Bretagne : « Des villes fantômes »… Il veut ouvrir les yeux sur les résidences secondaires fermées

Photographie Maxime Voidy a grandi en Bretagne où il a fréquenté depuis tout petit des maisons aux volets fermés, avant de commencer à les photographier

Camille Allain
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Le photographe Maxime Voidy a arpenté la Bretagne pour tirer le portrait de résidences secondaires fermées, qu'il surnomme les maisons endormies.
Le photographe Maxime Voidy a arpenté la Bretagne pour tirer le portrait de résidences secondaires fermées, qu'il surnomme les maisons endormies. — Maxime Voidy
  • En Bretagne, le sujet des résidences secondaires fait l’objet d’intenses débats, notamment dans des communes qui en accueillent parfois près de 80 %.
  • Un photographe a arpenté la région pour collecter des images de ces « maisons endormies » qu’il expose dans le cadre d’un festival d’architecture.
  • La forte présence de résidences secondaires pose notamment des problèmes pour le logement des locaux, victimes de la spéculation immobilière.

Des volets blancs fermés, un ciel gris et une atmosphère qui ne donne guère envie. Les clichés réalisés par Maxime Voidy sont à l’opposé de la carte postale de la Bretagne. Sur les photos de cet ancien étudiant des Beaux-Arts de Lorient, on ne trouve pas de trace de ciel bleu ou d’hortensias colorant les façades de charmantes maisons en pierres. 

Dans cette série baptisée « Maisons endormies », le photographe s’est attardé sur un phénomène qui frappe de plein fouet la région : les résidences secondaires. « J’ai fait mes premières photos en 2018. J’accompagnais un ami à Quiberon (Morbihan) en plein mois de novembre. J’ai été frappé par ces paysages abandonnés, comme désertés », se souvient Maxime Voidy, qui réside aujourd’hui près de Rennes (Ille-et-Vilaine).

C’est à l’issue de cette virée automnale que lui est venue l’idée d’en tirer une série. En moins de quatre ans, il a arpenté une vingtaine de communes bretonnes affichant toute la même particularité : avoir au moins 50 % de résidences secondaires, selon les recensements de l’Insee. Il n’a pas eu de mal à les trouver. Il suffit de longer le littoral pour observer le phénomène. D’après l’institut de statistiques, le nombre de résidences secondaires a été multiplié par trois en Bretagne entre 1968 et 2018, pour dépasser la barre des 250.000.


Dans certains secteurs du littoral breton, la proportion de résidences secondaires flirte avec les 80%.
Dans certains secteurs du littoral breton, la proportion de résidences secondaires flirte avec les 80%. - Maxime Voidy

Baptisée « Maisons endormies », cette série de photographies est exposée dans le cadre du festival d’architectures Georges, qui se tient à Rennes jusqu’au 9 octobre. Samedi 1er octobre, celui qui se présente comme « photographe plasticien » participera à une table ronde à l’Hôtel Pasteur autour du thème houleux des résidences secondaires. 

« Je trouve qu’il y a quelque chose de poétique dans ces maisons closes. Ça correspond à un certain idéal d’avoir une maison de vacances. Mais ce n’est pas sans poser de problèmes. On a créé des villes fantômes où la spéculation immobilière fait flamber les prix. Les locaux ne peuvent plus se loger sur la côte », regrette le photographe. Un coup de gueule ? « Plutôt une forme de dénonciation ».


La question des résidences secondaires avait largement animé la dernière campagne des élections régionales. Plusieurs partis proposaient alors la création d’un statut de « résident breton » afin de lutter contre la spéculation immobilière. Le sujet n’est pas clos. Il y a quinze jours, quatre manifestations ont eu lieu simultanément pour réclamer le classement de la Bretagne en zone tendue.