Guyane : Des renforts « massifs » de policiers et douaniers face à l’explosion de la criminalité

violences Les ministres des Comptes publics Gabriel Attal, de l’Intérieur Gérald Darmanin, et de la Justice Eric Dupond-Moretti ont annoncé l’arrivée de nouveaux effectifs dans le département

20 Minutes avec Agences
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Gabriel Attal et Gérald Darmanin.
Gabriel Attal et Gérald Darmanin. — GILLES MOREL/SIMAX/SIPA

Le gouvernement a annoncé l’envoi de renforts policiers et douaniers présentés comme « massifs » en Guyane pour enrayer la violence chronique qui touche le territoire ultramarin, largement liée aux trafics d’armes et de stupéfiants ou à l’orpaillage illégal. En conclusion des assises de la sécurité organisées par les élus guyanais, les ministres des Comptes publics Gabriel Attal, de l’Intérieur Gérald Darmanin, et de la Justice Eric Dupond-Moretti ont tous les trois promis vendredi soir à Cayenne de muscler effectifs et moyens pour enrayer le « fléau » de la criminalité.

Sur fond de grande pauvreté, le département d’Amérique du Sud détient le record du plus grand nombre d’homicides par habitant en France, malgré une présence policière massive. Depuis le début de l’année, 30 ont déjà été recensés dans ce territoire de 300.000 habitants. Selon le Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI), le taux d’homicides s’y établissait à 11,2 pour 100.000 habitants entre 2016 et 2021, contre 1,2 en moyenne nationale.

Plaque tournante du trafic de drogue

Sur le front de lutte contre le trafic de stupéfiants, Gabriel Attal a d’abord promis un renforcement des effectifs douaniers à l’aéroport de Cayenne, « avec un doublement des 27 agents actuels », le déploiement d’une quatrième équipe de maîtres-chiens et le recrutement de dix agents supplémentaires « d’ici fin 2023 ». Le ministre a également annoncé samedi l’installation d’un scanner à conteneurs dans le port de Cayenne, « opérationnel dans les prochaines semaines », et d’un scanner à bagages pour l’aéroport.

La Guyane est une des plaques tournantes du trafic de cocaïne entre l’Amérique du Sud et la France. D’importantes quantités de drogue transitent dans les conteneurs qui arrivent et partent du port et, chaque jour, des dizaines de « mules » embarquent sur les vols à destination de Paris, chargés de « boulettes » ou « d’ovules » de poudre blanche qu’elles dissimulent ou ingèrent.

Changer de braquet

Le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a indiqué samedi qu’il étudiait le déploiement d’un autre scanner pour détecter la présence de drogue dans le corps des « mules », avec l’objectif de contrôler la totalité des passagers qui embarquent à Cayenne. A ce jour, seuls la moitié d’entre eux le sont.

« Nous changeons de paradigme, de braquet, c’est le sens de notre venue », a abondé son collègue de la Justice, Eric Dupond-Moretti, « à l’aéroport, c’est désormais 100 % de contrôle ». Lors du contrôle des bagages de l’avion qui a ensuite conduit Gérald Darmanin vers la Martinique, le chien renifleur des douanes s’est arrêté devant deux valises : elles contenaient de la drogue, dont de la cocaïne cachée dans du poisson.

150 postes de policiers et gendarmes créés

Dès vendredi, Gérald Darmanin a annoncé la création « dans l’année » de 150 postes de policiers et gendarmes pour renforcer la lutte contre les gangs qui sévissent en Guyane. Une antenne de policiers du Raid sera créée à Cayenne au premier semestre 2023 et l’escadron de gendarmerie mobile arrivé début septembre en renfort « sera pérennisé », a-t-il détaillé. S’y ajouteront ensuite « quatre nouvelles brigades de gendarmerie ».

Contre le trafic de drogues, 18 gendarmes et 7 enquêteurs de l’Office antistupéfiants (Ofast) arriveront en renfort, tandis que 50 policiers et gendarmes supplémentaires seront installés à l’aéroport. Avec 49 policiers et gendarmes pour 10.000 habitants contre 34 en France métropolitaine, selon les chiffres de la préfecture, la Guyane est déjà largement dotée en forces de l’ordre.

Plus de moyens judiciaires

Côté justice, Eric Dupond-Moretti a notamment annoncé l’arrivée dès janvier 2023 d’une « brigade soutien d’urgence » expérimentale, dotée de 7 magistrats et trois greffiers, afin de soulager les services de justice locaux, qui croulent sous les procédures.

A la veille de la visite des ministres, le procureur général de Cayenne Joël Sollier a annoncé la fin d’une expérimentation controversée. Depuis le 1er juillet, le parquet classait sans suite les saisies de moins de 1,5 kg de cocaïne, pour « diminuer la charge » que fait peser le trafic de stupéfiants sur son activité. Elus et ONG locaux avaient déploré une initiative non concertée et « inappropriée ».