Logement : « Si on ne répond pas à l’annonce dans la seconde, c’est mort »… Les étudiants racontent leurs galères

Témoignages Alors que la rentrée universitaire a débuté, de nombreux étudiants peinent encore à se loger

Caroline Girardon avec Lucas Marcellin
Lyon est la deuxième ville de France où la tension immobilière est la plus forte sur les logements étudiants.
Lyon est la deuxième ville de France où la tension immobilière est la plus forte sur les logements étudiants. — ALLILI MOURAD
  • Alors que la rentrée universitaire a débuté, beaucoup d’étudiants peinent encore à se loger. D’autres ont fini par trouver une solution, non sans difficultés.
  • Avec quatre demandes en moyenne pour une offre, Lyon est la deuxième ville de France où la tension immobilière est la plus forte sur les logements étudiants.
  • Certains étudiants se sont confiés à 20 Minutes pour raconter leur parcours du combattant.

Une annonce postée sur Leboncoin et « 100 messages reçus en trois minutes ». Les expéditeurs ? « Quasiment que des étudiants », observe Florian. Son amie, propriétaire d’un logement à Lyon, l’a mis en location sur Internet. La surprise a été de taille pour le couple qui ne s’attendait pas à un tel raz-de-marée en un temps aussi rapide.

« Les témoignages de ces étudiants sont assez inquiétants », confie Florian. Surenchères de loyers, appartements Airbnb loués jusqu’à 1.000 euros la semaine… La plupart des jeunes gens, n’ayant pas les moyens de se plier aux exigences financières des bailleurs, se trouvaient le bec dans l’eau à quelques jours de leur rentrée universitaire. « Certains nous ont expliqué être obligés de se payer une chambre d’hôtel », poursuit Florian.

Quatre demandes pour une offre

Hausse de la demande, rareté de l’offre : la concurrence est rude dans les grandes villes de France. Mais plus particulièrement à Lyon. Avec quatre demandes en moyenne pour une offre, la capitale des Gaules est la deuxième ville de France, après Angers, où la tension immobilière est la plus forte sur les logements étudiants, selon la plateforme LocService. C’est aussi la plus chère, d’après l’étude annuelle de la Fage, Fédération des associations générales études. Il faut compter en moyenne 683 euros par mois pour se loger entre Rhône et Saône, soit 12 euros de plus qu’en Ile-de-France.



« Mon budget ici, c’est 500 euros maximum », explique Aylin qui habitait à Genève en Suisse. L’étudiante a dû prendre son mal en patience avant de trouver un logement à Lyon. Persuadée de dénicher des « bons plans » moins chers que dans les agences immobilières, la jeune femme a d’abord concentré ses recherches sur les réseaux sociaux. Sans grand succès. « Sur Facebook, j’ai vu 80 ou 100 annonces défiler mais je n’ai jamais postulé car, à chaque fois, il y avait déjà au moins 40 commentaires de gens qui cherchaient aussi, explique-t-elle. C’était hyper décourageant. »

Originaire de Lille, étudiant à Lyon et alternant à Paris

« Si j’envoie un message 15 minutes après la mise en ligne d’une annonce, c’est déjà mort », constate Kevin, âgé de 22 ans. A ce jour, il n’a toujours pas trouvé de solution. Sa situation est complexe. Originaire de Lille, il a déménagé cet été à Lyon pour ses études. En ce moment, il vit en colocation dans un appartement du Crous pour un « peu moins de 300 euros par mois » mais il cherche également un toit à Paris, où il effectuera son alternance.

Pour mettre toutes ses chances de côté, le garçon utilise l’application Jinka qui centralise toutes les offres proposées par les plateformes. « Il y a quelques minutes, j’ai reçu l’appel d’une agence immobilière qui me proposait une visite en semaine. Le problème, c’est que la semaine, je suis en cours à Lyon… », se désole-t-il. « La dernière fois que je voulais bloquer un créneau de visite, j’ai été dérangé au téléphone. Trois minutes après, les six créneaux étaient déjà pris. Si tu ne réponds pas à la seconde près, c’est trop tard. »

Faute de pouvoir débourser plus de 800 euros par mois à Paris (en plus des 300 euros à Lyon) , Kevin a fait le choix d’orienter ses recherches sur « la petite couronne », plus précisément la Val de Marne, le nord de l’Essonne et les Hauts de Seine. « Là, les agences répondent plus facilement et les appartements sont moins chers », souligne-t-il.

Une demande sur trois satisfaite au Crous

« Pour moi, ça a été un cauchemar », résume Davide, Italien de 28 ans. Aujourd’hui, il partage un appartement social en colocation avec des « étudiants de 20 ans », à défaut d’avoir trouvé un logement individuel. « Dès le mois de juillet, j’ai regardé sur des sites comme Leboncoin ou La Carte des colocs. J’ai eu globalement peu de réponses. Mais quand je finissais par en avoir une, je ne pouvais pas me déplacer tout de suite à Lyon, raconte-t-il. Alors, on me disait que si je ne pouvais pas venir visiter, on ne signerait pas bail. J’avais un budget de 700-750 euros par mois mais je n’ai rien trouvé, pas même un studio de disponible. »

Aisling, Irlandaise de 27 ans a suivi le même parcours du combattant. « Je ne pensais pas que ça serait aussi difficile de trouver un logement, lâche-t-elle. Pour les étudiants étrangers, c’est très difficile. On nous demande beaucoup de papiers, rien n’est vraiment expliqué et les gens ne sont pas très accueillants. »

Débarqué de Bretagne, Clément, âgé de 24 ans, a pourtant connu la même galère. « Je n’imaginais pas que ça serait autant compliqué. » Alors, il a décidé de lancer une bouteille à la mer. Sa méthode : parcourir les rues de Lyon avec une pancarte autour du cou afin d’attirer l’attention et de provoquer le destin. En attendant, il a dormi en auberge de jeunesse, puis « squatté » le canapé de copains. Toquer à la porte du Crous ? Peine perdue. L’organisme parvient à peine à satisfaire une demande sur trois.

La coloc comme solution

« C’est trop difficile », abonde Davide dont le salut est passé par l’agence « Ma nouvelle ville ». Mais là encore, les choses n’ont pas été simples. « J’avais trouvé un billet d’avion pour arriver à Lyon le 15 septembre. Le problème est que l’agence voulait que je sois présent le 12 septembre, sinon ils proposaient la place à d’autres », explique l’étudiant italien contraint de s’adapter pour ne pas voir l’offre lui échapper une fois de plus. « J’ai eu la place mais au final, je suis resté une semaine sans eau chaude, ni électricité », déplore-t-il.

Découragée par les absences de réponses et la concurrence, Aislin s’est rabattue sur des séjours en Airbnb mais à quel prix. « J’ai payé deux mois de loyer, soit 800 euros, pour à peine deux semaines », témoigne-t-elle. Depuis peu, la jeune femme a trouvé une solution loin de son idéal. « J’aurais aimé avoir un studio afin d’être tranquille et seule le soir mais je vis avec deux autres colocs de 17 et 24 ans. Par contre, je paie 405 euros par mois, je m’en sors bien… »