuellement. » Et, selon nos informations, la préfecture du Nord doit publier un arrêté similaire dans le courant de la journée.

Une ruée vers l’or noir bon marché que Xavier Bertrand, de son côté, met plutôt sur le dos de la remise de 20 centimes mise en place par Total Energies : « Cette remise a eu pour conséquence d’augmenter significativement la fréquentation des stations du groupe et, mécaniquement, rendre l’approvisionnement […] complexe », écrit-il à Clément Beaune, ministre chargé des Transports.



« On vous le répète, mais même si les pompes sont vides le soir, la plupart sont approvisionnées en journée », martèlent les gendarmes, « pas de panique », insistent-ils. Un appel à la raison qui pourrait ne trouver aucun écho dans la nature humaine. C’est dans cette perspective que le patron des Hauts-de-France interpelle le ministre des Transports : « je demande au gouvernement de remédier rapidement à cette situation afin que les services publics essentiels […] puissent circuler ».