La tempête Alex a été l'« accélérateur » pour refaire du vin à La Brigue (et partager un verre)

RECONSTRUCTION Le 2 octobre 2020, la tempête Alex ravageait les vallées des Alpes-Maritimes. Dans la commune de La Brigue, très touchée, cette catastrophe a poussé les habitants à remettre en état des vignes

Elise Martin
La commune de La Brigue, dans la vallée de la Roya, pourra avoir ses premiers vins dans quelques années après plus de 60 ans sans vigne
La commune de La Brigue, dans la vallée de la Roya, pourra avoir ses premiers vins dans quelques années après plus de 60 ans sans vigne — Association La Ciappea
  • Le 2 octobre 2020, la tempête Alex ravageait les vallées des Alpes-Maritimes.
  • Parmi elles, celle de la Roya dont le village de La Brigue fait partie.
  • Cette catastrophe a permis de faire naître un projet : remettre en état les vignes du village.

« Il n’y avait plus grand-chose, la vallée était dévastée », soupire Virgile Ganne. Cet habitant de La Brigue, petite commune de la Roya, dans les Alpes-Maritimes, se souvient douloureusement de la tempête Alex, qui a ravagé l’arrière-pays niçois le 2 octobre 2020. Il se rappelle également du « bout de terrain en face », devenu « une friche » avec les années. « Sans cette catastrophe naturelle qui a tout emporté, je ne sais pas si on aurait eu autant envie d’être ensemble et faire ensemble », réfléchit-il. Car de cette tragédie est né un projet commun pour une partie des habitants : refaire du vin dans ce village.

« Je venais tout juste de m’installer, j’étais un nouveau Brigasque, se souvient le jeune homme de 33 ans. La tempête a été comme un accélérateur de rencontres et de cohésion. C’est dans ce moment de solidarité intense que j’ai découvert mes voisins. On travaillait ensemble, on avançait ensemble. Cette énergie était vraiment belle. Alors un ancien, Robert Alberti, en a profité pour lancer une idée qu’il avait à cœur depuis un moment : remettre en état l’ancien vignoble de La Brigue. »

Une vingtaine de cépages en test

Rapidement, durant l’hiver, l’association La Ciappea se crée et se met en action « en mai 2021 », détaille Virgile. Mais avant de débroussailler, faut-il encore avoir accès aux terres. « C’est la première difficulté à laquelle on a été confrontée, raconte le membre de l’association. Une centaine de familles avait entre un et trois hectares de vignes chacune mais aucune ne voulait entretenir le terrain. Depuis les années 1960, tout avait été abandonné. »

Seuls des plantes et quelques murets permettent de reconnaître une trace de vignoble. Les propriétaires ont alors facilement cédé des baux de dix ans proposés par La Ciappea. Les documents permettent ainsi aux adhérents d’accéder aux terrains, de les nettoyer et d’agir de manière agricole dessus. Aujourd’hui, une soixantaine de personnes font partie du projet.


Deux membres de l'association La Ciappea, Robert Alberti et Jean-Pierre Boisseau-Petit en train de planter dans les terrasses face à La Brigue
Deux membres de l'association La Ciappea, Robert Alberti et Jean-Pierre Boisseau-Petit en train de planter dans les terrasses face à La Brigue - Association La Ciappea

« Deux groupes très actifs se sont distingués : une petite quinzaine de personnes ont pris en charge certaines terrasses où elles ont mis des vignes ou d’autres arbres fruitiers, poursuit Virgile. Et un autre, de trois cette fois et dont je fais partie, ne met que des vignes. Il y a 50 pieds par cépages dont une vingtaine est testée. Cette diversité va permettre de connaître le meilleur raisin et ainsi faire du vin de qualité ».

Des conditions optimales pour du bon vin

A La Brigue, il y a donc déjà eu une production viticole. « Il y a 150 ans, le territoire maralpin était très riche en vin, explique le passionné. Il y avait 28.000 hectares de vignes, près de 500 dans chaque village. Toutes les familles avaient une parcelle pour leur consommation personnelle. A cause d’une maladie qui a tout contaminé, une légende urbaine dit qu’on ne pourrait pas faire du bon vin. On va prouver le contraire. »

Si le Brigasque semble si déterminé, c’est aussi parce qu’il est bien accompagné. Depuis un an et les premières plantations, le groupe est soutenu par une ingénieur viticole de la chambre de l’agriculture des Alpes-Maritimes qui propose ses connaissances techniques sur le sujet. Mais aussi parce que « les conditions restent optimales pour que ça fonctionne » : un terrain couvert, ensoleillé, bien irrigué et à bonne altitude.

« La Ciappea, c’est une cohésion dans son ensemble »

Au-delà de l’aspect de production, La Ciappea est en relation avec des chercheurs qui vont étudier l’impact environnemental, social et économique de la culture des terrasses sur une durée de trois ans. « Comme la tempête Alex l’a bien montré, on vit dans une culture qui change, un territoire de montagnes qui évolue et qui doit faire face lui aussi au dérèglement climatique. C’est donc intéressant de voir comment s’adapter en tant que viticulteur », appuie Virgile.



Il ajoute : « On a tous et toutes des motivations différentes dans l’association mais une chose est sûre, on veut remettre en état le patrimoine de La Brigue et apporter quelque chose au village. » Et peut-être même ailleurs. La Ciappea permet « de faire lien avec d’autres projets de la vallée », selon le membre de l’association qui précise que les maires de Tende et de Breil ont demandé s’il était possible de mettre en place « passerelles tests » par chez eux.


Les vignes de La Ciappea à La Brigue
Les vignes de La Ciappea à La Brigue - Association La Ciappea

« En plus d’avoir un plus beau paysage, ce projet permet de mieux retenir l’eau qui tombe avec les restanques et ça limite les risques d’éboulement, conclut-il. Il n’y a que des avantages, surtout celui de pouvoir partager une bouteille. La Ciappea, c’est une cohésion dans son ensemble avec un but qui fédère. » Rendez-vous dans cinq ans pour déguster la première (bonne) cuvée !