A Rezé, la délicate question de la police municipale soumise au vote des habitants

SECURITE Une votation citoyenne est organisée dimanche par la mairie

Julie Urbach
Illustration d'un agent de police municipale, ici à Rennes.
Illustration d'un agent de police municipale, ici à Rennes. — C. Allain / 20 Minutes
  • La mairie de Rezé, troisième commune de l’agglomération nantaise, va recruter huit agents supplémentaires pour améliorer la tranquillité publique.
  • Seront-ils des médiateurs et agents de surveillance de la voie publique comme actuellement ou des policiers municipaux ? Les habitants sont appelés à trancher dimanche.

« Souhaitez-vous que la ville crée une police municipale de proximité ? » La question s’affiche en grandes lettres sur certains panneaux publicitaires de Rezé. Ce dimanche, les électeurs de cette commune de l’agglomération nantaise, peuplée de 43.000 habitants, sont appelés dans leur bureau de vote habituel pour donner leur avis. La municipalité (divers gauche), qui en avait fait une promesse de campagne, organise une votation citoyenne, dont elle assure que le résultat sera suivi quels que soient l’issue et le taux de participation.

« A l’heure où l’écart se creuse entre les institutions et les habitants, nous pensons que cette question vaut le coup d’être mise au débat, indique Jean-Christophe Faës, adjoint à la tranquillité publique, qui ne souhaite pas donner son avis personnel sur la question. Ce qui est sûr, c’est que huit nouveaux agents seront recrutés. Seront-ils des médiateurs, des ASVP ou des policiers municipaux ? Nous laissons les habitants décider. »


Une votation est organisée dimanche à Rezé, près de Nantes.
Une votation est organisée dimanche à Rezé, près de Nantes. - J. Urbach / 20 Minutes

Pas le même champ de compétences

Car le sujet, particulièrement délicat, est également plus technique qu’il n’y paraît. Troisième ville de l’agglo et parmi les seules à ne pas disposer encore de police municipale, Rezé compte renforcer significativement la présence sur l’espace public, en faisant grossir de moitié son équipe actuellement composée de 13 agents (six médiateurs et sept ASVP). Reste donc à savoir quelles seront les missions de ces nouvelles recrues, qui seront sur le terrain jusqu’à 20 h et certains week-ends.

« Nous avons des compétences limitées mais faisons déjà beaucoup de choses : le stationnement, les déchets, les marchés, les animaux errants… », explique un agent de surveillance de la voie publique. Pour autant, pas question pour eux d’intervenir sur certaines incivilités comme les excès de vitesse, nuisances sonores, ou occupations de halls d’immeuble… Ce que pourront faire les éventuels policiers municipaux rezéens.

Les avis divergent

Des nuances qui pourraient être difficiles à cerner pour une partie des habitants, encore inquiets par la vague de cambriolages, qui a touché la commune il y a plusieurs mois. Ce jeudi, dans les rues du quartier Pont-Rousseau, certains avaient déjà un avis bien tranché, oubliant parfois que la question de la délinquance est en théorie de la compétence de la police nationale. « Evidemment qu’il faut la créer, estime une retraitée, qui rapporte s’être fait voler des bijoux lors d’une agression sur la voie publique. L’insécurité augmente, c’est épouvantable. Les problèmes de stationnement aussi. Aujourd’hui, on ne sait pas vraiment à qui s’adresser. »

Une position que ne partage pas Marie, 90 ans, qui fera le déplacement pour voter contre la création de cette patrouille. « Nous payons déjà beaucoup trop d’impôts, et on ne va pas mettre un agent derrière chaque personne ! Que chacun essaye de bien se comporter, de marcher droit, et tout se passera bien… » Avant les résultats attendus dimanche soir, difficile donc de savoir vers où le vent va tourner. D’autant que le contexte de violence qui entoure Nantes ces derniers jours pourrait aussi jouer.


L'équipe de treize agents, composée d'ASVP et de médiateurs, va être renforcée
L'équipe de treize agents, composée d'ASVP et de médiateurs, va être renforcée - J. Urbach / 20 Minutes

« Lors des multiples réunions publiques organisées, on a essayé de dépassionner le débat, assure Jean-Christophe Faës. Nous avons parlé des avantages mais aussi des limites. Sur l’uniforme, par exemple, nous entendons que certains veulent en voir davantage alors que d’autres, pas du tout. Nous avons aussi rappelé le rôle de l’État, qui doit répondre à nos demandes de moyens suffisants en matière de police nationale, seule à pouvoir lutter contre les trafics de stupéfiants ou les cambriolages ».

L’élu précise que si la création d’une police municipale est votée, celle-ci ne sera pas armée. « Les agents ne travailleront pas dans l’urgence. Ils seront en lien avec les habitants ce qui ne veut pas dire qu’ils ne sanctionneront pas quand il faut », explique Jean-Christophe Faës. Une doctrine qui permettra peut-être d’attirer des candidats, à l’heure où le recrutement de policiers municipaux pose problème dans de nombreuses communes.