« Le rôle des beaux-parents n’est pas toujours facile », témoignent des familles recomposées

Votre vie votre avis Nos lecteurs témoignent de leur expérience de beau-père ou belle-mère, entre amour et prises de tête

Quentin Meunier
— 
Selon une étude de l'Insee parue en 2020, près d'une famille française sur dix est une famille recomposée.
Selon une étude de l'Insee parue en 2020, près d'une famille française sur dix est une famille recomposée. — Jeff Pachoud / AFP
  • Le film « Les Enfants des autres », sorti en salles le 21 septembre aborde la relation d’une belle-mère avec la fille de son nouveau conjoint. A cette occasion, les lecteurs et lectrices de « 20 Minutes » qui ont vécu une situation similaire nous partagent leur ressenti, leur vécu.
  • Les relations « beau-parentales » sont faites de hauts et de bas, et il faut souvent trouver sa place, dans l’ombre des parents biologiques de l’enfant.
  • Béatrice Copper-Royer, psychologue clinicienne spécialisée dans l’enfance et l’adolescence, met en avant l’importance du dialogue entre les adultes.

« Même sans le même sang, on s’aimera. » En 2020, le chanteur Vianney abordait en musique sa situation de beau-papa dans un morceau éponyme. La même année, en France, près d’une famille sur dix était dite « recomposée », selon une étude de l’Insee. Autrement dit, au moins un des enfants du couple était issu d’une précédente union.

Mais le phénomène n’est pas nouveau et est abordé à l’écran. Tout récemment, Virginie Efira a endossé le rôle de belle-mère attendrissante dans Les Enfants des autres, de Rebecca Zlotowski. A l’occasion de sa sortie en salles le 21 septembre, nous avons demandé à nos lecteurs et lectrices de nous partager leur propre expérience de « beau-parent » au sein d’une famille recomposée.

« On apprend la maternité en accéléré »

Premier constat pour certaines de nos lectrices : être beau-parent, ce n’est pas la même chose qu’être parent ; surtout lorsque l’on n’a jamais eu d’enfants soi-même. Béatrice Copper-Royer, psychologue clinicienne et autrice de Et la famille recomposée ? Pas facile, mais possible ! (Solar, 2019), prononce un avertissement en ce sens : « Quand on recompose une famille, les enfants sortent d’une séparation et sont plus ou moins secoués. Il ne faut pas idéaliser la nouvelle relation et savoir prendre son temps. »

« Devenir belle-mère avant d’être mère, ce n’est pas simple au quotidien, affirme Marie-Victoria, 29 ans. On apprend la maternité en accéléré. » Un constat que partage Estelle, pour qui « le rôle de belle-maman reste complexe ». « Je découvre cet aspect alors que moi-même je ne suis pas maman », confie-t-elle. Citant le film Les enfants des autres, cette jeune femme de 26 ans raconte les petits gestes qu’elle a pu mettre en place au quotidien avec sa belle-fille de huit ans : « Dans [le film], la petite fille demande à faire le ''sandwich'', chez nous, c’est le hot-dog. » Plus largement, elle explique avoir dû s’adapter, trouver sa place, retenir les repas préférés, les noms des copains et copines… « Je n’ai pas eu le temps comme cela est le cas lorsqu’on met un enfant au monde, détaille encore Estelle. J’ai dû rapidement intégrer ce qu’est capable de faire ou non un enfant de cinq ans au quotidien. »

Des conflits avec les enfants ou les ex-conjoints

Cet apprentissage de la parentalité n’a toutefois pas que des avantages. « Je ne veux pas d’enfants, mais là avec ma belle fille, je vis tout ce que je ne voulais pas vivre », lance Sara, 38 ans. Pire, elle « déconseille cette situation à quiconque. » « Etre beau-père depuis bientôt 10 ans n’est pas la chose fantasmée que l’on peut écouter dans les chansons de Vianney ou voir dans les films, répond David. Chaque pas en avant dans notre relation peut être balayé en deux fois rien de temps par dix pas en arrière. » Et, il n’est pas rare que des conflits éclatent avec les enfants. C’est ce que raconte Marie, belle-mère de deux enfants de 4 et 9 ans : « J’ai su forger une très grande et belle relation avec le petit, tandis que le grand, j’ai eu beaucoup de mal à créer un lien fort, au grand détriment de ma compagne qui me le reproche sans arrêt. »

Béatrice Copper-Royer prodigue quelques conseils pour que la relation se passe le mieux possible. « Il faut beaucoup en parler en mont entre adultes, explique-t-elle. Ensuite, on peut mettre les choses à plat : il n’y a aucune obligation d’amour, mais une obligation de respect, puisqu’on vit sous le même toit. »



De nombreux témoignages racontent aussi en détail les procédures parfois complexes mises en place pour la garde alternée, ou pour faire la médiation entre la nouvelle famille et l’ex-conjoint ou l’ex-conjointe. Sabrina, 37 ans, raconte par exemple que la mère de ses deux beaux-enfants a très mal pris « cette nouvelle vie ». « Nell, 6 ans, est très consciente de la situation et sait parfaitement ma place et nous avons une relation très fusionnelle, raconte-t-elle. Avec Olin, 10 ans, c’est plus difficile, car j’ai l’impression que s’il s’autorise à m’aimer, il a l’impression de tromper sa maman. Malgré cela mon prénom retentit à longueur de journée dans leur bouche et ils ont besoin de mon attention. Et moi, je les aime comme mes propres enfants ! »

L’ombre du parent plane souvent dans les relations d’une famille recomposée, confirme Béatrice Copper-Royer. « La situation à l’issue d’une rupture n’est pas forcément symétrique, avance la psychologue. Les enfants peuvent se sentir dans un conflit de loyauté. » Elle recommande d’être prudent lors des présentations, et de ne pas vouloir aller trop vite, par exemple en partant en vacances dès les premières rencontres entre beaux-parents et enfants.

Une relation qui peut durer

Heureusement, tout n’est pas gris. Les lecteurs et lectrices sont aussi nombreux et nombreuses à rapporter des relations très saines et positives avec leurs beaux-enfants. « Mes quatre beaux-fils ne m’appellent pas beau-père, mais ''joli papa'' et me présentent comme tel à leurs amis-ies, raconte par exemple Dominique. Ils savent pouvoir compter sur moi. Tous adultes désormais, je les aime autant que les adolescents ''durs'' qu’ils furent. » C’est aussi ce que vit Alexandra, 40 ans, qui se dit « inséparable » avec sa belle-fille qu’elle a connue à deux ans. « On forme une relation parentale triangulaire ou chacun a sa place et son rôle, sans que le rôle de sa maman ne soit compromis par mon rôle de belle-mère », rassure-t-elle aussi.

Enfin, certains témoignages s’interrogent aussi sur l’après : comment cette relation va-t-elle durer ? « Chaque année je fais un album photo de nos moments avec ma belle-fille. Je pensais le faire pour elle, mais je crois que je le fais surtout pour moi, reprend Estelle. J’ai peur qu’elle m’oublie un jour. J’ai peur de ce qui se passerait si je me séparais de mon conjoint. » Ce risque existe malheureusement. « Après une seconde séparation, majoritairement, il y a une perte contact, à moins d’avoir connu les enfants très jeunes, détaille Béatrice Copper-Royer. Les enfants s’en remettent et restent plus attachés à leur parent biologique. »

Malgré tout, il reste possible de conserver une bonne relation avec ses beaux-enfants après une nouvelle séparation, comme le relate Camille : « Les liens avec mes beaux enfants n’ont pas changé. Ils restent protecteurs avec leur demi-sœur et me considèrent toujours comme leur belle-mère. Que ce soit pour les félicitations et les remontrances. »